La semaine vue par Gilbert Ahnee

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Lundi 2 mai 2016

Mais encore ? Indexer les salaires sur le coût de la vie en Norvège. Y ajouter une compensation anticipée pour l’inflation accumulée en 2026…

Judiciarisons !

EOC-EOT. Au barreau, en politique, au Parquet comme au sein de la magistrature assise, Khalid Tegally a su mener sa carrière, si ce n’est sa vie. Sans polémiques vaines, sans provoquer le type de soupçons que certains traînent en permanence derrière eux. Il n’empêche que les conditions dans lesquelles est parti Brian Glover, celles dans lesquelles, en conséquence, arrive son successeur pourraient nous encourager à imaginer une autre formule pour la mission fondamentale qu’il s’agit d’honorer.

Dans un pays pluriethnique, où les membres les plus fragilisés de chacune des communautés peuvent parfois se sentir victimes de discriminations au titre de l’une ou l’autre spécificité – religieuse, de caste, d’origine géographique – de leur profil, le mécanisme pour assurer les Equal Opportunities est d’une importance capitale. Plutôt que de laisser la nomination de ses animateurs aux politiques, il serait souhaitable qu’elle revienne plutôt à la Judicial & Legal Commission, les postes revenant à des officiers judiciaires.

L’Equal Opportunities Commission, l’instance qui instruit les saisines, peut être comparée au bureau du DPP. L’Equal Opportunities Tribunal, lui, comme son nom le dit bien, est une instance appelée à juger les affaires, idéalement dans des conditions semblables à celles nécessaires à un juge.

Peut-on imaginer, une chambre d’instruction au Parquet pour les cas de chances égales, quitte à ce qu’elle dispose d’une commission d’assesseurs non-juristes, ce pour quoi fait provision l’EOC. Quant au président de l’EOT, considérons-le comme juge de la Cour suprême. Ce qui rehaussera son indépendance et sa liberté d’action.

Mardi 3 mai 2016

Faudrait d’un Rivaltz Quenette ou d’un Guy d’Espaignet pour nous dire si ça s’est déjà vu. Un Chief Whip expulsé d’une séance du Parlement…

L’état batcharisé

Quelques erreurs. La première imputable à cette maladie qui affecte tous nos partis politiques : l’anachronite, le maintien dans un temps dépassé. Le patient atteint de ce mal est inconscient du fait que ses compatriotes sont nombreux à avoir accès à l’Internet, à aller à l’université, à voyager, à se marier en dehors de leurs communautés. L’anachroniteux ne saisit pas que les Mauriciens d’aujourd’hui sont étrangers aux peurs, inhibitions et complexes qui tenaient leurs arrière-grands-parents dans la soumission aux puissants. Il pensera, entre autres, qu’une majorité de Mauriciens d’origine tamoule se réjouira de la sinécure offerte à Menon Murday. Alors qu’un grand nombre des personnes théoriquement honorées pourrait bien se sentir dénigrées. Par l’effet de loupe de ces nominations, ce qui amplifie aux yeux de tous les cruels ridicules des roder bout récompensés.

Nouveau danger : la braderie sur la place publique d’entreprises jusque-là fiables. Cotée en Bourse, soumise aux Listing Rules de la SEM, se disant administrée selon les meilleures pratiques, devant rendre des comptes à ses actionnaires, la SBM peut-elle se permettre, contre un retour de valeur fort aléatoire, de rémunérer M. Murday ? Finalement nommé – après une pantalonnade pour la vice-présidence de la République – président d’un Board à la banque d’état. Alors que presque tout un chacun pressent qu’il n’y est pas préparé.

Qu’en pensent la Bank of Mauritius, la Financial Services Commission ? Comment réagira la Bourse ? Notre droit comportera-t-il un jour des peines pour le don et l’acceptation d’emplois fictifs ?

Mercredi 4 mai 2016

Gayan à l’UA ? À croire que SAJ se passe aisément de lui. À Addis, faudra aussi un poste pour la proche collaboratrice. Et il reste ce no 20…

Etiquette, you say ?

Politiser l’institution. L’avocat de Gooljaury l’aura compris. Plus facile de confier à son épouse l’animation sur Facebook d’une campagne Support Barrister Sanjeev Teeluckdharry que de déstabiliser le DPP dans l’affaire Pran sarz. Mais cela n’est que folklorique. À un niveau plus important, ce qui serait vraiment grave, ce qui pourrait rendre l’éthique et la démocratie aléatoires dans un petit pays, c’est cette campagne insidieuse visant à réduire Satyajit Boolell à n’être que le fils et le frère de ministres travaillistes. Comme si une opinion indépendante de celle de sa parentèle serait impossible au citoyen, à l’avocat et au haut fonctionnaire protégé par l’article 93 de la Constitution.

Maurice est certes un petit pays, de surcroît ayant compté pendant assez longtemps un nombre restreint de familles, les mêmes, fournissant leurs membres à la profession légale et au monde politique. Cela ne facilite pas l’application des normes en vigueur dans des sociétés plus larges. En France, le Code de procédure pénale prévoit que la récusation d’un juge est possible si ce dernier «ou son conjoint sont parents ou alliés de l’une des parties ou de son conjoint jusqu’au degré de cousin issu de germain inclusivement». Chez nous, cela voudrait dire que jusqu’aux époux ou épouses des petits-enfants respectifs de Shakeel Mohamed et de Sanjeev Ghurburrun seraient mutuellement récusables. Dans un pays d’un million et demi d’habitants, la justice pourrait-elle être administrée ? La question est pertinente. Mais est-ce à un politique revanchard, aux intentions inconnues, qu’il incombe de la poser ?

