Crise gouvernementale: les options de SAJ

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Des ministres qui s’entre-déchirent par-ci, des affidavits par-là, des arrestations ailleurs… Le Premier ministre (PM) a du pain sur la planche depuis quelques semaines. Après avoir endossé le costume des Finances, procédé à un réaménagement – faute de remaniement – et rappelé ses lieutenants indisciplinés à l’ordre, que pourrait-il faire d’autre pour apaiser les tensions qui règnent au sein du gouvernement ? Et redorer le blason de Lepep auprès du peuple ? D’autant plus qu’il semblerait que sir Anerood Jugnauth (SAJ) ne serait pas sur la même longueur d’onde que Pravind Jugnauth en ce qui concerne le traitement réservé à Vishnu Lutchmeenaraidoo…

À 86 ans, en tout cas, le «Bolom» a encore des ressources. Ainsi, alors que le ministre des Finances est éclaboussé par l’affaire du prêt de 1,1 million d’euros contracté auprès de la SBM, le PM n’hésite pas à reprendre lui-même le portefeuille de grand argentier. Mais une question demeure : a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre ? Est-ce qu’il arrive à «pran sarz» ? Car, en sus de celui-là, plusieurs autres ministères, départements et organismes sont directement sous sa responsabilité. Parmi lesquels : la défense, la police, l’immigration, l’état civil, Air Mauritius, la National Development Unit, la douane, la MBC et l’Independent Broadcasting Authority. Mais aussi  l’Information and Communication Technologies Authority, la sécurité intérieure, le Board of Investment, sans oublier Rodrigues…

Alors comment fait-il ? Se serait- il fait cloner sans qu’on le sache ? «Ce n’est pas toujours un chef de gouvernement qui traite tous les dossiers. Quelques-uns sont gérés par des secrétaires permanents et d’autre part, le chef du cabinet, mais le Premier ministre est là pour prendre des décisions et donner son approbation en ce qu’il s’agit des gros dossiers. Quelques-uns passent aussi par le Conseil des ministres», explique un haut fonctionnaire.

D’autre part, d’ici quelques mois, sir Anerood Jugnauth sera appelé à présenter le Budget. Mais avant, il devra entamer les traditionnelles consultations avec le secteur privé et les syndicats. Présidera-t-il lui-même ces réunions ? Oui, si l’on en croit une source au sein du ministère des Finances. «Les consultations pré-budgétaires ont déjà démarré, il y en a pratiquement tous les jours et le PM y assiste. »

Tant mieux si tel est le cas renchérit le syndicaliste Rashid Imrith, président de la Fédération des syndicats du secteur public. «Il important que ce soit le ministre des Finances qui préside ces réunions car il pourra prendre des mesures immédiates et jauger de la véritable teneur et de l’importance des propositions faites. Si c’est un haut  fonctionnaire, il ne fera que transmettre un message qui peut être mal compris

«Pravind aurait dit à SAJ que si Vishnu Lutchmeenaraidoo est révoqué en tant que ministre, Roshi Bhadain devait subir le même sort.»

D’accord pour le sérieux, la rigueur et les efforts, mais s’il était trop fatigué ? Surmené ? Que pourrait faire SAJ ? Pourrait-il confier le portefeuille des Finances, par exemple, à Pravind Jugnauth ? Le chef du gouvernement a d’ailleurs déclaré, lors d’une fonction, à Mapou, le 31 mars dernier, qu’il espérait «pouvoir placer sa confiance dans un nouveau ministre des Finances bientôt»… Pour cela, il faudra attendre le «retour du fils prodigue», dont l’avenir politique est suspendu au verdict de la cour dans l’affaire MedPoint. Qui devrait tomber entre le 15 et le 22 avril, si l’on en croit certaines sources.

En attendant de connaître son sort, le leader du MSM semble jouer la carte de l’apaisement. Quitte à aller à l’encontre de ce que dit son père. «Pravind aurait dit à SAJ que si Vishnu Lutchmeenaraidoo est révoqué en tant que ministre, Roshi Bhadain devait subir le même sort»,  confie un proche du clan Jugnauth.

