Remous politiques: «Tir salté met pouritir»

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Ce qui suit n’est pas un sondage. Nous avons voulu, à travers cet exercice, tâter le pouls des électeurs des circonscriptions 6, 7, 8 et 9 après la tempête qui a secoué les députés/ministres de ces régions et dans l’éventualité de partielles. Le constat : une vague de «ras-le-bol» déferle sur les villageois interrogés. Alors que les capitaines des différents partis politiques sont, selon eux, tous des pirates. Et si certains électeurs continuent à garder le cap, d’autres sont prêts à virer de bord… Embarquement immédiat.

Circonscription n° 6 Grand-Baie–Poudre-d’Or

Zoom au n° 6

  •   Les questions : Démissionnera-t-il ? Sera-t-il éjecté du ML ?

La «balad dans vilaz» démarre à Fond-du-Sac. Sous un arbre, à côté d’une boutique, «Tonton Lalo» et sa casquette. La situation politique, c’est le dada de ce grand-père de 78 ans, retraité de la fonction publique. Et, même si les remous au sein de l’alliance Lepep l’agacent, il reste fidèle, dit-il, aux «Mam». «Mo pou vot zot mem mwa !» Navin Ramgoolam ? Il ne veut pas en entendre parler. «Saki linn fer la… So papa ti bien dir li, kan mo mor, napa al dan parlman !»

De l’autre côté de la rue, assis sur des marches, Dewa Prayag, 76 ans, dit Le Penseur. «Mo tann tou séki pasé, mo gagn tou news mwa. Dimounn inn plin ar sa gouvernman-la», lâche-t-il tout de go. «Ena pli boukou kokin ladan. Bolom Jugnauth korek li, mé lézot…» Et d’ajouter qu’il a toujours été un die-hard travailliste. «Mé en 2014, monn viré Mam. La, si éna éleksion, mo pou rédéviré.» Pourquoi ce virage à 360º ? «Mo lakaz finn noyé dernierman. Pa finn gagn enn led. Alor ki laba éna pé rod enn million euro, lot pé rod enn million pou aster lapoud kouler.» Au même moment, derrière, en ce jeudi après-midi, résonne le son des tambours. Une procession à l’occasion de… Holi, justement.

Plus loin, même circonscription. Sur la plage de Grand-Baie, l’on rencontre Vishal, 31 ans, self-employed, qui s’intéresse aussi bien à la politique qu’aux courses. «Sa gouvernman-la inn pran fo dépar. Difisil pou li gagn lékours ! Térin glisan net pou li, skandal lor skandal.» Et, malgré le fait que certains projets, comme les smart cities, laissent augurer des perspectives pour l’avenir, «mo ti viré Mam, mo pou déviré, kapav met enn pitay lor lérwa lion !»

La déception est-elle aussi au rendez-vous à Goodlands ? Il semblerait que oui. Pour Marie-Lourdes, 44 ans, jardinière de son métier, rien n’a changé dans sa vie depuis les élections.«Ena enn drin zot finn fouyé, délo vinn ziska mo lakour. Inn fer boukou konplint, nanyé pann fer. Tou dépité ki vini parey sa.» À tel point qu’elle n’ira pas voter, dit-elle, que ce soit pour d’éventuelles partielles ou pour les élections générales dans quelques années.

Même sentiment du côté de Naseem, 48 ans. «On en a marre de tous ces politiciens. Ils sont tous les mêmes. Je n’irai voter la prochaine fois que s’il y a de nouvelles têtes qui se présentent.» Pour l’instant, dit-elle,«dimounn mizer pé ress mizer, zot nek ranpli poss !»



Circonscription n° 7 Piton–Rivière-du-Rempart

Zoom au n° 7

  •  Députés: Sir Anerood Jugnauth – Vishnu Lutchmeenaraidoo – Ravi Rutnah

  •  La polémique: Un squelette est sorti du placard de l’ancien grand argentier : le prêt de 1,1 million d’euros contracté auprès de la SBM. Depuis, Vishnu Lutchmeenaraidoo a hérité du portefeuille des Affaires étrangères, a été admis en clinique, alors que l’ICAC a initié une enquête.

  • Les questions : Jettera-t-il l’éponge ? Quittera-t-il ses fauteuils de ministre et de député ?

À Piton, assis sur un banc qui fait office d’abribus : Sudesh, 38 ans, un die-hard de Vishnu, dit-il. Durant la dernière campagne électorale, cet employé d’usine faisait partie de ceux qui allaient accrocher des banderoles à tous les coins de rue. «Mo ti tonbé monn kass mo lipié tou. Aster, néné kinn kasé. Je suis déçu par ce gouvernement», lâche-t-il. Si les scandales le choquent, c’est surtout le taux de chômage et l’absence de débouchés qui l’inquiètent. «Ti dir lavi pou sanzé, nanyé pann sanzé. Kan ou ésey zouenn Vishnu, Bolom ou bien Rutnah, zamé rési, toulétan éna eskiz, zot tro okipé.» Et d’ajouter sur un ton cinglant : «Inn tir saleté pou met pouritir !»

