Kamben Padayachy: «Il faudrait que le projet Heritage City inclue les compagnies de construction locales»

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Nommé à la direction de Gamma Ltd au début de l’année, Kamben Padayachy s’est engagé, depuis, à une restructuration du groupe. Notamment avec la mise en place d’une Land Bank et le développement immobilier à Coromandel et Gros-Cailloux.

Qu’est-ce qui pousse un banquier professionnel à accepter de diriger une compagnie d’investissements dont le cours à la Bourse a lourdement chuté en une année. Cela doit être un gros challenge pour vous?
Effectivement, c’est un formidable challenge à relever, soit de changer d’orientation pour sortir du secteur bancaire où on a passé une vingtaine d’années et se retrouver dans un tout autre domaine, qui est celui de l’industrie.

Ma carrière bancaire m’a toutefois permis de m’exposer à divers secteurs économiques, ce qui m’aide certainement à accomplir ma tâche aujourd’hui. D’ailleurs, c’est très intéressant de se retrouver de l’autre côté de la barrière pour voir les choses différemment.

Vous parlez du cours boursier de Gamma… Il est certes un fait que la Holding Company est généralement sous-évaluée par des marchés financiers. Toutefois, si on fait une évaluation réelle du groupe Gamma à travers, notamment, une sum of the parts methodology, on arrivera à une valeur beaucoup plus importante du cours actuellement.

Par ailleurs, il est aussi un fait que la Bourse de Port-Louis n’est pas très liquide et que les volumes de change très modestes peuvent avoir une influence significative. Mais je reste confiant que le marché saura rapidement voir la valeur latente existant au sein de ce groupe.

Ex-n°2 du groupe AfrAsia dont vous avez démissionné en septembre 2015, vous avez été choisi par le conseil d’administration au début de l’année pour redresser la compagnie qui a fait les frais, l’année dernière, de la mauvaise performance de deux de ses filiales, le business du jeu et le contracting. Pensez- vous que le groupe est sur la bonne voie pour restructurer ces deux filiales et se donner les moyens nécessaires de renouer avec la profitabilité?
Je dois avant tout saluer la décision des actionnaires-fondateurs du groupe Gamma, plus particulièrement la famille Ah Teck. Notamment d’avoir pris la décision de revoir la gestion du groupe en se retirant du management quotidien pour être surtout actif au niveau du conseil d’administration et se donner parallèlement plus de temps pour l’élaboration des orientations stratégiques.

C’est dans ce contexte particulier que j’ai été choisi pour prendre la direction et piloter l’exécution de la stratégie du groupe.

Par ailleurs, comme vous le dites, les filiales Lottotech et Gamma Construction ont eu une incidence négative sur les résultats financiers en 2014 et 2015. Elles ont été restructurées dans le courant de l’année dernière pour faire face à leurs défis respectifs.

Par contre, le groupe Gamma a consolidé en 2015 sa participation au sein de la filiale ciment suivant l’acquisition de 51% du capital que le groupe Holcim y détenait. Cette filiale a été rebaptisée Kolos Cement suivant ce rachat par le groupe Gamma, celui-ci détenant dorénavant cette filiale à 100%.

L’activité ciment a contribué plus de Rs 190 millions aux résultats du groupe et saura être un pion important dans le dispositif de Gamma durant les prochaines années.

Il convient de souligner la bonne performance du pôle Building Materials, fruit d’une joint-venture à parts égales avec le groupe Colas, qui a réalisé des profits supérieurs à Rs 125 millions l’année dernière.

Un des axes importants du développement du groupe sur les prochaines années sera l’exploitation d’une Land Bank. Les principaux projets qui seront mis en oeuvre sont notamment un de deux immeubles à Ébène et un projet résidentiel dans le nord du pays.

Nous réfléchissons également au développement de nos terrains à Coromandel et à Trianon, sans compter les 185 arpents que nous possédons à Gros-Cailloux.

Du coup, le groupe se retrouve en possession d’une Land Bank importante, avec un positionnement stratégique dans différents endroits à fort potentiel. Nous comptons bien en extraire de la valeur.

Une de ses filiales déficitaires est Lottotech qui, depuis le dernier l’exercice budgétaire de mars 2015, a vu son cours dégringoler de plus de 70% suivant les déclarations de l’ex-ministre sur le business du jeu et des mesures budgétaires annoncées pour abolir les cartes à gratter. Depuis, Lottotech Ltd a vu ses bénéfices nets baisser drastiquement à l’issue de son bilan financier se terminant au 31 décembre 2015, soit près de 76%. Que proposez-vous pour renverser la vapeur?
Effectivement, Lottotech a subi de plein fouet les mesures unilatérales que l’État a annoncées dans le Budget 2015. C’est vraiment dommage car dans l’industrie du jeu, la loterie est le segment qui s’apparente le moins au gambling.

La suppression des cartes à gratter et des publicités liées aux jeux a eu un impact considérable sur la compagnie. Nous avons tout de même restructuré Lottotech en redressant les coûts opérationnels et la compagnie a malgré tout réalisé des projets en 2015 – nous espérons des résultats en progression en 2016.

Vous savez aussi bien que moi qu’il y avait au départ 10 000 petits porteurs qui ont fait confiance à cette nouvelle valeur boursière et qui ne savent pas à quel saint se vouer aujourd’hui, vu que leurs investissements dans Lottotech Ltd ont perdu de la valeur – près de 70% – depuis le début de 2015. Comment comptez-vous rassurer ces petits actionnaires et leur dire que le cours de Rs 3,50 actuellement peut rebondir pour s’établir à son cours initial de Rs 10?
Malheureusement, cela ne dépend pas de nous. Il n’y a que l’État qui, à travers ses décisions positives, peut aider à restaurer cette valeur.

Vu que la marge de manoeuvre de Lottotech est limitée à Maurice, compte tenu des mesures budgétaires annoncées pour mieux réglementer le business du jeu, estimez-vous que Lottotech peut opter pour une régionalisation de ses marchés?
C’est en effet un des axes que nous avons commencé à explorer.

Votre filiale «contracting» a souffert du ralentissement dans le secteur de la construction ces dernières années mais aussi d’un manque de projets d’infrastructure au niveau du gouvernement ces derniers mois. Quelle analyse faitesvous de ce secteur aujourd’hui, d’autant plus que ce dernier connaîtra encore cette année une décroissance, soit de 4,7%. Estimez-vous que le lancement des projets de «smart cities» puisse revigorer ce secteur?
Le secteur de la construction joue un rôle très important dans l’économie mauricienne. Vous connaissez bien l’adage qui dit que lorsque le bâtiment marche, tout marche. Malheureusement, ce secteur a connu une décroissance ces dernières années, ce qui est venu affecter le segment construction du groupe Gamma.

Nous espérons que tous les projets qui ont été annoncés vont bientôt voir le jour, dont Heritage City. Toutefois, je souhaite que ce projet soit structuré pour inclure les compagnies locales opérant dans le secteur de la construction.

Depuis la fin de l’année dernière, Holcim Mauritius a changé de nom pour devenir Kolos Cement suivant son passage au sein du groupe Gamma. Cela après que ce dernier a racheté les 51% du capital détenus par Holcim Outre-Mer. Quel sera nouveau le Business Plan de cette filiale vu que le commerce du ciment demeure une activité-phare dans la stratégie future du groupe?
L’activité de Kolos Cement est intrinsèquement liée au secteur de la construction. Cette compagnie possède des bases solides avec un outil de production moderne, adapté pour bénéficier de la future croissance dans ce secteur.

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