Claudie Ricaud: «Je ne suis pas boulonnée au conservatoire»

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À l’occasion de la Fête de la musique, célébrée ce mardi 21 juin, place à la partition de Claudie Ricaud, directrice du conservatoire national de musique François Mitterrand. Sauf que les notes sont réglées à l’avance par la baguette du ministère des Arts et de la culture, qui lui impose de ne pas aborder les questions liées aux grandes orientations (policy decisions) du conservatoire.

C’est la Fête de la musique. Quel sens a-t-elle au conservatoire ?
C’est vraiment un moment pour des musiciens hors conservatoire de se montrer sur scène. Déjà pour s’entendre euxmêmes et pour se faire entendre. On a toutes sortes de groupes, ceux que les gens connaissent peut-être, d’autres qui se formentspontanément. On a aussides seniors qui viennent chanter en s’accompagnant de la guitare ou bien ils se font plaisir en play-back.

Vous accueillez combien de monde ce jour-là ?
En général, c’est rempli. On est obligé de leur dire de s’arrêter (sourires) parce qu’on va passer à autre chose. Mais content ou pas, il le faut parce qu’il y a le concert de l’orchestre du conservatoire, les choeurs et d’autres ensembles pop et jazz. Depuis quelques années, il y a aussi du karaoké pendant une heure et demie.

Du karaoké au conservatoire ?
C’est très populaire. C’est seulement pour la Fête de la musique.

Il y a quoi sur la playlist ?
Euh… Les feuilles mortes, des chansons de Brel, ce genre de répertoire. C’est vraiment laisser les gens faire la fête de manière différente, autour de la musique.

Combien d’ensembles y a-t-il au conservatoire ?
Il y en a de plusieurs types. Le grand orchestre, avec une quarantaine de personnes. Les Junior strings, qui sont un peu le feeder pour l’orchestre, avec une trentaine de violons. Il y a le percussion band, avec une quinzaine de musiciens. Ensuite, il y a la grande chorale, la chorale des enfants, les Select Singers et le pop band, as and when.

Tous les ensembles répètent chaque semaine. Sauf le pop band, où il y a des musiciens professionnels qui jouent dans des hôtels. On fait appel à eux au besoin. Ce sont nos enseignants : Dario Ramdeeal, Patrick Desvaux et Steve Bernon.

Pour tous les ensembles, il y a toujours la pédagogie derrière. On fait des concerts, mais cela sert aussi à découvrir le répertoire et diverses périodes de la musique. Comme c’est un mélange profs-élèves, c’est vraiment une autre façon d’enseigner.

«C’est un métier que j’aime, c’est pour cela que je suis là.»

Que répondez-vous à ceux qui disent que même si le conservatoire existe depuis plus de 25 ans, il n’y a pas d’orchestre symphonique ?
Là, on va un peu sur le policy, je ne veux pas déborder. J’ai des instructions précises du ministère. Je ne veux pas polémiquer. Tout ce que je peux dire, c’est que nous avons un orchestre de chambre d’une quarantaine de musiciens, qui peut faire un répertoire très large. Avec ce nombre de musiciens, nous sommes arrivés à monter régulièrement des oeuvres, sans rien couper. Nous avons fait nos preuves.

Nous venons de monter le Gloria de Vivaldi en intégral. Nous avons monté West Side Story et The phantom of the opera en intégral. Il n’y a pas de triche, c’est la partition. C’est exactement ce qui est écrit. Au conservatoire, un orchestre de chambre correspond à nos besoins. Maintenant, la différence avec un orchestre symphonique, c’est une question de nombre. Il faut savoir dans quel but on le veut. Il n’y a pas plus que ça.

Pour vous, il suffirait de former une vingtaine de musiciens additionnels ?
Si besoin est, quelle qu’en soit la raison. Nous l’avons fait, par exemple, avec Emtel, pour ses 25 ans. C’était un immense orchestre qui a joué une composition d’un prof de chez nous. Si vous voulez, c’est une approche symphonique pour une quarantaine ou une cinquantaine de musiciens. Pour moi, ce n’est pas un débat.

Les inscriptions pour la nouvelle année académique sont ouvertes. Vous avez combien d’élèves actuellement ?
Autour de 1 100.

Est-ce que le nombre augmente avec la nouvelle année académique ?
On va rester plus ou moins autour du même nombre. Les bâtiments restent les mêmes. La demande est plus ou moins stable. Nous avons une antenne à Flacq…

La dernière-née ?
Oui, elle est à Flacq Coeur de Ville, depuis le début de l’année. Nous avons tous les jours de nouvelles demandes. Je pense qu’elle va bien se développer.

Certains disent que les antennes, c’est souvent juste une salle de classe dans une école…
Là, ce n’est pas une école. C’est à l’étage du centre commercial, dans un espace dédié à l’art. On est bien installé. Les instruments sont sur place. Le conservatoire est appelé à s’agrandir avec des constructions qui démarrent bientôt. Nous aurons 26 à 27 salles de classes.