À ses côtés, Bal, travailliste pur-sang. «Eoula ! Ena pé rod kass pou asté lapoud kouler ? Si ti ziss lapoud, mo ti pou konpran, bé la, éoula !» Pour lui, «Lutchmeenaraidoo est tombé bien bas. J’avais du respect pour lui. Mé rod kass pou al asté lor ? Eoula ! Kisisa ?» S’il y en a un qui se démarque au sein du gouvernement, selon lui, c’est bien Roshi Bhadain. «Kontan li, pa kontan li, li fer so travay drwat li…»

Quelques feux plus tard, à Plaine-des-Roches plus précisément. Affalé sur sa bicyclette, sous une boutique, l’exemple type du jeune désabusé. Pour Elwin Cader, 28 ans, maçon de son état, «alé vini tou parey mem, péna enn ki pli bon ki lot». Ce qui le dérange le plus ? «Zeness pa gagn travay.» À qui accordera-t-il son vote s’il y a des partielles ? Au premier «ki vinn sers mwa dan van»…

Bhavna, 25 ans, employée dans le secteur de l’offshore, en a aussi «assez de tous ces politiciens, ki ziss pans pou kokin nou !» Et si elle était appelée à voter, ferait-elle le même choix qu’en 2014 ? «Je voterai pour Xavier. Il est plus posé et humble, on n’a pas encore découvert ses coffres !»



Circonscription n°8 Quartier-Militaire–Moka

Zoom au n° 8

  •  Députés: Leela Devi Dookun-Luchoomun – Pravind Jugnauth – Yogida Sawmynaden

  •  La polémique: Après ses démêlés avec la justice dans le cadre de l’affaire MedPoint, Pravind Jugnauth, reconnu coupable de conflit d’intérêts, a démissionné comme ministre des TCI. Le leader du MSM a toutefois interjeté appel et attend le verdict de la cour.

  •  Les questions : Qu’adviendra-t-il de lui ? La justice lui donnera-t-elle gain de cause ? Cédera-t-il son fauteuil de député s’il perd son procès ?

L’escapade se poursuit. À St-Pierre, pour ces jeunes, la politique équivaut à un caillou dans la chaussure. Selon Ashvin, Allan et Guillaume, tous trois employés dans un restaurant, «séki pé arivé byen sokan. Kan éna case lor enn ti dimounn, pa gagn létan dir ouf ou fini al dan stasion ou dan kaso ! Gran palto li ress déor mem, kas poz atann».

Pour Guillaume, 25 ans, un habitant de Circonstance, il n’y a guère de circonstances atténuantes pour tous les politiciens, tous autant qu’ils sont. «Vir ki tourn, tourn ki vir mem zafer. Kapav pran tou met dan mem panié linz sal.» Des scandales, il y en avait par le passé, il y en a maintenant et il y en aura encore, renchérit Allan, 28 ans, habitant de Quartier-Militaire et pessimiste comme pas deux. «Kot nou pé alé», s’interroge pour sa part Ashvin, du haut de ses 28 ans. «Bato pé al a la dériv.» Et s’il fallait nommer un politicien qui leur inspire confiance ? «Xavier. Pa koné si li inpliké dan skandal, mé pankor tandé an tou ka !»

D’autre part, souligne Carl, 55 ans, «il faut une nouvelle équipe composée de jeunes». Les dinosaures, il en a marre, rugit-il. D’accord mais en attendant, à qui faire confiance ? «À personne ! S’il y a des partielles ou des élections générales, je vote blanc !» aboie l’homme d’affaires.

Le scepticisme anime également Sagar, 22 ans, agent de sécurité. «Tro boukou skandal partou koté. Tou kouler nou pé trouvé. Mwa, mo ti pou kontan truv Ashock Jugnauth poz kandida...»



 Circonscription n° 9 Flacq-Bon-Accueil

Zoom au n° 9

  • Députés: Raj Dayal – Raj Rampertab – Pradeep Roopun

  • La polémique: Eclaboussé par l’affaire des «bal» de poudre colorée, Raj Dayal en voit de toutes les couleurs. Il a été contraint à la démission en tant que ministre de l’Environnement, le temps que l’ICAC boucle son enquête.

  • Les questions: S’éjectera-t-il de son siège de député ? Les pressions populaire et politique le forceront-elles à descendre de l’avion ou plutôt de l’hélico ?

À Flacq, un flic. Loo, 48 ans, se balade du côté du centre commercial, accompagné de son épouse et de sa petite fille. L’on interrompt la balade pour parler politique. «Je suis satisfait du bilan du gouvernement», confie-t-il. Car, pour lui, de toute façon, il n’y aura jamais de parti parfait. Et puis «zot finn investi gro pou vinn politisien, bé bizin sorti ek gro…» Ah ? Est-ce dire qu’il est normal qu’un politicien trempe dans des magouilles ? «Non ! Mais il faut voir la mentalité des gens aussi ! Ils s’offusquent quand ils découvrent des scandales mais c’est bien eux qui vont solliciter les politiciens et qui demandent des faveurs !» Pour Loo, il n’y a aucune chance pour qu’il y ait une partielle au n° 9. Quoi qu’il en soit, il choisira la même équipe, puisque «mwa, mo korek. Mo dormi lor mo dé zorey».

