Ivan Collendavelloo, ministre de l’Energie et des Utilités publiques : «La privatisation de la CWA est actée*»

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Pourquoi cette décision ? Le gouvernement compte-t-il donner les clés de la CWA à un groupe étranger ? Quelles seront les étapes jusqu’au choix final ? Sur toutes ces questions, le ministre en charge du dossier répond sans faux-fuyant. Sur le retour en grâce de Sangeet Fowdar ou l’avenir de son vieil ami Vishnu Lutchmeenaraidoo, Ivan Collendavelloo est moins loquace. Mais il n’est pas interdit de lire entre les lignes.

(Le Conseil des ministres vient de se terminer) On sent que ça n’a pas dû rigoler…
Comme d’habitude, bonne ambiance, bonnes discussions.

Sur quels sujets ?
Si je vous le dis, l’Official Secrets Act m’envoie en prison pour 15 mois.

Racontez-nous plutôt cet improbable rabibochage avec Sangeet Fowdar.
Oh, ça s’est fait naturellement. Avec le temps, les choses se sont décantées. Mardi soir, après le Parlement, on a longuement parlé. Sangeet et moi, nous avions de très bonnes relations depuis 15 ans. Son interview à la radio m’a surpris, ce mouvement d’humeur ne lui ressemblait pas. Après une bonne discussion, tout est rentré dans l’ordre.

Un mouvement d’humeur, dites-vous ?
Un incident mineur si vous préférez. En 38 ans de vie politique, j’en ai vu d’autres. Entre hommes de bonne volonté, tout finit par s’arranger.

Comme quoi, le chantage à la partielle est efficace…
Il n’a jamais fait de chantage à la partielle.

N’a-t-il pas menacé de démissionner du Parlement ?
(D’un air détaché) J’ai eu l’occasion d’en parler avec lui et comme j’ai dit, tout le monde est rentré dans le rang. Je ne vais pas révéler la teneur de nos discussions, ce qui s’est dit reste entre nous, dans le casier aux souvenirs.

Il est si moche que ça, le deal ?
Il n’y a pas de deal. C’est juste que je n’ai encore rien dit à mes amis du Muvman Liberater, même Gayan ne sait pas. Reste à annoncer ce dénouement au bureau politique, officiellement.

Pourquoi cette décision ? Le gouvernement compte-t-il donner les clés de la CWA à un groupe étranger ? Quelles seront les étapes jusqu’au choix final ? Sur toutes ces questions, le ministre en charge du dossier répond sans faux-fuyant. Sur le retour en grâce de Sangeet Fowdar ou l’avenir de son vieil ami Vishnu Lutchmeenaraidoo, Ivan Collendavelloo est moins loquace. Mais il n’est pas interdit de lire entre les lignes.

Il en pense quoi, M. Gayan, de ce dénouement ?
Il m’a dit qu’il était satisfait. Maintenant, je ne sais pas s’il a sauté au plafond… (sourire taquin)

Doit-on sauter au plafond avec le projet de privatisation de la CWA ?
Nous n’avons pas le choix. La CWA est une antiquité qui date de 1970, il faut la moderniser. Aujourd’hui, elle ne fonctionne pas et le moral des troupes est au plus bas. Cela fait 20 ans que tous les partis politiques parlent de privatisation, j’ai compté au moins sept tentatives. Pour diverses raisons, aucune n’a abouti. C’est regrettable, la CWA serait bien mieux lotie.

Elle est déjà partiellement privatisée…
C’est vrai, plusieurs services sont externalisés. Cela ne se passe pas toujours bien, des opérations ont été confiées aux plus minables du secteur privé.

Pourquoi réussiriez-vous là où tant d’autres ont échoué ?
Je ne prétends pas être meilleur mais je ne me laisserai pas impressionner par les discours démagogues. J’adore Jack Bizlall mais il marche sur la tête quand il dit que la CWA est efficace à 95 % alors qu’elle affiche un taux de perte de 50 %. Ce non-revenue water est la plaie du système.

Autrement dit, un litre sur deux d’eau traitée n’arrive pas au robinet des Mauriciens ?
Exactement. Cette eau disparaît dans la nature. On a 15 % de vol, ce n’est pas le plus grave, c’est détectable. La grosse partie des pertes est due aux fuites causées par l’état catastrophique des canalisations. Plus de 60 000 compteurs sont hors service, le bilan financier est désastreux, Rs 2,4 milliards de pertes cumulées, Rs 700 millions de dettes auprès de l’État. Le tout, en engloutissant Rs 200 millions de subsides par an. C’est ça, l’efficacité ? Ne rien faire, c’est aller à la catastrophe et hypothéquer le développement du pays. Je ne le ferai pas. La privatisation est actée* (NdlR, décidée de façon définitive), il n’y aura pas de marche arrière.

Quel mode de privatisation ?
Je suis pour une privatisation mesurée. Une privatisation totale, incluant la vente des actifs de la CWA, n’est pas souhaitable. Je ne crois pas qu’il soit dans l’intérêt de Maurice que le secteur de l’eau soit entièrement géré par le privé, a fortiori s’il s’agit d’étrangers. Je pense plutôt à un partenariat stratégique. J’en ai discuté avec le chairman et le directeur de la CWA, nous sommes sur la même longueur d’onde.

Un partenaire majoritaire ?
Nous verrons les modalités. Des experts de la Banque mondiale évaluent les différentes options, j’attends leurs recommandations dans un mois.

