Enfants vulnérables: quand de la rue naît un SAFIRE !

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Quand on parle d’enfants des rues, «la rue» est tout cet espace où se trouve un enfant au lieu d’être à l’école, selon Edley Maurer.

Quand on parle d’enfants des rues, «la rue» est tout cet espace où se trouve un enfant au lieu d’être à l’école, selon Edley Maurer.

Le 19 mai, l’ONG SAFIRE conviait dans sa Ferme pédagogique de Verdun ses principaux partenaires pour marquer, en toute simplicité, son dixième anniversaire. Au sein de l’association évoluent 200 enfants des rues, des diamants bruts avec lesquels travaille l’équipe, et qu’elle tente de placer dans l’écrin de sécurité auquel ils ont tous droit. Edley Maurer, le directeur, raconte…

«Il y a une quinzaine d’années, je travaillais avec le Trust Fund pour l’intégration sociale des groupes vulnérables. J’intervenais principalement auprès d’adultes, et à un moment donné, j’ai voulu prendre le problème sous un autre angle. Les enfants sont les adultes de demain. Je me suis dit qu’intervenir auprès d’enfants pourrait permettre de poser les bases pour un pays où chacun aurait les mêmes chances d’évoluer et d’être partie prenante de son développement.»

C’est ainsi qu’Edley Maurer intègre en 2002 le Street Child Project du ministère de la Sécurité sociale et oeuvre à la réinsertion d’enfants en situation de rue, accompagné d’une vingtaine d’autres éducateurs. Plus de 180 enfants «à risque» sont ainsi suivis dans différentes régions de l’île. La confiance est établie, les réseaux sont faits, les programmes sur mesure pour chacun des enfants sont enclenchés. Mais en 2006, le projet stoppe brusquement, laissant ces enfants à leur sort.

Une mission à poursuivre

Edley Maurer et les autres éducateurs engagés sur ce projet refusent de les abandonner. «Nous avions un devoir moral envers eux.» Ils se regroupent pour poursuivre le travail déjà enclenché. La tâche est compliquée. Du jour au lendemain, Edley Maurer passe d’éducateur à plaideur (devant les plus hautes instances) pour le sort des enfants des rues, tout en aidant à mettre sur pied une ONG, SAFIRE.

En même temps, il s’agissait de motiver un groupe d’éducateurs qui avaient eux-mêmes des bouches à nourrir et qui s’étaient subitement retrouvés au chômage. «Il y avait urgence – non seulement financière, mais aussi pour les enfants, dont le sort dépendait un peu de nous et de notre capacité à faire bouger les choses. J’ai grandi professionnellement, en prenant de nouvelles responsabilités. À cette époque, le problème des enfants en situation de rue était au coeur des questions parlementaires, et nous poussions beaucoup pour faire avancer notre plaidoyer. Il fallait amener l’État à prendre ses responsabilités pour les enfants en difficulté, dont les enfants des rues.»

Mais qu’est-ce qui définit un enfant des rues ? «C’est la question qui revient toujours à l’international, à tous les congrès, séminaires et conférences, car dans tous les pays, l’on est conscient que certains enfants font face à des difficultés légales, familiales ou sociales. À SAFIRE, la définition que nous faisons de ‘la rue’ est tout cet espace où un enfant se trouve au lieu d’être à l’école – sur la plage, dans les foires à travailler pour quelques sous, à la maison –.Malgré les lois et tout ce qui est mis en place par l’État, il existe à Maurice des enfants qui sont non-scolarisés ou en difficulté familiale, des enfants de moins de 15 ans qui travaillent, et beaucoup dont les droits humains basiques ne sont pas respectés.»

Interventions ciblées

Edley Maurer est le directeur de SAFIRE.
Edley Maurer est le directeur de SAFIRE.

SAFIRE priorise ses actions auprès de jeunes de moins de 16 ans, plus précisément ceux âgés entre 11 et 15 ans, car il s’agit d’une période où l’encadrement est particulièrement important, estime Edley Maurer. C’est l’âge de la remise en question (surtout par rapport à la relation entretenue jusque-là avec leurs parents), de la recherche de modèles auxquels ils pourront s’identifier. «C’est à nous alors de leur proposer une nouvelle façon de vivre.»