Jeudi 5 mai 2016

Total des coûts annuels de santé : Rs 21,4 milliards, dont 54,7 % financés par les familles. Obtenons-nous en échange la valeur équivalente ?

Peut-on être sérieux ?

Socialement utile. Ce fut hilarant ! L’exercice du correspondant Watts Nexte, adressé à la BP 247 et publié dans l’express, après la sentence dans l’affaire Pran sarz. Pince-sans-rire – ou plutôt pince-sans-pleurer, vu la situation, W. N. établit le taux de change, 24 à 1, de la journée en prison à l’heure de travaux communautaires. Il faudra certes que ce LocEx soit établi, en laissant mieux jouer les forces du marché, ou en décidant d’une dévaluation. Afin que les futurs justiciables puissent échanger leurs jours de prison à un taux reflétant plus justement différentiel d’inflation, taux d’intérêt et autres facteurs agissant sur les cours. Et cela que le cambiste se présentant au guichet pénal ait des chances ou non d’être subséquemment témoin de l’accusation. Mais devisons d’encore autre chose…

Pour des condamnés réputés peu dangereux, de surcroît si leur activité rapporte indéniablement de la valeur à la société, la formule des travaux communautaires peut sembler excellente. S’il faut certes un inconvénient suffisamment prolongé pour que la notion de peine ne soit pas perdue, on peut en revanche se dispenser des tâches humiliantes dont le nettoyage des toilettes pourrait bien être le condensé. Ne serait-il pas plus utile, ici, de réhabiliter un centre social délabré, là, de déboiser les berges envahies d’une rivière ? Plus utile encore : imaginons qu’un homme d’affaires ayant l’expérience et le savoir-faire de Gooljaury soit condamné à consacrer 90 heures, comme mentor, à des jeunes, également stagiaires dans son entreprise. Plus valorisant pour tous, non ?

Vendredi 6 mai 2016

Il est sobre et frugal. Certes, il a fait dix voyages en 14 mois mais au final cela n’a coûté en moyenne que Rs 260 000 la partie de Golfe…

Pourquoi la répression ?

Bâton. Février ’99 n’a donc rien appris à notre police. Car si la mort de Kaya et ses séquelles traumatisantes avaient un tant soit peu interpellé nos forces de l’ordre, sans doute auraient-elles évité de sortir l’artillerie lourde, ce vendredi. Contre les quelques inoffensifs adeptes du mouvement rastafarien qui manifestaient, au jardin de la Compagnie, en faveur de la légalisation du cannabis. À quoi sert-il d’user de violence contre des citoyens qui demandent que soit engagé un débat qui a été mené – et parfois conclu en faveur au moins de la dépénalisation – dans de nombreuses démocraties ?

Les régimes non répressifs – cela allant de la totale légalisation de la possession, la vente, le transport et la culture de cannabis, cas de figure existant uniquement en Uruguay, à la tolérance pratique, disons, du Canada – se résument à une quinzaine de pays ainsi qu’à quelques États américains. En Europe, les plus libéraux en la matière sont les Pays-Bas, l’Espagne et, bien que moins audacieux au niveau légal, le Portugal. Si Maurice devait décider – pour les multiples raisons avancées – de dépénaliser, voire légaliser la consommation de gandia, nous ne nous retrouverions vraiment pas parmi des Rogue States, mais plutôt aux côtés de quelques-unes des démocraties les plus innovantes de ce début de siècle.

Hier, ce n’était pas l’affaire de Valayden, aujourd’hui ce n’est pas celles des hommes aux dreadlocks. La durabilité de nos sociétés va aussi impliquer la capacité d’analyser froidement la régulation des stupéfiants. Le pourrons-nous ?

Samedi 7 mai 2016

À l’EOC : tous n’en ayant pas, est-ce discriminatoire de retenir un citoyen par ses dreadlocks ? Question pas du tout tirée par les cheveux…

Quel sans-gêne !

Toe the line. Attention, c’est le chef-fouet qui claque au-dessus de nos têtes. L’Honorable Mahen Jhugroo nous avoue et nous révèle – nous confirme éventuellement – que des ministres pourraient bien être embarrassés par certains dossiers. «Ils ne faut pas qu’ils [NdlR : les backbenchers de la majorité] posent des questions embarrassantes aux ministres», déclare le Chief Whip dans l’édition de ce samedi de l’express.

Le deuxième député de Mahébourg–Plaine-Magnien est aussi d’avis que les députés du groupe majoritaire «ont le loisir et la liberté de poser n’importe quelle question et de demander des éclaircissements», lors de leur réunion, à la veille de chaque séance parlementaire. Va pour la satisfaction de la curiosité ! Mais qu’en est-il de la mission d’intérêt public qui incombe aux députés, celle d’interpeller la gouvernance à l’AN, le siège de la souveraineté ? «Ayo, to koné, sa dosié-la, finn ariv enn makanbo ladan… mo’nn dimann bougla enn milion mé li pé rézinbé… koman li settle mo korl toi, mo fer toi koné» : est-ce à ce type de confidences entre quatre murs qu’on voudrait réduire l’exercice d’interpellation auquel autorise le mandat populaire de représentation parlementaire ?

Pas très encourageante l’idée de transparence de M. Jhugroo. Guère encourageant surtout pour nos concitoyens qui militent en faveur de l’adoption d’un Freedom of Information Act. Soit le pouvoir à tout citoyen d’être acteur d’un Question Time démocratisé, qu’aucune mesure d’embarras ministériel ne doit inhiber. Qu’aucun Speaker n’interrompt, qu’aucun Chief Whip ne censure.

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