Ce qui n’est pas le cas de Ravi, 43 ans, fonctionnaire. Cet habitant de Flacq se dit déçu par l’action gouvernementale. «Saki alé saki vini mem zafer. Péna dévlopman, inn donn Rs 600 ogmantasion pou kouyonn nou apré pli tar donn ziss Rs 150 ! Dimounn mizer pou ress mizer mem li !» Et s’il fallait choisir un camp ? «Bizin gété kisana mwin fané.»

Pour Sheetul et Sharon, âgées d’une vingtaine d’années, la politique est loin de leurs préoccupations. Et même si elles n’en ont rien à faire des scandales, qu’elles n’en ont même pas entendu parler, selon ces habitantes de Clémencia et Bois-d’Oiseaux respectivement, rien n’a changé. «Nou travay (NdlR, dans un fast-food) pou tras nou lavi, samem importan. Ena boukou zéness péna sa sans-la.»

Des propos qui rejoignent ceux de Jean, 29 ans. «Comme la majorité des jeunes, je ne m’intéresse pas à la politique.» Pour que cet habitant de Poste-de-Flacq daigne y prêter attention, «il faudrait qu’il y ait du sang neuf en politique». Et pourquoi ce désintérêt justement de la jeunesse ? «Pour faire de la politique, il faut de l’argent. Et nous n’en avons pas !»



Et les agents dans tout ça ?

Ved Golam, agent du PTr au nº 8, n’a aucun doute quant au fait que l’alliance Lepep soit en perte de vitesse sur le terrain. «Le PTr a perdu les élections en décembre 2014 car il n’avait pas de candidat de proximité. Mais avec ce qui se passe au sein du gouvernement, les affaires Pravind, Vishnu et Raj Dayal, entre autres, il n’y a pas de doute que s’il y a une partielle au nº8, le PTr remportera les élections.»

Alors que pour Siven Lutchoomanen, agent du MSM au nº 8 toujours, il n’y aura pas d’élection partielle dans la circonscription. «Je concède qu’avec la condamnation de Pravind Jugnauth, il y a un peu de désordre au sein du parti. Mais je suis convaincu qu’il sera blanchi et qu’il n’y aura pas de partielle au nº8. En tout cas, le MSM est toujours en position de force.»

Dans la circonscription n°7, l’affaire se corse. Rajiv Bundhun, un ex-agent de l’alliance Lepep, ne peut cacher sa déception. «J’étais un fervent travailliste depuis la partielle de 2003. Aux dernières élections générales, j’ai viré mam. Aujourd’hui, je regrette d’avoir accordé mon soutien à l’alliance gouvernementale. Les députés et le chef agent du parti au nº7, Prakash Maunthrooa, ne répondent plus au téléphone quand on a besoin d’eux.»

Vijay, un agent du PTr au n° 7, va plus loin. Et anticipe déjà le retour du PTr. «Il y a une grande frustration parmi la population. Ils sont nombreux à ne pas connaître le nom du PPS de leur région et on ne sait pas qui chercher quand on a des travaux à faire, par exemple. Le PTr récupérera son siège s’il y a une partielle.» Dans la circonscription n° 9, les avis sont plus mitigés. «Il y a un problème au niveau des projets, qui ont du mal à décoller. Cela prend trop de temps et la lourdeur administrative n’aide pas. L’affaire Dayal a eu une implication sur le terrain mais ce n’est pas catastrophique, les gens sont déçus, c’est vrai, mais ils ne sont pas prêts à voter pour le PTr, la confiance en l’alliance Lepep s’effrite mais il n’y a rien d’alarmant pour l’instant», précise un agent du parti soleil.

Alors que pour Veer, agent du MMM dans cette même circonscription, l’ancien ministre de l’Environnement, Raj Dayal serait en très mauvaise posture au n° 9. «Ça ne va plus pour l’alliance Lepep ici. Pourtant, ils étaient très forts au niveau de la circonscription. Mais au fil du temps, ça a bien changé, Dayal ne sait pas gérer les choses au niveau des partisans et des agents. À titre d’exemple, Bachoo remettaient plus de donations aux gens des villages. Ni le PTr ni le MMM n’est assez puissant pour combattre Lepep pour l’instant, mais nous effectuons une belle remontée.»

Par ailleurs, selon un autre agent du MSM, la popularité de l’alliance Lepep n’a nullement baissé, bien au contraire. Selon lui, l’équipe gouvernementale bénéficie encore du soutien total des habitants au n° 9.

Dans la circonscription n° 6, l’on indique qu’il est un peu trop tôt pour se prononcer. «Après les événements des derniers jours, les gens sont dégoûtés, mais il est encore trop tôt pour dire si le MMM ou le PTr a grignoté du terrain. Même s’il est vrai que certains viré mam retournent vers le PTr», confie un agent mauve.

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