À ce moment précis de leur vie, les adolescents, du moins ceux rencontrés par l’équipe de SAFIRE, passent leur enfance en revue, tout en préparant leur entrée dans le monde adulte, note Edley Maurer. «La lecture faite de cette enfance souvent dure est quelque chose qu’il leur est difficile d’accepter, et cette non-acceptation s’exprime beaucoup à travers l’agressivité.» Dans ce moment de révolte, les enfants sont sujets à une vulnérabilité plus accrue, et, faibles devant le Peer Pressure, goûtent parfois aux drogues et commencent une vie sexuelle à risque sans y être préparés, poursuit le directeur de SAFIRE.

Pour le suivi, les éducateurs de l’ONG sont répartis sur plusieurs secteurs: Le secteur Nord - Triolet, Baie du Tombeau, Port-Louis ; le secteur Ouest - Bambous, La Valette, Geoffroy, Camp Levieux et Rivière-Noire ; le secteur Sud - Riambel, Mahebourg, Beau-Vallon ; et le secteur Est - Olivia, Bel-Air et Caroline. Chaque éducateur fait une lecture de la région qui lui a été assignée et se forme sur cette région, monte ensuite son réseau, développe sa relation avec les enfants, monte le dossier de chacun d’eux et les accompagne selon un plan d’action précis.

Leur faire une place dans la société

Quelque 200 enfants sont suivis par SAFIRE.
Quelque 200 enfants sont suivis par SAFIRE.

Auparavant, les enfants auprès desquels SAFIRE était amenée à travailler étaient en rupture totale avec tout ce qui représentait leur sécurité - l’école, la famille, entre autres. «Souvent, au moment où on les retrouvait, ils vivaient en groupe dans de vieux bâtiments», souligne Edley Maurer. Cette situation a évolué au fil des ans et le profil des enfants suivis a quelque peu changé : «On ne les retrouve plus dans le même schéma. Ceux que nous rencontrons aujourd’hui ne sont pas en rupture avec leurs familles respectives, mais ils ne fréquentent toujours pas les institutions adéquates qui permettraient leur intégration dans une société au développement à grande vitesse.»

Selon lui, le développement économique se fait un peu au détriment de certains enfants «Personne ne se demande si tous les enfants sont préparés à faire face à ce développement. Dans un pays comme le nôtre où l’on manque de ressources naturelles, nous n’avons d’autre choix que de capitaliser sur l’humain. Or, l’enfant des rues est laissé en marge de la société. Par exemple, le nine-year schooling ne propose pas de solutions pour les enfants non-scolarisés. Quel encadrement peut-on donner à ces enfants pour qu’eux aussi aient une chance égale de se faire une place dans la société ? Pour l’instant, il n’y a pas de place pour un enfant de 12 ans analphabète ayant manqué son parcours académique, et beaucoup des enfants en situation de rue sont dans ce cas.»

SAFIRE met actuellement en place son propre curriculum afin de développer des programmes éducatifs adaptés aux besoins de ses bénéficiaires. Ce projet, encore en phase pilote, est amélioré au fur et à mesure de son exécution. «Nous croyons que chaque action que nous faisons devrait ramener un résultat concret. Notre objectif à long terme est de faire en sorte que l’enfant retrouve la place qui lui est due dans la société», conclut le directeur de SAFIRE.

Romano, prix du meilleur but au Street Child World Cup du Brésil

Romano (au centre) était le capitaine de l’équipe mauricienne aux Street Child World Cup 2014.

Il y a deux ans, lors de la compétition du Street Child World Cup de football organisée au Brésil, un jeune Mauricien marquait le meilleur but du tournoi. Romano est aujourd’hui âgé de 18 ans et fait partie des bénéficiaires de SAFIRE.

Cet habitant de Riambel croise il y a quelques années les membres du personnel de l’organisation, venus à la rencontre des jeunes de l’endroit. L’un des passetemps favoris de ces adolescents, dont Romano, est le foot de rue. Et ils sont d’ailleurs plutôt doués, souligne le garçon. «Lorsque SAFIRE a organisé un tournoi interrégions, c’est l’équipe de Riambel qui l’a emporté», souligne-t-il fièrement.