Additionnelles ?
En tout. Là, nous en avons une quinzaine. L’important est d’avoir des espaces dédiés. Comme le conservatoire s’est beaucoup développé, la bibliothèque est devenue trop petite. Avec l’extension du bâtiment, il y aura deux nouvelles salles dédiées à la bibliothèque. Les livres seront sur des rayons et on pourra s’asseoir pour les consulter. Il y aura une salle dédiée pour les percussions. Il ne sera plus nécessaire de bouger les instruments. Il en sera de même pour la classe de musique pop. Le nouveau bâtiment devrait être prêt l’année prochaine.

Des 1 100 élèves, les locaux de Quatre-Bornes en accueillent combien ?
À peu près 750.

Le trio le plus demandé reste la guitare, le piano, le violon ?
Toujours. Ce n’est pas spécifique à Maurice, c’est comme cela dans le monde entier. La filière pop attire beaucoup de jeunes, surtout la batterie. Les autres instruments sont un peu orphelins. À partir du deuxième cycle, on encourage les élèves à apprendre un second instrument. Même s’ils ont commencé avec le violon ou la guitare, ils s’ouvrent à autre chose.

C’est obligatoire ?
Non, c’est recommandé. Par contre, la musique d’ensemble oui. Cela fait partie du cursus.

Le conservatoire a un nouveau spectacle en préparation ?
Pas cette année. Mais l’année prochaine, le conservatoire fêtera ses 30 ans. Nous aurons une série d’activités. Mais ça, nous en reparlerons après.

Pas même un teaser ?
Non, ce n’est pas encore passé au board. Les activités seront échelonnées sur toute l’année.

Vous êtes en poste depuis 1993. Vous connaissez intimement la loi qui régit l’institution. Y a-t-il des choses à changer ?
La loi qui nous gouverne est standard, elle régit tous les corps-paraétatiques. Personnellement, non.

Les choses ont évolué depuis 1993.
Oui, les filières évoluent. Autrefois la flûte à bec était prisée. Nous nous sommes ouverts sur d’autres filières, comme la musique actuelle et pop. Les jeunes sont demandeurs.

Cela a déjà dépassé la filière classique ?
Non. La batterie est très prisée. Mais dans l’ensemble, les parents inscrivent leurs enfants à huit ans et préfèrent la filière classique.

La plupart de vos profs sont à mi-temps et payés à l’heure ?
Je pense qu’ils aiment aussi leur liberté. Beaucoup travaillent par exemple dans le circuit hôtelier. Ils ne vont pas lâcher cela pour être seulement enseignant. Ils sont à la fois des performers et des enseignants. Certains sont déjà titularisés ailleurs et font des heures chez nous. Enseigner donne une forme de stabilité et puis, c’est une autre façon de voir son art et sa profession. À côté de cela, il y a une liberté que les musiciens aiment bien.

1993-2016, cela fait dire à certains que Claudie Ricaud est indéboulonnable du conservatoire François Mitterrand. L’êtes-vous ?
Écoutez, c’est mon métier, ma carrière. Je ne suis pas boulonnée ou quoi que ce soit. C’est un métier que j’aime, c’est pour cela que je suis là. Ce n’est même pas un métier, c’est une passion. Cela me fait vraiment plaisir de voir beaucoup de jeunes que nous avons formés faire carrière dans les hôtels ou ailleurs.

Vous pensez à qui ?
À Dean Nokadu, par exemple. Il n’a pas été élève mais jeune prof chez nous.

Au point où il a ouvert un autre conservatoire.
Cela fait partie de la vie, tout ça. Ce n’est pas un problème. La plupart de nos profs sont d’anciens élèves.

C’est votre plus grande fierté ?
Quand je suis arrivée, il fallait former la relève. Tous les ans, il y a des jeunes qui finissent le troisième cycle et qui entament le diplôme de professionnel de l’enseignement. C’est très important si on veut rendre l’institution pérenne.

Mission accomplie donc ?
Si on dit qu’on a accompli sa mission, il ne nous reste plus qu’à rentrer chez soi. On peut toujours mieux faire. Avoir la relève, c’est important. Mais il y a encore beaucoup de projets.

Où en est votre carrière de soliste ? L’avez-vous mise de côté quand vous êtes arrivée au conservatoire ?
Je suis spécialisée en musicologie. J’ai fait un livre, il n’y a pas longtemps (NdlR : sur Francis Thomé, compositeur mauricien). Je publie et je donne des conférences régulièrement. En ce moment, j’écris sur un aspect du patrimoine musical du 19e siècle. C’est bien à Maurice, ce n’est pas un Mauricien qui est allé en France.

Fête de la musique, le programme du conservatoire

  • 21 juin : Défilé du Percussion band le matin à Port-Louis, l’après-midi à Quatre-Bornes.
  • 3 juillet : Échange avec un orchestre traditionnel d’instruments à cordes, venu de la Chine, en collaboration avec le Centre culturel chinois.
  • 4 juillet : Ernest Wiehe memorial concert.
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