Hamada Madi Boléro: «En termes de menaces terroristes, notre insularité nous met à risque»

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Hamada Madi Boléro est l’un des administrateurs les plus en vue de l’Union des Comores et le négociateur principal de l’archipel sur les questions diplomatiques. Rencontre avec le prochain secrétaire général de la Commission de l’océan Indien.
 

Après une carrière en politique, vous avez été proposé par l’Union des Comores pour être le prochain secrétaire général (SG) de la Commission de l’océan Indien (COI). Qu’est-ce que cela représente pour vous?

C’est un prestige, je n’arrive pas à contenir mes émotions. SG de la COI est un poste très important. Les États de la COI jouent des rôles importants dans les relations régionales. Que ce soit au niveau de la Southern African Development Community (SADC), de l’Union africaine et même à l’international. Devenir celui qui va coordonner la politique de ces États dans un cadre défini par eux, j’avoue que c’est un honneur.

Vous paraissez très ému…

Bien sûr ! Je ne cesserai jamais, jusqu’à la fin de mon mandat, de me demander si je remplis bien la mission qu’on m’a confiée. De plus, succéder à quelqu’un de la trempe de M. de L’Estrac, j’avoue que c’est très difficile.

Qu’entreprendrez-vous en premier lieu, en tant que SG de la COI ?

Je n’ai pas encore été officiellement désigné et il serait prématuré d’en parler. Mais quand on devient le patron d’une telle organisation, le premier souci qu’on a, c’est de marquer le passage.

Quand les ministres des États membres auront décidé de ma désignation, je m’enquerrai de la situation et j’étudierai les dossiers avec M. de l’Estrac. Je discuterai aussi avec les États afin de définir mes priorités.

Comment percevez-vous la menace terroriste dans l’océan Indien ?

À force de gérer le ministère de la Défense, ce problème me tient à cœur. Nous sommes des îles, donc nous avons des frontières poreuses, naturellement vulnérables. Aussi, nous avons une forte population musulmane dans la région et puisqu’aujourd’hui la menace vient des extrémistes, nos populations sont à risque. Les terroristes vont tout faire pour attirer les musulmans à eux.

En même temps, nous sommes près de la Somalie et du Kenya. En gros, en termes de menaces terroristes, notre insularité nous met un peu plus à risque que les autres régions.

Diriez-vous que c’est l’un des enjeux principaux pour la région ?

La sécurité de nos archipels représente un défi. Un autre enjeu serait de développer des secteurs communs entre nos îles, surtout dans le tourisme. Si on est connu dans le monde pour le tourisme séparément, il nous faut nous unir et conserver cette richesse culturelle commune.

Cela est lié à un autre enjeu : la connectivité dans l’océan Indien. Vous imaginez qu’en 2016, on prend encore deux à trois jours de certaines îles à d’autres car on n’a pas de vol direct ? L’environnement est aussi un enjeu car nous sommes vulnérables en tant qu’États insulaires.

C’est surtout à travers l’éducation et l’information que l’on formera le peuple indiano-océanique à la conservation de notre environnement terrestre et marin; car n’oublions pas que nous sommes entourés par l’océan.

À ce sujet, on parle beaucoup de prospection des fonds marins, surtout à Maurice et aux Comores. Est-ce un secteur à exploiter, selon vous ?

Bien évidemment, et il faut commencer déjà. Mais en même temps, si il y a eu des pays qui se sont enrichis grâce au pétrole, il y en a d’autres qui sont en conflit à cause de cela.

Il faut mettre en place une politique commune régionale au bénéfice de tous les pays. Nous savons déjà qu’il y a des gisements de gaz naturel et de pétrole. Si on ne fait pas attention, il y a des risques sociaux et environnementaux qui peuvent être néfastes s’ils ne sont pas bien gérés.

Une chose qui a été mal gérée : les Jeux des îles. Ferez-vous partie de la délégation qui sera à Maurice la semaine prochaine (NdlR : mercredi et jeudi) ?

Je me suis désisté et ne serai pas le chef de délégation pour cette mission. Même si les Jeux des îles et la COI sont deux choses qui ne sont pas liées, sauf en nom, il serait indécent de mener la délégation quand j’attends d’être désigné pour le poste à la COI.

D’un point de vue objectif, si un pays ne peut pas organiser les Jeux, bien sûr qu’un autre doit en prendre la charge. Mais dans le cas des Comores, la question ne se pose pas ! Les Comores seront prêtes à temps, je ne vois pas pourquoi on frustrerait toute une population en exigeant que le pays soit prêt dès maintenant.

Nous avons les ressources pour préparer ces Jeux et des sportifs de plus en plus performants. J’ai peur qu’en retirant ces Jeux des Comores, nos sportifs ne veuillent même plus y participer.

Quelle serait la solution idéale pour conserver à fois les Jeux des îles et les bonnes relations qu’il y a entre les Comores et Maurice ?

Ce sont aux diplomates de prendre ce dossier en main. Il ne doit pas y avoir de heurts entre Maurice et les Comores. Mais la COI aussi peut définitivement jouer un rôle pour apaiser la tension et conserver les bonnes relations.

Justement, comment voyez-vous le rôle de la COI ?

La COI a joué un rôle colossal dans les crises malgache et comorienne. La commission n’est pas tellement politique. Mais quand les États membres doivent chacun se prononcer à l’échelle mondiale sur des questions d’importance primordiale, il aurait été intéressant que la COI parle d’une voix.

Cela donnerait une force à la région. Le monde verrait des États unis sur des intérêts globaux.

Une dernière question: avec le poste de SG, vous devrez vous installer à Maurice. Appréhendez-vous ce changement ?

Vous savez, quand on est en politique et qu’on doit mettre une parenthèse, ce n’est pas si facile. Mais encore une fois, là c’est le cœur qui parle.

Nous avons de très bonnes relations avec Maurice, je ne pense donc pas que je me sentirai dépaysé. Je vais essayer de m’intégrer à l’île Maurice. Ce sera un chez moi, loin de chez moi.

UN FIN NÉGOCIATEUR

Hamada Madi Boléro sera, sauf imprévu, le secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI). On n’attend plus que le conseil de la COI entérine, le 26 février à La Réunion, la proposition faite par l’Union des Comores.

Du côté de la commission, on se félicite de ce choix. L’organisme estime que M. Boléro est méthodique et rigoureux, et qu’il continuera le travail déjà commencé. Hamada Madi Boléro connaît les pays de la région car il est le principal négociateur de l’Union des Comores sur les questions diplomatiques. Il est d’ailleurs très présent sur le front international et a tout récemment conclu un accord avec les États-Unis pour la lutte contre le terrorisme.

M. Boléro assumera ses nouvelles fonctions en juillet, lorsque le contrat de Jean Claude de l’Estrac à la COI prendra fin. Actuel directeur de cabinet du chef de l’État, chargé entre autres de la défense au sein de l’administration comorienne, Hamada Madi Boléro est rompu aux rouages diplomatiques.

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