Paradis fiscaux: après le choc des «Panama papers», plusieurs pays ouvrent des enquêtes

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Les bureaux du cabinet d'avocats Mossack Fonseca à Panama, le 4 avril 2016.

Les bureaux du cabinet d'avocats Mossack Fonseca à Panama, le 4 avril 2016.

Plusieurs pays ont ouvert des enquêtes pour blanchiment dans la foulée des révélations de l'opération «Panama papers» menée par une centaine de journaux dans le monde, qui lève le voile sur un vaste système d'évasion fiscale impliquant hauts responsables politiques, sportifs ou milliardaires.

Séisme politique en Islande, lancement d'enquêtes en France, en Espagne et en Australie, indignation de la Russie, démentis en cascade: les répercussions de la divulgation de quelque 11,5 millions de documents provenant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca ont été immédiates.

Des noms de l'entourage des présidents russe Vladimir Poutine, chinois Xi Jinping, syrien Bachar al-Assad, mexicain Enrique Pena Nieto ou du roi marocain Mohammed VI, y apparaissent, ainsi que ceux de sportifs célèbres comme Michel Platini ou Lionel Messi.

Ce dernier a démenti toute évasion fiscale affirmant affirmé que la société panaméenne au nom de sa famille n'avait même jamais compté de fonds. 

A Moscou, la réplique a été particulièrement cinglante, visant directement les Etats-Unis: l'enquête a été menée notamment par des «anciens employés du département d'Etat, de la CIA et des services secrets» et compte plein d'«inventions» et de «falsifications», a accusé un porte-parole. 

La «cible principale» de l'enquête, selon laquelle des proches de Vladimir Poutine auraient détourné jusqu'à 2 milliards de dollars, serait la Russie et son président dans le but de «déstabiliser» le pays, a-t-il assuré.

En Russie, comme en Chine, ces révélations étaient largement passées sous silence par les médias officiels contrôlés par l'Etat.

Enquêtes du fisc

Le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson, qui aurait créé une société dans les îles Vierges britanniques pour y cacher des millions, est aussi dans la tourmente: il a exclu de démissionner mais devait affronter lundi une manifestation hostile à Reykjavik avant un vote de défiance au Parlement.

Alors que recourir à des sociétés «offshore» n'est pas illégal en soi, plusieurs personnalités évoquées dans les «Panama papers» ont tenté de se dédouaner.

En Ukraine, sans nier l'existence de comptes aux îles Vierges Britanniques, le président Petro Porochenko a ainsi assuré respecter la loi à la lettre. 

Egalement mise en cause pour des biens immobiliers à Londres gérés via le cabinet panaméen, la famille du Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif s'est défendue de tout acte illégal.

Plusieurs gouvernements ont déjà engagé des procédures.

En France, les révélations des «Panama papers» ont précipité l'ouverture d'une enquête pour «blanchiment de fraudes fiscales aggravées», les pratiques dévoilées étant «susceptibles de concerner des résidents fiscaux français».

Madrid a également ouvert une enquête qui portera sur les activités de blanchiment au profit des clients du cabinet panaméen résidant en Espagne. Et l'Australie a lancé des investigations sur 800 clients de Mossack Fonseca.

La Suède a demandé au Luxembourg des précisions sur une filiale de la première banque scandinave, Nordea, qui aurait facilité l'évasion fiscale de ses clients.

Liste grise

Plusieurs ONG de lutte contre la corruption ont appelé à l'interdiction des sociétés écrans anonymes, à l'instar de Transparency International pour qui elles représentent «le côté obscur du système financier mondial».

L'organisation internationale Gafi (Groupe d'action financière) avait pourtant retiré en février le Panama de sa liste grise de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, après une série de réformes adoptées par son gouvernement.

Les détails continuaient à affluer lundi alors que les journaux promettent d’égrèner les révélations au fil des jours. 

Sur la liste hétéroclite du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), au-delà des responsables politiques, figurent aussi des célébrités comme l'acteur hong-kongais Jackie Chan, le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, des personnalités du sport comme le golfeur Nick Faldo et même un membre de la commission d'éthique de la Fifa.

Le quotidien Le Monde s'est engagé à divulguer le nom d'un «grand parti politique français».

L'émission télévisée française Cash Investigation promet aussi de dévoiler mardi des informations sur l'ancien ministre Jérôme Cahuzac, le député de droite Patrick Balkany, l'homme d'affaires Patrick Drahi, mais aussi sur les pratiques de la banque Société Générale. Un millier de Français seraient concernés.

A travers le monde, plus de 214.000 entités offshore sont impliquées dans les opérations financières dans plus de 200 pays et territoires selon les révélations du consortium, qui couvrent une période de près de 40 ans allant de 1977 à 2015.

Pour le cabinet d'avocats Mossack Fonseca, leur publication est un «crime» et une «attaque» contre le Panama. Le gouvernement de ce pays a assuré qu'il «coopérera vigoureusement» avec la justice en cas d'ouverture d'une procédure judiciaire.

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