Roshi Bhadain, l’homme à abattre?

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L’alliance Lepep est au pouvoir depuis exactement 500 jours. A cette étape du voyage, l’avion devait, selon son plan de vol, être en train de foncer vers ses destinations – croissance, emploi, stabilité. Et il aurait déjà dû atteindre sa vitesse de croisière. Mais l’appareil Lepep semble être incapable de s’élever dans les airs. Le copilote, Pravind Jugnauth, censé remplacer le commandant vieillissant en cas de problème, n’a même pas le droit d’embarquer, et ce jusqu’à nouvel ordre… Entre-temps, l’équipage se livre à d’interminables disputes. La situation est chaotique. Au cœur de ces turbulences, l’ingénieur Bhadain reste calme. Sa devise: «S’il le faut, nous remplacerons toutes les pièces défectueuses et sacrifierons les membres d’équipage qui ont les mains sales.»

Résultat des courses, il provoque de l’agacement, de la frustration, un sentiment de trahison parmi ses pairs. Des émotions qui, en ces temps de grandes divisions, parviennent à fédérer certains, qui eux, n’ont qu’une envie: lui plomber les ailes. Certains aimeraient inciter le «Blue-eyed boy» à baisser les yeux. Sa tête est mise à prix, à son insu. Roshi, le flingueur, est devenu l’homme à abattre.

Pour comprendre ce qui se trame lors des réunions entre les membres de la majorité et ce qui se décide à travers les coups de fil qu’ils s’échangent, il faut remettre les choses à plat et prendre de la hauteur. Voici le topo:

  • Le ministre Lutchmeenaraidoo a franchi le point de non-retour dans ses relations avec Bhadain à cause, notamment, de son affidavit explosif.
  • Bhadain, lui, semble convaincu de la culpabilité de Lutchmeenaraidoo; ce dernier le confie déjà dans son affidavit dans lequel il nomme le Premier ministre.
  • La jubilation était générale à Rivière-des-Anguilles quand des ministres et députés de la majorité, dont Pravind Jugnauth, ont cru à tort que l’affaire du prêt de 1,1 million d’euros était finie et que le Directeur des poursuites publiques avait décidé de ne pas initier de poursuites contre l’ancien ministre des Finances.
  • A Rivière-des-Anguilles toujours, Vishnu Lutchmeenaraidoo a remercié chaleureusement Pravind et Kobita Jugnauth – en oubliant SAJ – pour leur soutien indéfectible.
  • Collendavelloo placerait Bhadain dans le groupe des «têtes fêlées qui ne sont pas dans l’opposition».
  • Le leader du MSM (shadow Prime minister) attend le jugement de la Cour suprême dans l’affaire MedPoint. L’incertitude est à son paroxysme au sommet du gouvernement.
  • SAJ n’a jamais égratigné Roshi Bhadain. Par contre, il a affirmé publiquement, lors des célébrations de son 86e anniversaire, au Château de Labourdonnais, «qu’on ne peut plus compter sur Lutchmeenaraidoo».

Parallèlement, des ministres et autres membres de la majorité accusent Bhadain:

  • De fourrer son nez partout et de surveiller ses collègues ministres. Cette semaine, l’agent «KGB» – dixit Lutchmeenaraidoo – a affirmé que l’image que renvoie son ministère, qui veut que celui-ci agisse comme une institution effectuant des enquêtes parallèles, est fausse. Et que son ministère n’enquête que sur les dossiers que lui confie le cabinet ou ses collègues ministres.
  • D’avoir fuité le document concernant l’emprunt de Lutchmeenaraidoo. Déduction basée sur les dires de ce dernier, qui accuse Bhadain de vouloir «pran enn ross pil lor [li]» ou encore de «touy [li] politikman».
  • De diriger l’ICAC via le directeur. Raj Dayal a affirmé, dans une interview accordée à l’express, que «la mafia a infiltré les institutions». Faisait-il référence au duo Bhadain-Goburdhun ? Quant au ministre des Services financiers et de la bonne gouvernance, il a toujours maintenu que le directeur de l’ICAC est un «cousin éloigné» et qu’il n’a pas pour habitude de s’ingérer dans les affaires de la commission anticorruption.
  • D’utiliser son Kärcher frénétiquement sans aucune considération pour la stabilité politique ou gouvernementale.

