Reshma Ramracheya: chercheuse hors pair

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Reshma Ramracheya est issue du village de Congomah. Elle a toujours été curieuse de tout ce qui l’entoure. En grandissant, elle a pris conscience qu’un mal frappait presque chaque foyer de son village, à savoir le diabète. Après une scolarité au collège London, où elle est guidée par feu Harold Chan Lam et des enseignants qui la poussent à quitter les sentiers battus, elle part pour la Grande-Bretagne. «Mes parents ont toujours valorisé l’éducation et n’ont pas hésité à se sacrifier et payer le prix fort pour que je puisse aller étudier.»

Après une licence et une maîtrise en biologie appliquée, qui lui permettent d’obtenir un first class degree, Reshma entame son doctorat au King’s College de Londres. Le thème de sa recherche est… le diabète. Partant du principe que les cellules bêta figurant dans les îlots pancréatiques secrètent l’hormone – l’insuline – qui régule la glycémie, elle décide de tenter d’établir le processus de fonctionnement de ces cellules bêta en réaction au glucose et à d’autres activateurs. Sa thèse alimente plusieurs publications scientifiques dans des revues spécialisées et Reshma décide de pousser la recherche plus loin.

Elle se voit proposer un poste dans le laboratoire du professeur Patrik Rorsman à l’université d’Oxford et elle continue ses recherches sur les îlots pancréatiques humains. «Il est globalement accepté que le diabète est une maladie bi-hormonale caractérisée, non seulement, par une insuffisance de production d’insuline, mais aussi par un excès de sécrétion de l’hormone glucagon dans les îlots pancréatiques. Cette hormone est produite par les cellules alpha lorsque le taux de glucose chute dans l’organisme. Mais il a été noté que trop de glucagon chez un diabétique exacerbe davantage la maladie.» Reshma avance donc qu’il est essentiel de traiter aussi bien l’insuffisance d’insuline que de glucagon lorsqu’on soigne le diabète.

Bourse prestigieuse

Elle note aussi, au cours de ses recherches en laboratoire, qu’en sus de stimuler la sécrétion d’insuline, l’hormone incrétine gastro-intestinale GLP-1 réduit la dissémination du glucagon. Cette étude permettant de mieux comprendre comment le GLP-1 régule la sécrétion de glucagon dans les îlots pancréatiques lui vaut de recevoir la prestigieuse bourse RD Laurence par Diabetes UK en 2012. Un financement qui lui permet de diriger une recherche indépendante à Oxford. Le laboratoire travaille d’ailleurs sur l’identification et la caractérisation d’un nouveau récepteur, le GLP-1 comme médicament potentiel pour le traitement du diabète.

En parallèle, la chercheuse mauricienne s’intéresse à la chirurgie bariatrique, qui consiste à réduire le volume de l’estomac par la pose d’un anneau gastrique et qui se traduit par une perte de poids conséquente chez le sujet. Il a été noté que cette chirurgie avait une incidence directe sur le diabète et que dans plus de 80% des cas, cette intervention entraînait une rémission de cette maladie.

En collaboration avec le Norvegian University of Science and Technology, Reshma et son équipe viennent juste d’identifier le rôle d’un peptide gastro-intestinal, le PYY, dans la restauration d’une glycémie normale chez les diabétiques de type 2 qui ont subi une chirurgie bariatrique. Celle-ci normalise les fonctions altérées des cellules alpha et bêta dans les îlots pancréatiques. «Au départ, notre postulat était que le GLP-1 était le facteur déterminant des effets bénéfiques de la chirurgie bariatrique. Or, nous avons réalisé que le niveau de PYY, peptide gastro-intestinal, était nettement plus élevé dans le sang après la chirurgie. Lorsque nous avons poussé plus loin nos recherches en laboratoire, nous nous sommes rendu compte qu’un traitement à long terme avec le PYY restaurait le fonctionnement jusque-là défaillant des îlots pancréatiques», souligne Reshma, dont les travaux ont été une nouvelle fois salués internationalement.

Désormais, son équipe et elle cherchent à appréhender comment le PYY améliore le fonctionnement de ces îlots. «Nous devons voir si une version synthétique du PYY aura le même effet sur les îlots pancréatiques. Et si cela s’avère, il se pourrait que les effets de la chirurgie bariatrique puissent être reproduits sans qu’on ait besoin effectivement de recourir à la chirurgie elle-même». Vu la détermination de Reshma, il ne fait pas de doute qu’on n’a pas fini d’entendre parler d’elle.

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