Shilpa Seewoo Menon, écrivaine : Des mots pour lutter contre les blessures des agressions sexuelles

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Un livre porteur d’espoir, écrit par notre compatriote Shilpa Seewoo Menon, établie en Inde, et publié sur les sites Amazon, est désormais disponible dans les librairies mauriciennes. Cette fiction, inspirée du viol sauvage de l’étudiante indienne Jyoti Singh dans un autobus en 2012, est un coup d’essai pour cette spécialiste en génie chimique.

Scars do heal, c’est le titre de ce roman inspiré par le tristement célèbre viol et les actes de tortures perpétrés sur la personne de Jyoti Singh dans un autobus à Marnika, dans le sud de Delhi, en 2012. «Cet acte barbare a non seulement choqué l’Inde, mais aussi le monde entier. La manière haineuse dont cette jeune étudiante a été violée dépasse l’entendement. Ce tragique décès m’a fait me demander ce que moi, en tant qu’être humain, je pouvais faire contre cela. Ne pouvant réformer les lois au niveau national, il ne me restait que le pouvoir des mots», explique Shilpa Sewoo Menon par mél. D’où l’écriture de ce livre.

Bien que vivant à Chennai depuis huit ans en compagnie de son mari, un homme d’affaires, et de leur fils de cinq ans, Shilpa Sewoo Menon est tout ce qu’il y a de plus Mauricienne. Elle est issue de la cinquième génération d’une famille originaire de l’Inde. Son père Daneelal Seewoo, féru d’histoire, a longtemps agi comme haut-commissaire de Maurice dans plusieurs pays, y compris l’Inde. Sa mère Sharda a été enseignante de langues orientales et en particulier d’hindi. Les Seewoo, qui sont désormais à la retraite, ont eu deux filles, Sheetal, qui travaille dans le secteur bancaire, et Shilpa.

Cette dernière a effectué sa scolarité primaire à l’école Aryan Vedic à Vacoas et son cycle secondaire au Mahatma Gandhi Institute. Portée pour les sciences, c’est à l’université de Cape Town que Shilpa Sewoo Menon a été admise et a obtenu sa licence en génie chimique. Ses excellentes notes lui ont valu de décrocher une bourse et elle a aussi fait sa maîtrise en la matière. Elle a effectué des recherches notamment sur le traitement des eaux.

«Ma recherche a porté spécifiquement sur l’amélioration du filtrage des eaux découlant des activités minières. Sans me flatter, même aujourd’hui, les recherches dans ce domaine font référence à mes travaux de recherche de l’époque auprès de l’université de Cape Town.»

«IL NE ME RESTAIT QUE LE POUVOIR DES MOTS.»


Comme elle l’a expliqué, c’est l’agression barbare de Jyoti Singh qui l’incite à se tourner vers l’écriture. Mais ne voulant pas faire les choses à demi, Shilpa Sewoo Menon décide d’en savoir plus sur ces blessures particulières en rencontrant des survivantes d’agressions sexuelles.

«Cela ne m’a pas pris longtemps pour comprendre l’étendue et la sévérité des souffrances des survivantes. C’est là que j’ai maîtrisé le concept du syndrome du traumatisme du viol qui comprend plusieurs phases. Au début, la survivante éprouve une série d’émotions allant du choc à laconsternation et à l’incrédulité. C’est dans cette phase particulière que la survivante a le plus besoin d’être soutenue, car à ce moment précis, elle vit beaucoup de retours en arrière et de cauchemars. Elle est en colère et se montre hostile pas qu’envers son agresseur, mais aussi à l’encontre de ceux voulant l’aider. Et puis d’autres questions se greffent sur le problème comme informer ses proches, se faire examiner médicalement, la crainte d’une grossesse et d’infections sexuellement transmissibles, la peur de représailles après la dénonciation de son agresseur, la décision de poursuivre ou pas. La liste de défis qui l’attendent est longue et l’empêche d’avancer et de reprendre le cours de sa vie. Ce sont toutes ces profondes blessures qui m’ont permis d’écrire Scars do heal.»

De quoi ce livre traite-il ? C’est une fiction axée sur l’histoire de Sonal Kapoor, fleuriste à Londres, qui doit assumer ses responsabilités, tout en s’occupant de sa mère. Elle a vécu un événement traumatisant qui l’a fait fuir l’Inde et qu’elle refoule pour s’installer à Londres. Sa rencontre avec le Dr Ryan Percy va l’aider, mais en même temps lui faire remettre en question beaucoup de choses. «Le livre tourne autour de la vie de ces deux principaux personnages et, à la fin, le lecteur trouvera la réponse à sa question : ces deux-là se complètent-ils ou se détruisent-ils ?».

Publiée en décembre 2015 sur les sites Amazon, la version papier et celle sur Kindle ont été simultanément lancées. Shilpa Sewoo Menon a été surprise par l’accueil réservé par les lecteurs tant en termes de notations que de critiques littéraires. La bande-annonce de sa vidéo de promotion, qui dure 30 secondes, est devenue populaire sur le Net et 100 jours après la création de son compte Twitter en janvier, elle avait 100 000 adeptes. Et ce nombre continue de croître.

Elle s’est aussi investie dans le marketing du livre, qui est distribué par le réseau de distribution Ingram. «J’ai réalisé qu’écrire un livre n’est pas une fin en soi et que si l’on veut qu’il se démarque du lot de livres qui sortent chaque semaine, il faut une distribution solide et un réseau de marketing efficace. Il faut sans cesse faire la promotion du roman à travers les réseaux sociaux et d’autres canaux traditionnels.»

Scars do heal est désormais disponible dans les librairies Nalanda à Port-Louis, Carrefour à La Louise, Le Trèfles à Curepipe, Intermart d’Ébène, Papyrus à Grand-Baie, Babylon à Flacq et toutes les filiales de BM Book Centre et de Book Court. Mais les intéressés peuvent aussi commander la version Kindle sur Amazon. La version papier est à Rs 315.

Elle a deux messages à transmettre à ses compatriotes : le premier est d’être plus sensible à la violence envers les filles et les femmes et le second est que, quelle que soit la profondeur d’une blessure, l’espoir de surmonter le traumatisme qui en découle est possible. De victime, il est possible de devenir une survivante qui reprend le contrôle de sa vie.

Prise au jeu, Shilpa Sewoo Menon a déjà entamé des recherches en vue d’écrire un second livre qui devrait sortir au début de 2017. «Tout ce que je peux dire est qu’il sera dédié aux orphelins et aux démunis en quête de soutien…»

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