Que se passera-t-il ensuite ?
J’irai présenter mes propositions au Conseil des ministres. Puis il y aura le Parlement pour débattre. Je n’ai pas l’intention d’être un autocrate mais je ne laisserai pas les démagogues occuper le terrain. Je veux un vrai débat, avec de vrais arguments. Quand j’entends dire que l’on va vendre les bijoux de l’État, il y a de quoi s’étrangler. Quels bijoux ? De la pacotille ! On parle d’un réseau de tuyaux pourris ! L’autre ineptie à la mode, c’est le discours qui consiste à dire que le bon Dieu nous donne la pluie et que des étrangers n’ont pas à mettre leur nez là-dedans. Des balivernes ! Nous avons besoin que cette eau soit correctement distribuée dans chaque foyer. Pour cela, il faut moderniser le réseau. Et l’État n’a pas les moyens de ses ambitions.

L’État veut bâtir des villes «intelligentes» mais il n’est pas capable d’amener l’eau au robinet…
Nous n’avons ni les moyens ni la technologie pour moderniser le système de distribution d’eau. C’est aussi simple que cela.

Est-il exact que vous avez une préférence pour le groupe français Veolia ?
Je n’ai aucune préférence, ni pour Veolia ni pour Watcos, qui est une société indienne. D’autres se sont positionnées, nous ferons jouer la concurrence par appel d’offres. Il n’y aura pas de unsolicited bids comme il y a eu dans le passé.

Parlons du CEB qui vient d’engranger de coquets profits grâce à la baisse du prix du pétrole. Une baisse des tarifs est-elle envisageable ?
(Direct) Non. Le CEB doit rembourser ses dettes, environ Rs 1,8 milliard. Il doit aussi investir dans des machines. C’est à cela que serviront les profits. Le pétrole ne représente qu’une partie du coût de production et le baril a regagné 30 % en un mois. Je ne vais pas m’amuser au yoyo avec les tarifs.

Le projet d’une nouvelle centrale électrique à Fort-Georges est-il toujours d’actualité ?
Oui, ça va aller vite. Nous allons installer des turbines à cycles combinés. Elles tourneront au fuel avant de passer, un jour peut-être, au gaz naturel liquéfié (GNL).

Quels sont les obstacles ?
Les projections financières. Il faut une masse critique pour passer au GNL. Le bunkering est une option, nous pourrions ravitailler une partie des 30 000 bateaux qui passent chaque année au large de Maurice. Le deuxième pôle, c’est le transport terrestre. Les bus et les camions pourraient être convertis au gaz. Ces questions sont à l’étude, rien n’est décidé.

Clairement, le gaz liquéfié n’est pas pour demain.
Non, effectivement. Je ne veux pas que nos enfants aient à payer une lourde erreur. Le gaz liquéfié est une voie parsemée d’embûches, mieux vaut ne pas nous hâter.

Craignez-vous toujours un black-out?
Quand je suis arrivé dans ce ministère, nous étions borderline. Nous sommes maintenant dans une zone de sécurité. Si notre programme d’investissements se poursuit, il n’y a aucun risque de black-out.

En parlant de black-out, comment va votre ami Vishnu ?
Je l’aime bien, Vishnu. Nous avons étudié ensemble à Aix-en Provence, je connais bien Susan (NdlR, son épouse) et la famille. Cela fait 45 ans qu’on se côtoie comme adversaires ou partenaires. J’ai été parmi ceux qui sont allés le convaincre d’être candidat pour l’alliance Lepep… (on coupe).

Vous ne trouvez pas qu’il a l’air emprunté ces temps-ci ?
Sur son problème d’emprunt, j’ai mon opinion et je la garde pour moi.

Pourquoi ?
Parce qu’une enquête est en cours et que je ne veux pas être accusé d’avoir essayé de l’influer.

Comme avocat, vous avez également côtoyé Roshi Bhadain…
Roshi, c’est plus récent. Son cabinet était à côté du mien, nous avons travaillé ensemble sur le dossier des cartes d’identité biométriques. Il a le défaut de ses qualités. C’est quelqu’un d’intransigeant, d’abord envers luimême. Il travaille beaucoup et en oublie parfois l’environnement extérieur.

Ces deux hommes sont-ils si différents ?
Leurs méthodes de travail sont radicalement différentes. Vishnu possède la maturité de l’âge, il a l’avantage de l’expérience. Roshi est un impétueux doué d’une extrême intelligence, ce caractère peut lui jouer des tours. Je le dis toujours : je suis pleinement satisfait d’être quelqu’un de moyen (rire).

Quel camp avez-vous choisi ?
Je les aime bien tous les deux. Vous croyez qu’ils sont en guerre ?

La démission de M. Lutchmeenaraidoo, c’est pour quand ?
Son bureau se trouve deux étages plus bas, demandez-lui.

Il est en congé maladie.
Je ne crois pas qu’il y a de la démission dans l’air.

Le ministre des Affaires étrangères représente Maurice dans le monde entier, n’est-ce pas ?
(Il approuve d’un léger signe de tête)

N’est-ce pas un poil gênant pour ce super-ambassadeur d’avoir l’ICAC sur le dos ?
C’est au Premier ministre d’en décider. Ce n’est pas à moi de venir exprimer une opinion sur un point qui relève strictement du droit constitutionnel.

Une question à l’avocat, justement : le cas Dayal est-il défendable ?
Je viens justement de lire la retranscription de la bande sonore. J’aurais plaidé cette affaire avec grand plaisir si vous voyez ce que je veux dire...

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