C’est avec la même ferveur qu’il raconte son expérience au Brésil, une belle aventure, malgré un «trop long voyage.» L’occasion pour lui, qui n’avait jamais voyagé, de côtoyer des jeunes issus d’une vingtaine de pays du monde, avec qui il essaie de garder contact. L’équipe de la Tanzanie l’a particulièrement impressionné.

«Au classement général de la compétition, nous sommes arrivés 9e, ce qui est pas mal. Nous nous sommes entraînés pendant environ un an et demi avant le tournoi!» poursuit Romano, qui était le capitaine de l’équipe mauricienne.

Romano est aujourd’hui employé comme jardinier dans un hôtel du sud de l’île, un job qu’il aime et qu’il occupe depuis le début de cette année. Il espère pouvoir repartir dès que possible dans un tournoi international de foot des rues.

La Street Child World Cup 2014 était organisée en association avec le mouvement “Street Child United”, qui milite entre autres pour que les enfants en situation de rues bénéficient de la même protection, des mêmes options de réhabilitation et des mêmes opportunités auxquels tous les enfants du monde ont droit. En avril 2014, 230 anciens enfants de rues de 19 pays différents se sont rencontrés à Rio de Janeiro pour ce tournoi de foot, ainsi que pour un festival artistique et une conférence sur les droits des enfants.

Street Child World Cup.
Street Child World Cup.

Break-away home: lieu neutre de reconstruction sociale

Le Break-Away Home est un projet de SAFIRE qui n’attend que les permis de l’État pour opérer. Le financement et le local sont déjà tout trouvés. Le but derrière ce projet est de proposer un lieu neutre qui permettrait aux jeunes de se retrouver. Loin de leur environnement immédiat, ils seront amenés à travailler à des activités pédagogiques visant à leur épanouissement et développement. En parallèle, l’équipe de SAFIRE propose aussi de travailler sur cet environnement en essayant d’améliorer la situation d’où sort le jeune, afin qu’il puisse repartir sur des bases plus ou moins neutres à sa sortie du Break-Away Home.

La Ferme pédagogique de Verdun, autre projet de SAFIRE.
La Ferme pédagogique de Verdun, autre projet de SAFIRE.

Des activités pour marquer les dix ans de SAFIRE

Si la cérémonie des dix ans a eu lieu le 19 mai, la date officielle d’anniversaire de l’ONG est le 24 mai, précise Mehdi Bundhun, chargé de Communication de SAFIRE. Il souligne que plusieurs activités de visibilité et de levée de fonds sont prévues dans les mois à venir pour marquer cette dixième année.

  • Le vendredi 3 juin était prévu un défilé de mode au Backstage de l’hôtel Hennessy Park, avec la participation des mannequins de l’agence Gold Models. Le but était d’assurer une visibilité pour l’association et d’obtenir quelques promesses de dons auprès des personnes présentes.

  • Au mois de juin (bien que la date reste encore à être fixée), SAFIRE organisera un marché aux puces, au cours duquel elle mettra en vente des vêtements reçus en donation. L’ONG lancera prochainement un appel pour recevoir d’autres vêtements en bon état dans l’optique de les mettre en vente lors du marché. Cette activité se tiendra à la salle municipale Sir Gaëtan Duval à Sainte-Croix.

  • Le gala annuel de levée de fonds de SAFIRE aura lieu pour sa part au cours de juillet. La date et le lieu exacts et les activités prévues n’ont pas encore été fixés. l En fin d’année, autour du 20 novembre, Journée mondiale de l’enfance, l’ONG a prévu de faire participer ses enfants bénéficiaires dans un journal spécial écrit par eux.

  • De plus, dans le cadre de ses dix ans, SAFIRE a aussi développé deux slogans qu’elle souhaite décliner dans ses supports de communication : en français - «Parce que chaque enfant compte», et en créole - «Nou zenfan, nou fitir».

    Contacts utiles - SAFIRE

    Facebook : www.facebook.com/SAFIREMAURITIUS

    Site web : www.safire.org

    Tel : (230) 433 43 71

Les enfants participent aussi au projet de ferme pédagogique, visant à leur donner les notions et valeurs de base d’éducation au sein d’un lieu neutre.
La Ferme pédagogique de Verdun, autre projet de SAFIRE.
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