Zasha Colah: son œuvre, faire dialoguer celles des autres

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«Le commissaire d’exposition peut jouer un rôle dans le processus de décolonisation des imaginaires», selon Zasha Colah. (Photo: Beekash Roopun)

«Le commissaire d’exposition peut jouer un rôle dans le processus de décolonisation des imaginaires», selon Zasha Colah. (Photo: Beekash Roopun)

Zasha Colah est commissaire d’exposition. Venue du Clark House Initiative de Bombay, elle s’est occupée de l’exposition «I love you Sugar Kane». Elle fait aussi partie du jury international de l’exposition The edge of the world, prévue en mai dans les jardins du Château du Réduit

Sa fonction de commissaire d’exposition d’art contemporain, comment la conçoit-elle? «L’art est censé déstabiliser, remettre en question l’ordre établi. Le propre de l’artiste est de s’intéresser à quelque chose et puis de le bousculer.» Être commissaire d’exposition se rapproche du travail du chorégraphe, ajoute Zasha Colah. «Je sais que cela peut sembler idiot mais le corps du visiteur est essentiel à notre travail.» C’est le noyau d’où partent les considérations sur ce qui doit être placé au-dessus, en dessous, en face. «C’est comme une piste de danse où le corps se libère des codes de l’espace.»

 

Un travail qui demande au commissaire d’exposition de se nourrir constamment des créations des autres. «Le commissaire d’exposition peut jouer un rôle dans le processus de décolonisation des imaginaires.» Car son souci est de montrer en quoi l’art, qui se dit contemporain, est pertinent dans le monde d’aujourd’hui. «Placez une sculpture ancienne à côté d’une création beaucoup plus récente. Il y a un dialogue qui peut s’établir autour des histoires divergentes de ces œuvres.»

 

«Etre connecté à l’aujourd’hui»

Faire de l’art contemporain, c’est toujours être connecté à l’aujourd’hui. Au point où, pour Zasha Colah, «être commissaire d’exposition, c’est de trouver un langage pour traiter de l’atmosphère suffocante qui règne à Bombay. Je veux dire dans la façon dont les galeries y sont gérées». Après un an à la National Gallery of Modern Art de Bombay, de 2004 à 2005, et trois ans au Prince of Wales Museum de Bombay, entre 2009 et 2011, la jeune femme a cofondé le Clark House Initiative. «Un musée est un espace démocratique. Au Prince of Wales, on recevait 1 500 visiteurs par jour, ce qui est inimaginable. Sauf que dans cet espace, il n’y avait pas de place pour l’art contemporain. Il fallait donc un autre espace pour toutes les œuvres qui, justement, ne trouvent pas leur place dans le musée.»

 

Quelle est la principale qualité du commissaire d’exposition ? De la curiosité, répond celle qui a deux Masters, dont un en histoire de l’art de l’université d’Oxford. «Les artistes ne peuvent pas toujours ouvrir les portes de leur univers. Parfois, ils n’en ressentent même pas le besoin.» C’est là qu’intervient le commissaire d’exposition. Sa mission: donner des clés au public pour entrer dans des univers créatifs, souvent complexes. Comment s’y prend-il? «Le choix du lieu d’exposition est primordial, que cela soit une église, une cour de justice, une ancienne imprimerie.»

 

À Maurice pour trois semaines, Zasha Colah trouve que le public, ici, possède déjà le langage pour interpréter les travaux artistiques. «Maurice est à un tournant. J’ai aussi ressenti ce besoin d’être aux prises avec le passé. En Europe, on sent que tout le monde est inquiet. Ici, je n’ai pas ressenti de tensions, mais les craintes sont latentes. Ce sont des peurs qui ont à voir avec le passé de Maurice.»

 

L’art éphémère dans les jardins du Château du Réduit

The edge of the world. C’est le titre de l’exposition prévue du 19 au 29 mai dans les jardins du Château du Réduit. Le principe: développer et partager l’art contemporain avec tous. Les noms des artistes retenus pour cette exposition seront connus le mercredi 16 mars.

Le comité organisateur comprend Salim Currimjee d’ICAIO, Charlie d’Hotman de la galerie Imaaya, les artistes Khalid Nazroo et Jirina Nebesarova, ainsi que des institutions telles la National Art Gallery, le bureau de la présidence, le ministère des Arts et de la culture et l’Union européenne. C’est un jury international, composé, outre de Zasha Colah, de la Française Béatrice Binoche et de la Sud-africaine Kabelo Malatsie, qui choisit, sur dossier, les artistes qui participeront à la manifestation.

Zasha Colah voit surtout un espoir dans The edge of the world. «J’étais triste d’apprendre que deux théâtres sont fermés pour rénovation. C’est un exemple du rétrécissement de la culture. Mais en même temps, c’est la première fois que les jardins du Château du Réduit s’ouvrent pour une exposition d’art contemporain».

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