Danielle Selvon: «De qui ou de quoi devrais-je avoir peur ?»

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Deux semaines que la députée indépendante se bat aux côtés des marchands ambulants de Port-Louis. Tant et si bien qu’elle a été accusée d’inciter à la haine contre le gouvernement…

Le combat des marchands ambulants existe depuis très longtemps. Pourquoi avoir choisi ce moment pour venir de l’avant ?

Jusqu’en 2010, je n’étais pas à Maurice. À mon retour définitif, Nando Bodha, par l’intermédiaire d’un ami, m’a proposé d’adhérer au MSM et de travailler dans la circonscription no 1. De nombreux agents du MSM qui sont marchands ambulants y vivent. Contrairement à la croyance populaire, la majorité d’entre eux sont pauvres. Je suis moi-même issue d’une famille pauvre et j’ai dû me battre pour mes droits depuis que j’ai 13 ans. Même au Canada, j’œuvrais pour la défense des plus démunis. C’est pour cette raison que je suis sensible à la cause des marchands.

Il y a un jugement de la cour interdisant aux marchands d’opérer dans un rayon de 500 mètres du marché central. En demandant un moratoire, n’allez-vous pas à l’encontre du jugement ?

Non, bien sûr. J’ai toujours dit et maintenu que nous avons un très bon système judiciaire que nous devons conserver et protéger parce qu’il est notre dernier recours. Je l’avais fait ressortir lors des débats sur les «lois Bhadain» et je le maintiens. Cependant, bien que j’apprécie le travail du ministre des Services financiers et de la bonne gouvernance, j’aurais souhaité qu’il fasse un appel au dialogue sur les modalités du relogement des marchands ambulants car il n’y a aucun litige quant au principe fondamental qu’ils doivent quitter les rues.

Votre position n’aurait-elle pas été différente si vous aviez réintégré le MSM ?

D’abord, il n’a jamais été question de réintégrer le MSM. Durant un tête-à-tête après ma démission, le Premier ministre m’a suggéré de réintégrer le parti et de rencontrer le leader du MSM. Comme Pravind Jugnauth l’a affirmé, lui et moi ne nous sommes jamais rencontrés après ma démission.

Pour revenir à votre question, ma position est toujours alignée sur l’engagement qu’avait pris le MSM de mieux traiter ces gens. Mais je suis maintenant une députée indépendante et je me sens bien dans ma peau.

Une partie de la population pense que la capitale est plus propre et accessible depuis que les marchands ambulants n’y opèrent plus.

Oui, y compris moi-même. Je vous étonnerai peut-être en approuvant, en principe, ce que disent SAJ, Anwar Husnoo et Oumar Kholeegan. C’est leur manière de faire autoritaire qui me fait tiquer. En plus, les autorités ont donné l’impression de rejeter la responsabilité des crimes dans les rues de Port-Louis sur le dos des marchands ambulants. Ils ont peut-être été maladroits dans leur langage.

Quelques voix se sont élevées pour vous accuser de récupération politique...

Je ne fais que mon travail d’avocate et de députée. Des milliers de gens me soutiennent car je me bats pour le respect de notre Constitution et les droits de tout un chacun.

Ne serait-il pas plus judicieux de vous occuper des doléances des électeurs de votre circonscription au lieu du problème des colporteurs ?

Comme je viens de vous le dire, je m’en occupe tout le temps, même si je ne peux pas rencontrer les quelque 45 000 électeurs. Il y a quatre autres députés qui se partagent le travail gigantesque que demande la circonscription. N’empêche, je reste sur le terrain. J’ai obtenu des résultats probants pour ma circonscription jusqu’à présent et je continue à m’organiser dans ma circonscription en dehors du MSM, avec la masse silencieuse.

Vous êtes aussi accusée d’«inciting hatred against government»…

C’est ridicule ! Une telle loi n’existe pas dans une démocratie. Si elle existe, elle doit dater du début du XIXe siècle lorsque Napoléon instaura une dictature à l’Isle de France et notre Constitution la rendrait caduque. Pendant que nous y sommes, parlons des manifestations. Aucune loi ne dit que les autorités doivent a priori considérer le principe de manifester comme étant illégal. Manifester veut dire exprimer son opinion, rien de plus.

Vous serez sur la plate-forme des marchands ambulants ce dimanche 1er mai. Cela ne va pas aggraver votre cas ?

Quel cas ? J’assume pleinement ce que je fais. De qui ou de quoi devrais-je avoir peur ? Je ne suis aux ordres de personne et d’aucun politburo et les gens m’aiment comme ça. Dans les villes comme dans les villages, je bénéficie d’un grand soutien.

Il est probable qu’il y ait la présence d’autres leaders ou personnalités politiques. Cela ne vous gêne pas de partager la même scène qu’eux ?

Autant que je sache, tous les avocats qui y prendront la parole, dont moi-même, agiront non pas comme des politiciens mais comme conseils légaux. Nous défendrons surtout le droit des Mauriciens de manifester pacifiquement. Hydar Ryman et moi avons bien contrôlé la foule et il n’y a eu aucun dérapage. Les vrais responsables des manifestations sont le ministre Husnoo et le lord-maire.

Ni le gouvernement ni les marchands ne veulent céder. Vous vous attendez à quel dénouement ?

Il est faux de dire que les marchands ne veulent pas céder. Ils ont accepté le principe de leur relogement. Que leur demande-t-on de plus s’ils veulent eux-mêmes quitter les rues ? Je suis sûre que le ministre Bhadain aurait trouvé une solution à ce problème en très peu de temps. Si Mahen Jhugroo avait été ministre, il aurait trouvé une solution aussi. SAJ est en présence d’un projet de Hawkers Authority pour régler le problème des marchands ambulants sur les plages, dans tous les villes et villages et non pas les marchands de Port-Louis uniquement. C’est la seule solution : l’égalité dans le traitement de tous car nous sommes tous des citoyens mauriciens.

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