Ainsi, alors que le chef de file du parti soleil ménage visiblement l’actuel ministre des Affaires étrangères, SAJ, lui, n’a pas été tendre envers Vishnu Lutchmeenaraidoo. N’hésitant pas à apporter un démenti catégorique quant à certaines affirmations contenues dans l’affidavit de ce dernier, juré en Cour suprême le 4 avril. Le PM soutient avec force qu’il «n’a jamais demandé à être mis au courant du prêt contracté par le ministre auprès de la SBM et encore moins des conditionsde ce prêt», peut-on lire dans le communiqué émanant de son bureau à ce propos. Malgré tout, il nous revient que SAJ n’aurait pas l’intention de révoquer Vishnu Lutchmeenaraidoo avant le verdict dans l’affaire MedPoint. Alors que celui-ci a déjà fait savoir qu’il ne compte pas quitter son poste de ministre.

«Il faut dire qu’à part le costume et la cravate, tout oppose Lutchmeenaraidoo et Bhadain. Ils sont issus de deux générations et de deux écoles de pensée différentes..»

Et sinon, en attendant de connaître le sort de Raj Dayal, qui doit également faire face à la justice ou que son «ministre-esclave» daigne se faire plus discret, SAJ pourrait aussi, pourquoi pas, essayé de jouer les entremetteurs entre Vishnu Lutchmeenaraidoo et Roshi Bhadain. Tout en sachant que les choses se sont envenimées au point où le premier a traité l’autre d’agent «KGB»… Même si rien n’est impossible en politique, il est peu probable que les deux hommes acceptent de se rabibocher.

Il faut dire qu’à part le costume et la cravate, tout les oppose. Ils sont issus de deux générations et de deux écoles de pensée différentes. L’un est plus spirituel, l’autre semble plus rationnel. Et les différences se sont fait sentir quand il a fallu s’attaquer aux mêmes dossiers…

Parmi lesquels : Betamax. En janvier 2015 déjà, c’est le ministre Lutchmeenaraidoo qui avait présidé la réunion avec les représentants de la firme. Et qu’il avait annoncé que le gouvernement était prêt à renégocier le contrat. Le ministre des Finances d’alors avait même expliqué que «la famille Bhunjun était respectée du gouvernement et qu’il espérait que l’homme d’affaires continuerait ses opérations», avant de lui dire que c’est le ministre Bhadain qui présiderait les prochaines réunions. Mais le contrat de Betamax a été résilié le 30 janvier 2015. Et c’est Roshi Bhadain qui a dénoncé les irrégularités autour dudit contrat.

Le traité de non double imposition avec l’Inde a également divisé les deux hommes. Pour Lutchmeenaraidoo, il était hors de question d’accepter les amendements proposés par la Grande péninsule qui, selon lui, ne serviraient pas l’intérêt de l’offshore mauricien. De son côté, Roshi Bhadain était persuadé de pouvoir signer un traité dès que possible.

La gestion de la crise qui a suivi la chute de l’empire British American Investment a également «séparé» les deux hommes. Au début, c’est Vishnu Lutchmeenaraidoo, en tant que ministre des Finances, donc, que l’on voyait à l’avant-plan quand il s’agissait de communiquer des informations à ce propos. Mais par la suite, c’est Roshi Bhadain qui s’est retrouvé en tête d’affiche. Notamment lorsqu’il a donné la garantie que les «victimes» du Super Cash Back Gold seraient remboursées.

Last but not least, autre dossier brûlant ayant refroidi la relation entre les deux ministres : celui des smart cities. D’abord, Heritage City, projet annoncé par l’ancien ministre des Finances et qui est ensuite passé sous la tutelle du ministre des Services financiers. Cela, alors que Vishnu Lutchmeenaraidoo chapeautait celui de Mauritius Yihai Garden pour la smart city de Pailles.

Dans son affidavit, Vishnu Lutchmeenaraidoo affirme en outre que c’est le ministre Bhadain qui est à l’origine des allégations faites autour des commissions de Rs 45 millions qu’il aurait perçues pour ce projet. Chose que dément vigoureusement Roshi Bhadain. Tout cela n’arrange guère les affaires du PM. Qui n’est pas sorti de l’auberge, semble-t-il.

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