Questions "censurées ": Quelle liberté d’expression pour les parlementaires ?

Avec le soutien de
Outre Bashir Jahangeer, d’autres députés de la majorité ont été obligés de retirer leurs questions. Notamment Sudesh Rughoobur.

Outre Bashir Jahangeer, d’autres députés de la majorité ont été obligés de retirer les questions qu'ils devaient poser. Notamment Sudesh Rughoobur.

Le même scénario se répète presque chaque semaine. Depuis quelque temps, des parlementaires de la majorité, plus particulièrement ceux du MSM, sont contraints de retirer des questions. Le dernier cas en date remonte à cette semaine lorsque le député orange Bashir Jahangeer a été obligé de retirer deux questions (voir plus loin).

Mahen Jhugroo, le Chief Whip, n’en démord pas : «Quand on fait partie de la majorité, il faut suivre la discipline du parti. Si on fait de l’opposition, il vaut mieux être de l’autre côté de la Chambre.» Les choses se passaient-elles ainsi sous le précédent gouvernement ? Nous avons interrogé Stéphanie Anquetil, ancienne backbencher du PTr, et l’ex-ministre des Collectivités locales Hervé Aimée.

L’ancienne députée rouge explique qu’elle envoyait ses questions directement au clerc de l’Assemblée nationale. «Mes questions n’étaient pas visées par le Chief Whip comme c’est le cas aujourd’hui. J’étais libre de poser n’importe quelle question et aussi des questions supplémentaires», raconte-t-elle. D’ailleurs, ajoute-telle, lors de la réunion parlementaire qui se tenait à la veille de la tenue des travaux à l’Assemblée nationale, le Premier ministre (PM) d’alors encourageait les backbenchers à être actifs. À l’époque, insiste-t- elle, personne n’était invité à retirer ses questions.

«Nita Deerpalsing et moi étions sur tous les fronts, n’hésitant pas à poser plusieurs questions supplémentaires.» Stéphanie Anquetil se rappelle qu’une fois elle avait adressé une question au PM d’alors, Navin Ramgoolam, au sujet de la sécurité dans les villes. Elle affirme que toutes les questions supplémentaires ont été répondues sans qu’il ne montre des signes d’énervement.

En revanche, l’ancien ministre Hervé Aimée est plus nuancé. Tout en concédant que les backbenchers doivent avoir une certaine liberté, il est d’avis qu’il ne faut pas qu’ils «embarrassent les ministres». Même lorsqu’il y a des choses à tirer au clair, lui demandons-nous. Cela relève du travail de l’opposition, insiste Hervé Aimée. «Voyez le cas de Danielle Selvon. Maintenant, elle est libre de poser n’importe quelle question. Mais quand elle était au sein du gouvernement, elle ne pouvait pas les embarrasser.»

Autre question posée à l’ex-ministre des Collectivités locales. Lors de la tenue des réunions parlementaires, les backbenchers de la majorité étaient-ils appelés à ne pas embarrasser les ministres lors de la tranche du Question Time ? «Non, jamais.»

POURQUOI LES QUESTIONS DE JAHANGEER «EMBARRASSENT»


Sur ordre de son leader, Pravind Jugnauth, Bashir Jahangeer a été contraint de retirer deux de ses interpellations prévues mardi dernier. L’une concerne l’identité des entrepreneurs ayant décroché des contrats de la National Housing Development Company de 2015 à ce jour. Et l’autre, la liste des projets en cours sous la formule Build, Operate and Transfer (BOT). En quoi ces deux questions du député de la majorité sont-elles «embarrassantes» pour le gouvernement ? Après enquête, il ressort que pour la première question, un de ces entrepreneurs aurait récemment entrepris des travaux de rénovation au campement d’une des VVIP de l’hôtel du gouvernement. Ce passage au bungalow de cette personnalité a été ébruité lorsque des ouvriers de la compagnie de l’entrepreneur se sont affichés, en uniforme, en photos. Pour la question ayant trait à  la liste des projets en cours sous le BOT, il nous revient que c’est à la suite de la demande d’un groupe d’hommes d’affaires indiens sur les potentielles avenues d’investissements sous cette formule à Maurice que la question est née. Le but, avec la réponse officielle, étant de les diriger vers des secteurs non exploités à ce jour. Sauf que les businessmen indiens resteront sur leur faim. Quant aux investissements directs étrangers, ils auront à attendre.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires