Vanina Harel et Zara Currimjee, cinéastes amateurs: deux femmes, une cause

Avec le soutien de

Leur dada, c’est la protection de l’environnement. Pour rallier les gens à leur cause, deux jeunes femmes ont décidé de réaliser un film documentaire qui a pour titre «Vey nou Lagon». Coup de projecteur.

Immersion dans «Vey nou Lagon». Qu’est-ce donc ?

Vanina Harel (VH) : Il s’agit d’un film-documentaire sur la vie de Georgie, un pêcheur originaire de Poste-de-Flacq. Il a suivi les traces de son père, qui a réussi à élever ses 11 enfants grâce à ses seuls revenus de pêcheur. Alors que pour joindre les deux bouts, Georgie, lui, père de deux enfants, a dû également enfiler les casquettes de jardinier et de cuisinier. Dans le documentaire en question, il nous raconte comment le lagon a changé au fil des années, pourquoi il y a moins de poissons aujourd’hui et comment il a vécu et s’est adapté à ces changements.

Qu’est-ce qui vous a poussées toutes les deux à réaliser ce projet ?

Zara Currimjee (ZC) : Vanina complétait son mastère à Washington et ses cours étaient axés sur la réalisation de films sur l’environnement. J’étais également à Washington où je bossais pour une ONG qui œuvre pour la protection des océans. Nous sommes des amies d’enfance et nous nous sommes retrouvées après six ans. On a discuté de beaucoup de choses, dont les changements que subit le lagon mauricien. Vanina devait réaliser un film pour sa thèse et on s’est dit autant faire quelque chose sur notre île.

Et pourquoi avoir choisi de vous focaliser sur les pêcheurs ?

ZC : Quand l’idée de faire un film a germé en 2014, nous sommes retournées à Maurice pour parler aux pêcheurs, aux ONG, aux garde-côtes, au gouvernement. Et là, nous avons réalisé que les pêcheurs avaient de très bonnes idées mais pas assez de moyens pour se faire entendre. Et puis, après tout, certains ont passé toute leur vie en mer, alors ils sont les mieux placés pour en parler.

Combien en avez-vous rencontré pendant le tournage ?

VH : Beaucoup ! Et ils sont une dizaine à figurer dans le film. Les pêcheurs du sud de l’île, par exemple, confirment que le nombre d’ourites a vraiment diminué. Nous nous sommes aussi intéressées à Rodrigues, où le lagon se dégrade autant qu’à Maurice, selon les pêcheurs. Là-bas, par contre, il y a eu davantage d’initiatives qui ont été prises plus tôt, pour aider au repeuplement du lagon.

Alors notre lagon est-il au bord du gouffre ?

VH : Pas encore. L’espoir vient des gens qu’on a interviewés, qui ont tous de bonnes idées pour le protéger. Ils n’attendent qu’une chose: de pouvoir les mettre en pratique. Et nous espérons que ce film les aidera, car le but, c’est de sensibiliser plus de personnes, qu’on se dise qu’il est temps qu’on s’y mette tous!

ZC : Les pêcheurs que nous avons interrogés sont d’une autre génération et veulent sauvegarder leur gagne-pain, qui s’avère être leur passion également. Ils ont pratiqué ce noble métier durant toute leur vie, alors comment voulez-vous qu’ils se reconvertissent? Pour ce qui est de leurs enfants, par contre, ils les encouragent à faire autre chose, à choisir une autre voie…

Qu’est-ce qui vous a le plus touchées alors que vous promeniez votre caméra ?

ZC : Chaque histoire, chaque souvenir. Sans parler des expériences inoubliables… Nous avons appris à ouvrir des huîtres à Poste-Lafayette. À Rodrigues, nous étions debout à l’aube pour aller piquer des ourites…

VH : Fino, une femme de caractère, nous a confié qu’elle partait en mer avec son oncle, jadis et a raconté comment ils soulevaient des casiers remplis de poissons. Comme elle, les pêcheurs ont des étoiles plein les yeux quand ils vous racontent leur vie. Ce qu’ils souhaitent, par-dessus tout, c’est de retrouver ce lagon rempli de poissons…

Hormis les pêcheurs, qui sont ceux qui vous ont aidées pour la réalisation du film-documentaire?

ZC : Nous avons reçu pas mal d’aide et de soutien. Eric Triton, par exemple, a fait la musique du film, Azil Moollan était derrière la caméra. Nous avons fait appel à Flying Freaks pour les images aériennes, à Gérald Rambert pour les vidéos sous-marines, pour ne citer qu’eux.

VH : Quand on a commencé à parler du projet, les gens nous ont fortement encouragées. Cela a pris tellement d’ampleur que nous organisons des projections aux quatre coins de l’île pour toucher un plus large public.

Quid des autres projets à venir ?

ZC : Maintenant qu’on a réalisé un film et qu’on sait qu’il y des gens qui écoutent notre message, nous allons surfer sur cette vague pour créer un mouvement. Nous voulons que les gens réagissent face au film et qu’ils viennent de l’avant avec leurs idées et initiatives pour aider à la sauvegarde de notre lagon.

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