Johnson & Johnson, Mars, produits pour bébé: polémiques sur les rayons

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Un bout de plastique retrouvé dans du chocolat, du talc potentiellement cancérigène, des produits cosmétiques pour bébés qui contiendraient des «ingrédients à risque élevé»… Autant de polémiques survenues à l’étranger, certes, mais qui interpellent car ils sont largement consommés par les Mauriciens. Quels risques pour notre santé ? Les responsables de ces grandes marques essaient-ils de nous jeter de la poudre aux yeux ? Décryptage.

JOHNSON & JOHNSON: l’affaire qui a mis le feu aux poudres

Sur Internet, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Fin février, un tribunal américain a jugé que le décès d’une femme âgée de 62 ans avait un lien direct avec l’utilisation de produits à base de talc, commercialisés par le géant américain Johnson & Johnson. Résultat des courses : le groupe a été condamné à reverser 72 millions de dollars (environ Rs 2 664 000 000) à la famille de la victime.

La sexagénaire utilisait le produit incriminé pour son hygiène intime. Et, si l’on en croit l’avocat de la famille, du talc a été retrouvé dans les ovaires de la victime. Ce qui a causé une inflammation qui s’est, par la suite, transformée en cancer. L’homme de loi est allé plus loi, soutenant que 1 500 femmes décéderaient chaque année «des suites d’un cancer des ovaires lié à l’utilisation de talc». Et d’ajouter que le fabricant était au courant des risques dès les années 80.

Hormis ce cas, il faut savoir que Johnson & Johnson fait l’objet de quelque 1 200 procès rien qu’aux États-Unis. Les plaignants accusent les responsables de ce groupe d’avoir dissimulé le potentiel cancérigène du produit dont il est question.

En parlant de ça, qu’en est-il de la communication à Maurice ? Pourquoi n’avons-nous pas eu droit à des compléments d’informations à ce propos ?

Vendredi après-midi, nous avons essayé de joindre les responsables d’IBL BrandActiv, importateur local de la marque Johnson & Johnson. Quelques minutes plus tard, nous recevions un appel de Laura Nel, Head, Communication & Public Affairs, Johnson & Johnson Consumer d’Afrique du Sud. Question : pourquoi on ne nous dit rien à nous ? La marque n’a-t-elle pas cru bon de s’occuper de ses clients mauriciens ? Ne devrait-il pas y avoir un protocole pour ce qui est de l’information des consommateurs quand l’on se retrouve face à ce genre de polémique ?

La réponse obtenue : «Le talc utilisé dans nos produits à travers le monde est choisi avec soin, afin qu’il soit conforme aux normes les plus élevés de qualité et de pureté, selon les critères établis. Le récent jugement du tribunal américain va à l’encontre de dizaines d’années de recherches scientifiques, qui prouvent que l’utilisation du talc en tant qu’ingrédient dans des produits cosmétiques ne représente pas de danger. Tout en présentant nos sympathies à la famille de la plaignante décédée, nous ne sommes absolument pas d’accord avec l’issue de ce procès.»

D’accord, mais n’aurait-il pas fallu émettre ce genre de communiqué dans tous les pays où l’on utilise des produits Johnson & Johnson à base de talc ? Pourquoi attendre que la presse s’y intéresse ? «Comme cela relève d’un ‘ongoing litigation’, nous ne pouvons-nous exprimer davantage sur le sujet», précise Laura Nel. En attendant, les centaines de poursuites engagées contre la firme devraient donner lieu à d’autres procès d’ici fin avril.

Pas la première fois…

Il y a cinq ans, soit en 2011, le géant pharmaceutique se retrouvait au centre d’une autre controverse. Elle concernait alors les shampoings et d’autres produits pour bébés, qui contenaient du quaternium-15, qui libère de façon lente et continue de petites quantités de formaldéhyde, qui sert de conservateur. Johnson & Johnson s’était alors engagé à retirer cet ingrédient de ses produits au cours des deux années qui suivirent. Une analyse des étiquettes des produits pour bébés vendus dans des supermarchés à Maurice permet de dire que la promesse a bien été tenue. Pas de quaternium-15 à l’horizon.

