Grand-Bassin : où sont passés les singes ?

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Autrefois, les singes étaient nombreux à venir faire la grimace ou fouiller les poubelles à Ganga Talao.

Autrefois, les singes étaient nombreux à venir faire la grimace ou fouiller les poubelles à Ganga Talao.

Sont-ils partis en pèlerinage ailleurs ? Ont-ils été chassés ? Capturés ? Autrefois très présents à Grand-Bassin, les singes se font de plus en plus rares. Pourquoi ? Cherchons la petite bête.

En ce début de semaine, c’est le calme plat à Ganga Talao. Kanwars et pèlerins, contrairement aux touristes, n’ont pas encore emprunté le chemin du lac sacré. L’on s’attend alors à croiser celui des singes, autrefois très nombreux en ce lieu. Mais pas de chapardeur à l’horizon. Comment se fait-il que ces amateurs de bananes ne ramènent plus leur fraise ?

«Wi, népli trouv zot kouma avan. Mem kan péna dimounn, zot népli vini éna ziss enn-dé»,grimace Suraj Gopal, un habitantde Montagne-Longue. Il a souhaité se rendre plus tôt à Pari Talao, histoire d’éviter les embouteillages et le «rush» du week-end.Si les voitures sont rares, les singes le sont encore plus, constate aussi Kiran Ramjawon, 27 ans,après mûre réflexion. «Ils ont sûrement été capturés par sa bann elverzako la…»

Une hypothèse que réfute justement l’un des principaux «elver zako» du pays. «Oui, nous avons également constaté une diminution du nombre de singes à Grand- Bassin. Mais nous n’y sommes pour rien !» martèle Nada Padayatchy, un des responsables de Bioculture, groupe spécialisé dans l’élevage et l’exportation de nos macaques.

On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace. Sommes-nous censés le croire sur parole ? «Écoutez, le fait est que, depuis la création de Bioculture en 1985, et jusqu’à l’arrêt de la capture des singes, en 2009, nous n’avons jamais attrapé ceux de Grand-Bassin.» La raison principale, souligne Nada Padayatchy, étant le respect pour cet endroit sacré. «Nous savons que le singe a une place particulière au sein du panthéon hindou.»

Autre raison avancée : les singes de Grand-Bassin sont en contact avec l’homme. Ils se délectent des restes laissés par les humains et on les voit souvent fouiller dans des poubelles. De ce fait, «ces primates sont peut-être porteurs de maladies et on ne peut pas courir le risque de contaminer notre cheptel».

«LES BULLDOZERS ET AUTRES MACHINES INFERNALES ONT DÛ LES FAIRE FUIR.»

Comment expliquer, dans ce cas, leur raréfaction à Grand-Bassin ? Où sont passés nos farceurs poilus ? Nada Padayatchy a quelques explications à ce propos. «Je pense qu’ils sont partis ailleurs, à cause des interférences et des nuisances sonores, entre autres.» Il faut comprendre, fait-il ressortir, que les singes sont d’abord des animaux sauvages – et même s’ils peuvent cohabiter avec l’homme – ils préfèrent l’éviter.

Avec la construction des deux statues (NdlR : de Mangal Mahadev inaugurée en 2008 et de Durga Maa Bhavani, actuellement en phase de finition), les bulldozers et autres machines infernales ont dû les faire fuir. Ils ont également pu être effarouchés par des ouvriers qui travaillent sur place.

«Des artisans indiens nous ont contactés pour nous demander de les aider. À un certain moment, les singes avaient élu domicile dans leurs dortoirs et n’hésitaient pas à voler leur nourriture et leurs effets personnels…» Nous avons tenté de joindre les singes pour une réaction mais ils étaient introuvables.

D’autre part, poursuit Nada Padayatchy, il y a également le projet Avalon (NdlR : projet résidentiel articulé autour d’un parcours de golf), qui est actuellement en chantier, non loin de Grand-Bassin, entre Bois-Chéri et Bois-Sec plus précisément. «Le bruit et le chamboulement dans leur mode de vie ont également dû effrayer les macaques.»

Ils sont partis, d’accord, mais où, où, où ? Pourquoi ne voit-on plus nos macaques dans la brume ? Il faut garder en tête que la forêt entourant Grand-Bassin est très dense, rappelle le scientifique. «Il n’y a pas eu de gros cyclone ces dernières années et les arbres ont été épargnés. Avec la disponibilité de la nourriture, les singes ne ressentent plus le besoin de quitter leur habitat naturel pour venir rendre visite à leurs voisins humains

Toutefois, étant curieux de nature et pas du tout contre l’idée de recevoir une petite gâterie de temps en temps, ils devraient refaire leur apparition une fois les travaux entrepris dans la région terminés, prévoit Nada Padayatchy, sans singerie. De quoi redonner la banane aux amoureux des bêtes.

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