Prêt accordé par la SBM: «Pas de faveur» au ministre-investisseur Vishnu Lutchmeenaraidoo

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C’est auprès de la State Bank of Mauritius que le ministre Lutchmeenaraidoo a contracté un prêt de 1,1 million d’euros.

C’est auprès de la State Bank of Mauritius que le ministre Lutchmeenaraidoo a contracté un prêt de 1,1 million d’euros.

Vishnu Lutchmeenaraidoo a-t-il pu induire la population en erreur dans ses explications concernant son emprunt à la State Bank of Mauritius (SBM) ? Il se défend en soutenant que l’Euro Libor Rate est actuellement de - 00,00543% sur 12 mois. Il en déduit qu’il «n’y a eu absolument aucune faveur» parce que, lui, il remboursera la dette à un taux de 1,5 % par an. Qu’en est-il réellement ? Que se passe-t-il quand un client normal emprunte 1,1 million d’euros à la SBM ?

Cette dernière empruntera fort probablement sur le marché interbancaire et n’aura pas droit à l’Euro Libor Rate, qui n’est qu’un taux de référence, expliquent des spécialistes financiers. L'emprunteur bénéficiera de «l’Euro Libor Rate en sus de quelques points de base». En y ajoutant la marge du prêteur, le taux devrait tourner autour de 2 à 3%, auquel taux la SBM prêtera à un client normal… Comment donc Vishnu Lutchmeenaraidoo a-t-il pu bénéficier d’un taux inférieur ?

Dans un souci d’éclairage, l’express a interrogé des banquiers indépendants pour mieux comprendre la pertinence de cette transaction. Il ressort que dans le cas de ce prêt, l’ex-ministre des Finances n’avait pas été privilégié avec ce taux d’intérêt de 1,5 %. Celui-ci peut être accordé suivant le profil du client, indique-t-on. «Il est évident que le ministre des Finances fait partie des clients fortunés (High Networth Individual) d’une banque. En conséquence, comme un client dit ‘prime’, il peut avoir droit à un traitement différent vu son track record’ et sa capacité de remboursement. C’est une pratique qui existe dans toutes les banques», explique le directeur d’une banque, lui-même un banquier professionnel. Les actifs déclarés ainsi que les revenus de Vishnu Lutchmeenaraidoo ont dû convaincre la SBM qu’il était un excellent client avec qui on pouvait prendre des risques.

Certes, il faudra savoir quel est le coût du prêt pour juger si la SBM a laissé des plumes dans cette transaction. À première vue, tel ne semble pas être le cas, estiment les banquiers interrogés. Pour preuve, outre le statut de client Very Very Important Person, Vishnu, Lutchmeenaraidoo a proposé d’hypothéquer sa résidence. «La SBM avait l’option d’enregistrer cette transaction à n’importe quel moment si elle avait le moindre doute que le client avait des difficultés à rembourser son prêt», analysent d’autres professionnels de la finance.

Conviction, pas certitude

D’autres banquiers, très rodés dans le montage de prêts libellés en euro, soutiennent que depuis que cette affaire a éclaté, il y a eu des malentendus quant à la spécificité de ce prêt. «Beaucoup de personnes ont cru que c’est un prêt négocié en roupies.»

Or, un prêt en roupies n’est pas traité de la même manière qu’un prêt assorti en devises. Aucune banque ne peut avoir une politique visant à appliquer un taux uniforme à la fois sur des prêts en roupies ou en devises  pour la simple raison que le coût de la roupie est loin d’être celui de l’euro et du dollar.

Reste la politique de la SBM de financer un prêt destiné à des investissements dans un produit hautement risqué comme l’or. Ce qui est un prêt éminemment spéculatif.

«C’est à ce niveau qu’on peut légitimement se poser des questions. Comment peut-on prêter autant de millions pour un investissement financièrement risqué ? Je n’ai pas de réponses à cette question. Il est évident que l’ex-ministre des Finances croyait que le retour sur son investissement, même risqué en or, lui permettrait d’engranger suffisamment d’argent pour rembourser le prêt au terme de sa maturité, soit après 24 mois», affirme un spécialiste bancaire.

Mais il s’agit d’une conviction, pas d’une certitude. Il ajoute que selon l’analyse de Vishnu Lutchmeenaraidoo, l’or peut être une valeur refuge et que son cours a généralement tendance à prendre l’ascenseur en cas d’une récession à double creux. Or, il pense que c’est une éventualité qui peut intervenir à court et moyen termes. D’où ce prêt de 1,1 million d’euros pour investir le moment venu.

Entre-temps, la polémique autour de ce prêt ne finira pas d’enfler.

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