Aurore Perraud: «Mesdames, votre bonheur dépend de vous»

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Les amendements proposés au «Protection against Domestic Violence Act» seront débattus à l’Assemblée nationale mardi. Selon la ministre Perraud, ils ne serviront à rien si la société ne change pas de mentalité.

Tout le monde sait qu’il y a une loi contre la violence domestique. Mais celle-ci n’est pas forcément respectée. Pensez-vous que les nouveaux amendements vont changer quelque chose?

C’est la quatrième fois que le Protection against Domestic Violence Act sera amendé. Il faut se demander comment on en est arrivé là. La loi est importante, mais ce qu’il y a autour l’est davantage. La loi restera dans le tiroir si la police et les Enforcement Officers ne font pas leur travail et s’il n’y a pas de prise de conscience au sein de la société. À quoi cela sertil que Madame Perraud introduise cette loi alors qu’à la maison ou pa pé konn elvé ou zanfan? La femme qui croit que son mari a le droit de la frapper a grandi de cette façon. Si la société ne fait pas d’effort, la loi ne servira à rien.

Les victimes de violence verbale seront-elles encouragées à dénoncer leur conjoint/ partenaire lorsque ce délit sera punissable par la loi?

C’est mon souhait, du moins. La violence conjugale n’est plus un sujet tabou. San kas disik lor mo latet, je dois dire que mon ministère fait beaucoup pour les victimes de violence domestique. Elles se sentent de plus en plus empowered.

Bien qu’elles soient conscientes des droits existants et des nouveaux amendements, le risque est réel que les victimes continuent à se murer dans le silence.

En effet. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas introduire la loi. Souvent, c’est le cas des femmes qui ont des enfants. (Moment de silence) Qu’est-ce que je peux dire? On est impuissant face à cette situation.

On ne peut pas introduire une loi pour forcer une mère à «get li, avan li get so zenfan. Sé sa léker mama». Mais souvent on ne se rend pas compte que dans ces cas, l’enfant intériorise ce qu’il voit. Et il va le reproduire en tant que mari violent ou femme soumise.

Pour les femmes qui se demandent où elles vont partir, la National Coalition against Domestic Violence va prendre des dispositions pour les shelters. On donne des formations à des femmes afin qu’elles soient économiquement indépendantes. Il faut voir le gâteau en entier, pas que la cerise dessus. Si cette loi est la cerise, toutes les mesures d’accompagnement prises constituent le gâteau.

Cela dit, je reçois beaucoup de plaintes à cause des policiers. Comme quoi ils font mal leur travail et c’est moi qui essuie les critiques. «Zot dir madam la alé, linn bwar, démin li pou korek.» Je ne vous raconte pas le nombre de fois que j’ai dû téléphoner aux policiers à ce propos. Ils n’ont pas le droit d’agir de la sorte. Le rôle du policier est d’assurer la protection. Quand on les forme, je me fais un devoir d’aller à leur rencontre pour leur dire qu’ils ont un rôle très important dans les cas de violence domestique. La façon dont le policier gère la situation peut arrêter l’agresseur ou, au contraire, l’encourager.

Certains craignent qu’il n’y ait des abus avec l’introduction de la violence verbale comme forme de violence domestique. Qu’en pensez-vous?

On en est conscient. Mais on a mis des garde-fous. Que j’introduise la loi ou pas, je serai sujette à des critiques. On vit dans une démocratie. J’accueille les critiques. Mais quand j’entends des cas tels que celui de Vidhi Bumma, j’ai la conscience claire. Si je ne peux pas éradiquer le problème, au moins j’aide à soulager la situation.

Comment encouragez-vous les femmes, qui croient que c’est normal de subir la violence domestique, à dénoncer cette situation?

Il faut qu’elles croient en elles-mêmes. Elles doivent se dire qu’elles sont capables et belles – je parle là de la beauté intérieure qui reste pour toujours. Elles ne vont pas accepter qu’un autre humain les domine. Mesdames, votre bonheur dépend de vous.

Les pénalités ont été revues à la hausse. Croyez-vous que cela va dissuader les époux/ partenaires violents?

Je l’espère. Et c’est fait pour. Mais au risque de me répéter, on a beau augmenter les pénalités mais s’il n’y a pas de prise de conscience, cela ne sert à rien. Vous savez, cela me révolte qu’à chaque fois qu’on entend parler d’un drame, cela provoque un soulèvement passionné sur la Toile, notamment, jusqu’à ce qu’il y ait un nouveau drame. C’est trop facile de poster des commentaires. Et tant de marches ont été organisées. Mais concrètement, qu’est-ce que JE (l’individu, NdlR) fais? Rien. Il doit y avoir un wake-up call.

Justement, comment changer les mentalités?

C’est un travail de fourmis, mais il faut bien commencer quelque part. Il faut au moins avoir le courage d’en faire autant. Tout le monde est concerné. Ce matin (jeudi, NdlR), j’ai présidé un comité interministériel pour voir comment chaque ministère peut contribuer à la parité du genre. Lorsqu’au boulot on démontre que l’homme et la femme sont égaux, on importe cette pratique dans la famille également, dans la manière qu’on élève ses enfants.

En parlant d’enfants, le ministre de la Santé a appelé la population à avoir plus d’enfants. Vous y avez ajouté «si vous avez les moyens»…

C’est mon opinion personnelle en tant que responsable de famille. Ce serait irresponsable de ma part de dire aux personnes pauvres d’avoir plus d’enfants. Les gens disent que «mo gayn kas minis, dir li fer plis zanfan». J’en ai l’intention (Rires). J’ai demandé aux personnes qui ont les moyens de nourrir des enfants d’en produire. Et non lancé un appel généralisé. Ceux qui n’en ont pas les moyens, rann enn servis, pa fer.

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