Le droit à 68 ans: la seconde vie de Philip Li Ching Hum

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Il ne manque pas d’ambition. À 68 ans, cet enseignant à la retraite a obtenu son Bachelor of Laws auprès de l’University of London et s’apprête à entamer son Master of Laws auprès de l’University of Central Lancashire. Il entend bien être «called to the Bar».

Philip Li Ching Hum ne se contente pas de rêver sa vie comme le personnage de cinéma Walter Mitty. Il la vit pleinement. Ce benjamin de cinq enfants est venu, avec sa mère Wong Chiv, rejoindre son père à Maurice alors qu’il n’avait que trois ans. Comme la plupart des Mauriciens d’origine chinoise, il est de la province de Meixian, en Chine. De son abominable traversée en cale de bateau pour rejoindre Maurice, qui a duré 35 jours, il n’en a aucun souvenir.

Avant eux, son grand-père maternel, Lee Ah Vane, avait fui la Chine qui préparait sa révolution pour venir commercer à Maurice. Il était devenu une personnalité importante et respectée, possédant trois boutiques, et avait même fondé le Loong See Tong, clan où tous les Li établis dans l’île se retrouvaient.

C’est au collège Bhujoharry que Philip Li Ching Hum fait ses études secondaires et a pour enseignant Alex Bhujoharry à qui il rend d’ailleurs hommage. «Il nous a inculqué le goût de la lecture et de la littérature.» Dans les années 60, un des rares débouchés professionnels est le professorat et notre interlocuteur, qui a fait des études classiques, fait ses premières armes au collège Friendship. Au bout de trois mois, il démissionne car il n’est pas payé. Il intègre alors le Port- Louis High School, dirigé par Heeralall Bhugaloo, et a pour homologue un certain Paul Raymond Bérenger.

Philip Li Ching Hum, qui y enseigne l’histoire et le français, se rallie bien vite à la cause des militants gauchistes. Il participe même à la manifestation contre la visite de la princesse Alexandra à Maurice. Le jeune homme reste trois ans dans cette école avant de réaliser que s’il veut améliorer ses conditions de travail, il doit étudier davantage. Ses soeurs et beaux-frères décident de le soutenir financièrement et c’est à l’université de St-Xavier, à Mumbai, en Inde, qu’il se rend pour trois ans d’études. Il y obtient un Bachelor of Arts (Honours) en littérature anglaise et en anglais.

À son retour au pays, il est embauché par le collège Newton, dirigé par Vijay Venkatasamy, également fervent militant. «Il m’a donné l’occasion de faire valoir mes compétences.» À l’enseignement, Philip Li Ching Hum mêle «subtilement» la politique. Il participe, entre autres, à la manifestation des étudiants en mai 1975. C’est d’ailleurs un des temps forts de sa vie.

«Mon meilleur souvenir dans l’enseignement, c’est justement mai 1975. Il y avait une communion extraordinaire entre les élèves, les enseignants et les directeurs de collèges. C’était fantastique. Où sont donc passés les intellectuels des années 70 ? Pourquoi sont-ils devenus des ‘roder bout’ ? C’est malheureux mais les marxistes se sont embourgeoisés. Depuis 1982, c’est la grosse déception. Il n’y a plus de principes, chacun cherche quelque chose. La camaraderie d’autrefois n’existe plus. On regarde aujourd’hui le monde avec un oeil moqueur, pour ne pas dire cynique», avoue-t-il.

Le collège Newton faisant face à une guerre de succession, Vijay Venkatasamy recommande à ses enseignants de postuler pour intégrer la fonction publique. Conseil que suit Philip Li Ching Hum. Il est recruté par le ministère de l’Éducation.

Si cet homme marié à Daisy, fonctionnaire comme lui, jouit d’une sécurité d’emploi, il perd sa liberté d’expression. «Ma liberté d’expression avait été confisquée, bâillonnée.» Il enseigne dix ans au collège Royal de Port-Louis avant d’être transféré dans plusieurs autres institutions secondaires. Lorsqu’il se retire, il compte 35 ans d’enseignement.

Ce père de deux fils, Clément, qui exerce dans l’offshore à Maurice, et Éric, ingénieur qui vit au Canada, se passionne pour la culture d’orchidées. Lorsqu’il ne s’occupe pas de ses fleurs, il écoute de la musique. S’il s’essaie au ballroom dancing pendant un temps, il finit par se lasser. C’est là qu’un rêve longtemps caressé refait surface : celui d’étudier le droit.

«Autant la littérature est émotionnelle et esthétique, autant le droit est froid et rationnel. Avec le droit, on est sûr de ce qu’on avance.» Il contacte alors par courriel la prestigieuse université de Londres qui accepte qu’il suive des cours de droit en ligne. C’est ainsi qu’en trois ans, il étudie 12 modules pour obtenir son Bachelor of Laws (LLB). Ce qui n’a pas toujours été une partie de plaisir.

«J’ai dû faire beaucoup de sacrifices. J’étais tout le temps avec mon livre et la famille me l’a parfois reproché.» Autant il préfère le droit européen, autant celui régissant les Trusts le barbe et est l’équivalent d’une «ballade en terre inconnue». Lorsqu’il obtient son LLB, le vice-chancelier de l’université de Londres lui fait part qu’il est l’étudiant le plus âgé de la promotion à avoir réussi le LLB. «J’aime faire l’histoire.»

Cela ne lui suffit pas. Désormais, il lorgne du côté du Master of Laws (LLM) et suivra des cours auprès de l’University of Central Lancashire (UCLAN), à Ébène. Il économise sou par sou car l’étape qui suit logiquement celle de la maîtrise est d’être «called to the Bar». «Peut-être que je le ferai à Londres ou à Bristol ou encore à Maurice si les conditions d’examens s’améliorent.» Ses fils et ses trois petit-senfants pensent qu’il aurait dû utiliser cet argent pour voyager plutôt.

Mais même s’il est passionné par les voyages, il estime avoir bien voyagé puisqu’il a visité plusieurs pays aux civilisations anciennes comme l’Égypte et la Turquie. Il dit avoir un faible pour ce dernier pays où chaque recoin cache un pan d’histoire. Ce secrétaire de l’English Speaking Union a également animé deux causeries à l’étranger, une à l’université Jawaharlal Nehru en Inde et l’autre à l’université de Pékin. Le Club Le Flamboyant, qui regroupe d’anciens fonctionnaires, vient de lui décerner le Senior Achievement Excellence Award, Competition 2016 pour sa réussite aux examens de droit et pour les articles qu’il a écrits et qui ont été régulièrement publiés dans la presse locale.

Ce qu’il veut désormais, c’est pratiquer le droit. Un cabinet d’avocats lui a même proposé de l’embaucher. Lui veut se perfectionner avant. «Là, je suis légiste. Dans deux ans, je serai avocat. À ce moment-là on verra. Je pratiquerai le droit si la santé le permet…»

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