Capitaine Mahendra Babooa, formateur de plaisanciers et expert maritime : «Quand vous êtes en mer, vous êtes seul»

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Le capitaine Mahendra Babooa a vogué sur les océans pendant 22 ans. Il est parmi ceux qui ont mis sur pied la formation de skippers. Pour lui, en mer, les skippers sont maîtres de leur destin. Cependant, il admet qu’il faut des changements concernant la sécurité.

Encore quatre morts en mer…
Mes sympathies à la famille. Que ce soit un mort ou deux, c’est déjà trop…

Qui est responsable ?
Ce n’est pas l’heure de jouer au «blaming game». Une enquête est en cours. Laissons les enquêteurs faire leur travail. Il est difficile de se prononcer d’autant plus que je n’ai pas tous les éléments pour parler de ce qui n’a pas fonctionné.

Une touriste avait trouvé la mort, l’année dernière, à l’île Plate. Clairement, il y a quelque chose qui ne marche pas…
Le climat change beaucoup. Les changements climatiques provoquent des imprévus, comme des abnormal waves. Il faut revoir beaucoup de choses.

Qu’est-ce qui ne fonctionne donc pas dans le système de sécurité ?
Ce n’est pas une question de ce qui fonctionne ou pas. Il faut s’adapter. J’ai travaillé pendant longtemps à la Tourism Authority (TA). Je suis parmi ceux qui ont commencé le skipper’s licence à Maurice. J’ai travaillé sous plusieurs ministres du Tourisme, on a amélioré tout le système. Je peux dire qu’il y a eu du progrès concernant la sécurité en mer.

À chaque incident, l’on évoque le port obligatoire du gilet de sauvetage. On a l’impression que ce n’est que cosmétique…
Tout repose sur le skipper. Si on va en mer pour passer toute une journée comme pour la pêche au gros, on ne peut pas mettre un gilet de sauvetage. Mais il y a des gilets adaptés comme des personal floating devices (PFD). Quelqu’un qui fait du ski nautique ne portera pas de gilet de sauvetage, mais un PFD. Il faut faire la différence entre un gilet de sauvetage et un PFD.

Justement, quelle est la différence ?
Un gilet de sauvetage, c’est pour le sauvetage. C’est en cas de difficulté en mer. En revanche, nous avons différents modèles et types de PFD, qui est un équipement de sécurité. Toutefois, il est recommandé que les enfants portent un gilet de sauvetage. Il y a aussi d’autres équipements, mais il faut voir ce qui est le mieux adapté.

Mais les plaisanciers ont-ils des PFD ?
Ce qui est demandé dans la loi, c’est le gilet de sauvetage. Le PFD est optionnel. Les skippers ont un rôle à jouer pour la sécurité aussi. C’est trop facile de dire que les gardes-côtes ou je-ne-sais-qui n’ont pas fait leur travail. Le ministère et les autorités peuvent introduire tous les règlements qu’ils veulent, mais quand vous êtes en mer, vous êtes seul. Ce n’est pas comme sur la route. Imaginez-vous à huit kilomètres de la côte. À terre, il y a des policiers partout qui vous forcent à être responsable. Mais en mer, il n’y a personne. C’est immense. Il est du devoir des skippers d’être responsables.

Peuvent-ils forcer les passagers à mettre leurs gilets ou refuser de prendre la mer en cas de refus ?
Oui, c’est à leur discrétion. C’est au skipper d’exiger que tout le monde porte le gilet de sauvetage. C’est une obligation.

Bien souvent des bateaux n’ont pas de radio VHF, hormis un téléphone portable inutilisable loin des antennes de relais.
C’est vrai. Pour ceux qui partent à l’extérieur du lagon, il leur faut une radio VHF. La différence c’est quand on a un problème en mer, dès que vous émettez un appel en utilisant une radio, ils sont plusieurs à recevoir votre message pour vous venir en aide.

Mais les équipements de sécurité en mer coûtent très cher, un petit plaisancier n’a peut-être pas les moyens…
C’est une question qu’il faut soulever avec le ministère concerné. Je ne peux dire s’il faut enlever la taxe ou pas. Est-ce qu’en enlevant la taxe, cela va améliorer la sécurité en mer ? Si oui, pourquoi pas ?

«LES SKIPPERS DOIVENT SUIVRE DES COURS DE SECOURISME …IL FAUT UN PROGRAMME ENCORE PLUS POUSSÉ»

Quelques skippers de l’Est notamment, dans la région de l’île aux Cerfs, sont réputés pour faire du rodéo en mer. N’est-il pas temps de les sanctionner ?
J’y étais récemment pour un constat. Il y a eu beaucoup d’améliorations. Ce n’est plus comme avant. Les inspecteurs de la TA veillent au grain. Ce n’est pas une question de rodéo, il faut de la discipline. Quand vous regardez ce qui se passe à l’étranger, avec des centaines de bateaux, que diriez-vous ? Chacun fait sa route.

À l’étranger, la discipline est de mise…
Écoutez, dans chaque métier, il y a des brebis galeuses. C’est la même chose qui se passe sur nos routes, avec des chauffeurs irresponsables. Les gardes-côtes font des alcotests ou des contrôles de vitesse. Il y a eu beaucoup d’améliorations.

La formation des skippers ne dure que quelques jours. Est-ce suffisant ?
Il faut s’adapter avec le temps. Il n’y avait pas de licence de skipper à Maurice. Nous avons commencé il y a dix ans. Autrefois, n’importe qui pouvait conduire un bateau. Plus maintenant. Je reconnais qu’il faut améliorer encore la formation.

Quels sont les manquements dans le système ?
Je ne parlerai pas de manquements. Je dirai plutôt qu’il y a des changements à apporter. Par exemple, les skippers doivent suivre des cours de secourisme. Cette formation est dans le programme, mais il faut un programme encore plus poussé.

«À TERRE, IL Y A DES POLICIERS PARTOUT QUI VOUS FORCENT À ÊTRE RESPONSABLE. MAIS EN MER, IL N’Y A PERSONNE.»

Comment peut-on accorder un permis à une pirogue pour transporter 18 passagers ?
Peu importe la taille d’une pirogue, il y a une limite au nombre de passagers à transporter, ce qui est calculé selon les critères de la TA en se basant sur des normes internationales. Les pirogues comme celle impliquée dans l’accident sont adaptées pour le lagon. Aussi, il y a eu dans le passé de grosses vagues qui ont provoqué des accidents en haute mer avec de gros bateaux. Il faut revoir le système.

Donc, c’est le système qui est mauvais ?
Je le dirai une fois encore : le climat change. Le temps peut être clément, mais soudain une grosse vague peut arriver. Que fait-on ? Ce sont des imprévus. Il faut constamment des changements. Un bateau en pleine mer est seul. C’est au skipper d’être compétent.

Comment se fait-il qu’il n’y a pas de limite d’âge pour être sur une pirogue ? Une des victimes avait sept mois.
C’est vrai que dans la navigation, il n’y a pas d’âge minimum pour un petit voyage, du fait que les parents sont responsables de l’enfant. Il en est de même pour les handicapés – qui doivent avoir accès aux bateaux sans discrimination – mais il faut des facilités adaptées pour ces personnes.

Quels changements apporteriez- vous si demain on vous plaçait à la tête de la TA ?
Je réunirais tous les partenaires pour voir quels changements apporter en prenant en considération les récents accidents.

Concrètement, quels changements ?
J’ai travaillé à la TA. On a mis sur pied un système. Il faut faire un relevé de toutes les nouveautés sur le marché et ce qui se fait ailleurs pour les appliquer à Maurice.

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