Affaire Dayal: les longs démêlés avec la justice d’un militaire devenu politique

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L’ancien ministre de l’Environnement avait été nommé commissaire de police le 1er septembre 1994.

L’ancien ministre de l’Environnement avait été nommé commissaire de police, le 1er septembre 1994.

Il a souvent été sous les feux des projecteurs. Raj Dayal n’est pas le genre de personne à vouloir rester discret. Parfois, on pourrait même croire qu’il faisait tout pour se faire remarquer. Ce qui n’a pas manqué de lui attirer des ennuis avec la justice.

Parfois, à son corps défendant, il se retrouve en pleine lumière, comme lorsque des allégations de corruption pèsent sur lui en 1997 et qu’une commission d’enquête est initiée. D’autrefois, il s’auto-projette en super-héros, tantôt aux commandes d’un hélicoptère pour des constats sur l’ampleur des catastrophes naturelles ou pour secourir des personnes en difficulté, et tantôt enfilant des bottes en caoutchouc et descendant sur le terrain, comme à Canal-Dayot.

De l’épisode des soldats bâtisseurs, en passant par le parfum de camphre flottant dans le temple de Grand- Bassin jusqu’aux sacs de poudre colorée, sa vie d’homme public a été semée d’incidents marquants.

Nommé commandant de la SMF, en juillet 1986, sous le gouvernement de sir Anerood Jugnauth, c’est toujours ce dernier qui le nomme commissaire de police le 1er septembre 1994. Trois ans plus tard, une commission d’enquête est ordonnée par le président de la République de l’époque, Cassam Uteem, sur des allégations de corruption entachant la force policière. Notamment sur l’octroi des contrats pour la fourniture de marchandises et sur des contrats pour l’achat du portail en fer forgé installé aux Casernes centrales.

Commission d’enquête

C’est le Senior Puisne Judge d’alors, Bernard Sik Yuen, qui préside cette commission. Raj Dayal est suspendu de ses fonctions, le 23 novembre 1997. La commission rend son rapport en avril 1999. Rapport damning mais on ne révoque pas un commissaire de police aussi facilement, car sa fonction est inscrite dans la Constitution. Toujours suspendu, Raj Dayal affirme, toutefois, qu’il ne démissionnera pas.

Les parlementaires de l’époque, cette fois sous le régime de Navin Ramgoolam, votent pour mettre sur pied un conseil constitutionnel, présidé par l’ancien chef juge Rajsoomer Lallah. Il est permis à Raj Dayal de s’expliquer devant cette instance. Il sera destitué comme commissaire de police en janvier 2000.

En août 2000, le Directeur des poursuites publiques entame des poursuites contre Raj Dayal et le procès est logé en cour intermédiaire. Raj Dayal croule sous plusieurs chefs d’accusations. Il est accusé d’avoir donné de faux témoignages devant une commission d’enquête, d’avoir produit une lettre dont le contenu était faux et d’ententes délictueuses.

En mai 2004, c’est nul autre que Me Yousuf Mohamed qui le défend. Ce dernier demande l’arrêt du procès contre son client, en déposant une motion. En juillet de la même année, la magistrate Devianee Beesoondoyal rejette sa motion. Finalement, la cour intermédiaire lui donne gain de cause en 2007. Le DPP fera appel par la suite. Appel qui sera rejeté en octobre 2010.

En parallèle avec ces allégations de corruption, en mai 2004, l’ancien commissaire de police est arrêté après des allégations autour d’une affaire de drogue. Toutefois, cette charge provisoire sera rayée devant le tribunal de Curepipe en mars 2005.

Réclamations

Ensuite, au fil des années, Raj Dayal aura tout tenté pour redorer son image. Tout commence par des réclamations à l’État. En 2011, il réclame Rs 1 milliard pour avoir été révoqué en tant que commissaire de police. En 2014, il cherche réparation et réclame Rs 500 millions à l’ex-commissaire de police Gopalsing, concernant l’affaire de drogue.

En décembre 2015, c’est Arvin Boolell qu’il poursuit au civil en lui réclamant Rs 10 millions pour diffamation. Plus récemment, la semaine dernière, il a porté plainte contre Anil Bachoo, pour propos diffamatoires.

Les frasques de Dayal en 15 mois

Décembre 2014 :

Il donne sa toute première conférence de presse en tant que ministre de l’Environnement… aux Casernes centrales. Raj Dayal annonce qu’une escouade de la SMF ainsi qu’un hélicoptère seront en mode stand-by pour des interventions en cas de catastrophes naturelles. Il n’avait pas encore dit qu’il serait également à bord.

Mars 2015 :

Raj Dayal voulait que Modi visite le temple appartenant à sa famille à Grand-Bassin. Il a alors, décidé de faire fi de la garde rapprochée du Premier ministre indien pour proposer à ce dernier de visiter le temple avant d’être obligé de se plier au protocole déjà établi.

Septembre 2015 :

C’était à l’occasion de la Journée internationale de la protection de la couche d’ozone. Raj Dayal a sorti son mouchoir pour s’essuyer l’œil gauche à la suite du discours du Premier ministre où ce dernier avait vraiment versé quelques larmes.

Ce même mois, il semble avoir trouvé une solution pour résoudre le problème qui existe entre les propriétaires de bungalows et les pique-niqueurs à Pointe d’Esny. Raj Dayal propose des horaires d’accès à la plage de 6 heures à 18 heures. Une mesure qui a été très mal accueillie par les habitués des lieux.

Janvier 2016 :

Il publie un livre…sur lui-même. Intitulé «Raj Dayal’s First Year Into His Mandate», ce livre de 72 pages a été imprimé sur du papier glacé, aux frais de l’État. Le lecteur a droit à 73 photos de Raj Dayal dans cette publication.

Février 2016 :

Raj Dayal fait une sortie en hélicoptère pour faire un constat des dégâts causés par les fortes pluies qui se sont abattues sur l’île. Toujours en février, il enfile ses bottes en caoutchouc pour nettoyer le Canal-Dayot, littéralement parlant.

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