«C’est faux. Je ne suis pas en opposition avec mon père», a lancé Pravind Jugnauth, mercredi, à Rivière-des-Anguilles. Une phrase qui semble sortie de nulle part, mais sur laquelle le leader du MSM a cru bon mettre l’accent. Pourquoi ? Parce que’il existerait bien un différend entre sir Anerood et son fils. Aucun membre de la famille Jugnauth ne l’avouera, certes. Mais le fils et la belle-fille soutiendraient Vishnu Lutchmeenaraidoo, alors que «Bolom» préfère, de loin, Roshi Bhadain. Pour des raisons que personne n’arrive à expliquer, SAJ montre qu’il hésite de plus en plus à laisser le fauteuil à son fils. Sa phrase prononcée au micro de l'express.mu laisse planer le doute : «Personn pa kapav bouz mwa.» était-elle vraiment destinée à l’opposition?

Il faudrait être plutôt naïf pour croire que ce vieux renard a cru bon de répondre à une opposition en mal de popularité, qui n’arrive même pas à tenir de meeting de 1er-Mai… Non, ce message serait partiellement destiné à Pravind, mais essentiellement à Kobita, la colonne vertébrale des Jugnauth du côté de Floréal. Celle-ci est comparée à une travailleuse de l’ombre, qui œuvre pour faire de son époux le futur PM.

Mais le fond du problème est ailleurs. Pravind Jugnauth a remarqué – plusieurs membres de son parti et du gouvernement le lui ont rapporté – que Roshi Bhadain mine son parti, ainsi que la majorité et le gouvernement de l’intérieur. Il en a fait part à son père. SAJ n’est pas d’accord, mais il fait quand même semblant d’être à l’écoute. Peut-être poussé par son épouse, véritable mère poule qui, pour l’amour du fils, passe volontiers sur ce qu’elle n’aime pas chez sa belle-fille.

SAJ soustrait la MBC de la tutelle de Roshi Bhadain tout en gardant, au chaud, un maroquin ministériel pour Vishnu Lutchmeenaraidoo. «Trop peu», aux yeux du fils. Officiellement, ce dernier déclare sur les estrades qu’il n’appartient à «aucun camp». Mais en même temps, la tête de Roshi Bhadain est mise à prix. à l’insu de SAJ, des hommes influents au MSM ont tenu au moins trois réunions au cours de ces deux dernières semaines – officiellement Pravind Jugnauth n’y aurait pas participé.

Un de ces membres, qui soupçonne Roshi Bhadain d’avoir «vu quelque chose» sur lui dans le dossier Super Cash Back Gold – décrit le ministre des Services financiers comme étant un «homme dangereux». Une stratégie anti-Bhadain aurait alors été mise en place.

Dans la foulée, des informations sur le «cercle» de Roshi Bhadain ont subitement commencé à émerger. Le mouvement a ensuite gagné du momentum avec la sortie d’Ivan Collendavelloo. Celui-ci tentera de masquer sa cible réelle, 24 heures plus tard, en se référant à Bashir Jahangeer, mais il était trop tard : la balle était partie à Rivière-des-Anguilles et la référence à Bhadain était on ne peut plus claire.

Et le principal intéressé dans tout ça ?

En attendant que la foudre lui tombe sur la tête – ou pas – Roshi Bhadain fait semblant de ne rien voir venir. Il a la confiance du chef, c’est là le plus important. Et quelle confiance ! La première décision qui figure sur un communiqué paru à l’issue du Conseil des ministres de vendredi dernier– la première étant toujours la plus importante – est une nouvelle enquête confiée au ministère des Services financiers et de la Bonne gouvernance. Elle porte sur BPML et ciblerait un des hommes qui appartiendrait au «clan» hostile à Bhadain.

Tant mieux pour moi, doit se dire ce dernier. Mais que se passera-t-il quand SAJ sera revenu à de meilleurs sentiments, s’agissant de son fils ? Pour avoir la réponse à cette question, il faudra attendre la suite des événements. Entre-temps, c’est un sentiment de fierté qui semble animer le ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance. Il a déjà atteint son but : entrer en politique par la grande porte et montrer qu’il est brillant. Dans une interview, en janvier dernier, il affirmait qu’il avait «travaillé plus que les autres ministres». Le fait qu’il puisse ne pas faire partie de l’équipage en 2019 ne l’inquiète donc pas.

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