Autre ingrédient assujetti à la polémique : le 1,4 dioxane, liquide utilisé principalement comme solvant et qui se dissout facilement dans l’eau. Cette substance, potentiellement cancérigène, était soupçonnée d’endommager le cerveau, le foie et les reins. Cependant, Johnson & Johnson n’avait pas fourni d’échéance pour le retrait du 1,4 dioxane. Mais là encore, un coup d’œil aux étiquettes sur des crèmes, parfums et shampoings permet d’affirmer qu’aucun des produits de la marque, destinés aux bébés, n’en contient.

Cosmetiques - Gare aux fesses de bébé

Voilà de quoi donner des sueurs froides aux parents. Selon une étude commandée par l’ONG Women in Europe for a Common Future (WECF), dont les résultats ont été rendus publics en février, 88 % des 341 produits cosmétiques destinés aux bébés, soit des shampoings, des lotions, des laits nettoyants, des lingettes, pour ne citer qu’eux, contiendraient des ingrédients à «risque élevé». Les substances mises à l’index sont :

Le méthylisothiazolinone : un conservateur allergisant susceptible de provoquer des irritations et de l’eczéma.

Le phénoxyéthanol : un conservateur soupçonné de toxicité sur la reproduction (souvent dans les produits qui ne se rincent pas

Des parfums : présentant des risques potentiels d’allergie (dans la quasi-totalité des produits alors que leur présence est superflue)

D’autre part, 181 des produits (soit près de 53 %) contiendraient des ingrédients à «risque modéré» :
EDTA : un agent irritant (souvent dans les lingettes)
Laureth sulfate et lauryl sulfate : ces sulfates sont des agents moussants potentiellement irritants (souvent dans les produits pour le bain et shampoings).
Huiles minérales : issues de la chimie du pétrole, elles peuvent être contaminées par des impuretés (souvent dans les crèmes et lotions
Nanoparticules : éléments aux effets encore mal évalués (dans certains produits solaires)

Petit tour au supermarché. La cible : les lingettes pour bébés. Sur huit paquets analysés, plusieurs – parmi les noms les plus connus – contiennent les substances incriminées par l’ONG.

Ceux de la marque Bébé dou contiennent du phénoxyéthanol, ceux de Pampers du phénoxyéthanol et de l’EDTA. Les lingettes de la marque Nivea ne sont pas en reste et l’on y retrouve également du phenoxyethanol mais aussi du méthylisothiazolinone et des parfums. Du côté de BébéCâlin, les lingettes contiennent du méthylisothiazolinone, de l’EDTA et du parfum.

Sollicité pour une réaction, Perrier Henry, responsable qualité au sein de la société Beau Bébé Ltd, importateur des lingettes Bébé dou, notamment, affirme que la société compte contacter le fabricant dans les plus brefs délais afin d’obtenir des précisions à ce sujet. D’ici là, «sachez que nous suivons les procédures d’importation à la lettre et vérifions les composants de nos produits», affirme-t-il. De son côté, Vanessa Carver, Brand Manager chez Pharmacie Nouvelle, importatrice des lingettes de la marque BébéCâlin, affirme que l’entreprise n’avait pas eu vent de l’étude en question. «Nous nous renseignerons davantage sur le sujet auprès des autorités concernées et nous prendrons les actions nécessaires.» Alors que chez Medical Trading, revendeur des lingettes de la marque Pampers, l’on nous fait comprendre que «nous ne sommes pas des importateurs». On ne nous en dira pas davantage.

Et les autorités dans tout ça ? Une source au ministère du Commerce explique qu’une analyse des lingettes, dont les ingrédients sont mis en cause par l’étude de la WECF, sera bientôt effectuée. En attendant que les résultats soient connus, il faudra surveiller les fesses de bébé…

MARS : une com’ plastiquée et un gros coup de barre

C’est l’histoire d’un petit bout de plastique rouge dans une barre chocolatée. Un consommateur allemand a failli croquer dedans et un géant a tremblé. Le groupe Mars décidait le 23 février, après enquête, de retirer du marché des millions de barres Mars, Milky Way ou Snickers produites dans l’usine du groupe à Veghel, au Pays-Bas. Un «rappel» à la mode des voitures, battu dans 55 pays. Dont Maurice ? Oui, non, peut-être… Pendant plusieurs jours, personne n’en sait trop rien. Y compris le distributeur local, la société Lim How Brothers & Co, qui n’a pas été aidée par son agence de communication. Tour à tour, on apprenait que Maurice n’est «pas concernée par le rappel» et qu’il faut «attendre la confirmation du fournisseur».

Entre approximation («le problème concerne une usine allemande») et contre-vérité facilement démontable («les barres commercialisées à Maurice ne viennent pas des Pays-Bas»), la communication autour de cette affaire a été pour le moins déroutante. Contactés vendredi, le distributeur et son chargé de com’ se renvoyaient encore la balle… «En temps de crise, les marques sont souvent tentées de laisser passer l’orage, de faire le gros dos», pose un spécialiste de la communication de crise.

Sauf que le consommateur n’est pas dupe. Du coup, les réseaux sociaux croient flairer l’entourloupe et s’en donnent à cœur joie. C’est «l’effet papillon» appliquée à la confiserie industrielle : un accident de bonbon à l’autre bout du monde et c’est toute la planète Mars qui est soupçonnée d’empoisonner les Mauriciens. Alors même que c’est la firme américaine qui, de son propre chef, a ordonné le rappel. «Je reconnais que notre communication a pu semer le doute», convenait après coup Jean-Noël Lim How, manager de Lim How Brothers.

Circonstances atténuantes, «j’attendais des nouvelles de mon fournisseur. La marque ne m’appartenant pas, je ne suis pas autorisé à communiquer dessus. C’est ce qui a compliqué les choses». Sur le papier, elles étaient pourtant simples. Oui, l’usine de Veghel approvisionne le marché local. Mais non, Maurice n’est pas concernée par le rappel. La raison ? Les dates ne correspondent pas. Mars a délibérément choisi une plage de production très longue, entre décembre et janvier dernier, pour s’assurer que tous les produits potentiellement concernés seront rappelés.

 Or, «les barres en vente à Maurice ont été produites avant, on a vérifié auprès du ministère de la Santé», argumente enfin Jean-Noël Lim How. Une explication qui tient la route du fait des délais de livraison. De la mer du Nord à l’océan Indien, les produits mettent «quatre à cinq semaines» en bateau. Moralité de l’histoire : un peu de transparence aurait permis de couper court à l’impression légitime des consommateurs… de se faire mener en bateau.

JAYEN CHELLUM : «Les autorités auraient dû faire le suivi»

Que dit l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM) au sujet de la polémique entourant ces produits importés ? Qu’en estil de l’absence d’informations fournies spontanément aux Mauriciens ? Pour Jayen Chellum, secrétaire général de cette association, «les autorités ont tendance à rejeter la responsabilité, qui est celle d’informer le public, sur la presse et l’ACIM». Alors que ce rôle leur incombe. Selon lui, le gouvernement, les ministères concernés, auraient dû faire un suivi de ces dossiers, interroger les importateurs et revendeurs mais aussi contacter les fabricants pour obtenir des détails et les communiquer au public. «Mais ils ont failli dans cette tâche

Tout comme certaines entreprises, qui n’ont pas tout à fait compris la définition du Corporate Social Responsibility (CSR), selon lui. «CSR, se pa zis donn enn ti kass bann dimounn mizer à drwat a gos. Li bon, mé pena ziss sa ! Le CSR implique que les entreprises se doivent de communiquer des informations vitales à leurs clients, de se préoccuper du bien-être de leurs employés, voilà ce que c’est !»

Pour Jayen Chellum, les entreprises mises à l’index auraient dû fournir des explications aux consommateurs des pays où ils exportent leurs produits, sans attendre qu’Internet ne s’en charge ou que les médias s’en mêlent. «Il y va de leur crédibilité

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