Port-Louis: de Smart City à ville morte?

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Vue aérienne de Port-Louis. L’État a affiché ses projets pour convertir la capitale en «smart city», avec gares modernes, hôtels, et bien d’autres commerces…

Vue aérienne de Port-Louis. L’État a affiché ses projets pour convertir la capitale en une «smart city», avec gares modernes, hôtels, et bien d’autres commerces …

«Je ne la quitterai pour rien au monde. Même si j’avoue, la ville d’avant me manque. Je regrette déjà la destruction de plusieurs vieilles bâtisses...» Newk Yen Rustom a 86 ans.Elle est née à Port-Louis, elles’est mariée à un Port-Louisien et elle ne se voit pas vivre ailleurs. Sa ville, elle l’aime avec ses vieilles maisons coloniales, ses trottoirs faits d’anciennes pierres. Newk Yen Rustom se rappelle que dans sa jeunesse, Port-Louis respirait tellement la sécurité qu’elle n’avait pas de verrous à ses portes.

«On pouvait quitter les portes et les fenêtres ouvertes et sortir sans crainte. On pouvait dormir tranquille. J’ai passé une bonne partie de ma vie à la rue Desforges, il y avait l’atelier d’un mécanicien, j’avais ma boutique. Aujourd’hui, il n’y a plus tout ça… sauf quelques maisons coloniales que j’aimerai voir conserver», soutient cette vieille dame fatiguée.

Une seconde jeunesse

Si Port-Louis a beaucoup changé déjà, ce n’est rien en comparaison de ce que prévoit le gouvernement pour les cinq prochaines années. Deux nouvelles gares modernes, une passerelle sur laquelle s’installeront les marchands ambulants, des rues piétonnières, davantage d’espaces commerciaux, plus d’hôtels, plus de loisirs... Ce sont là les projets que compte réaliser le gouvernement à Port-Louis avant la fin de son mandat.

Le tout dans le but de donner à la vieille ville de Port-Louis une seconde jeunesse. Sauf que, dans la foulée, le gouvernement prévoit de délocaliser le Parlement, le bureau du Premier ministre ainsi que les différents ministères. Une idée qui est loin de plaire à ceux qui ont passé de longues années dans la capitale. Pour eux, cette transformation signe la mort de la ville.

Elle ne survivra pas à ce changement. C’est ainsi que la plupart des gens interrogés par l’express ont résumé ce qu’ils appréhendent du projet annoncé, il y a quelques semaines, par le ministre des Finances Vishnu Lutchmeenaraidoo. Pour eux, vider Port- Louis de ces institutions de la fonction publique viendra tuer l’authenticité de la capitale.

«Que restera-t-il de Port-Louis si on lui enlève tout cela ? Au lieu de refaire Port-Louis en tant que capitale administrative, on la tue. Ce sera une ville fantôme », affirme Shakeel Mohamed, député rouge de Port-Louis-Maritime – Port- Louis-Est. Ce dernier a pris position sur le réseau social Facebook contre le projet de transformation de Port-Louis.

L’EXEMPLE MALAISIEN

Pour lui, l’idée d’en faire une capitale commerciale ne colle pas avec celle de vider la ville de ses ministères. «Déjà qu’en temps normal, les magasins de Port-Louis ferment à 16 heures. Sans les fonctionnaires dans la ville, qui ira acheter dans ces nouveaux complexes commerciaux ?»

Shakeel Mohamed cite l’exemple malaisien. Il affirme que lorsque le gouvernement a créé la nouvelle ville de Putrajaya, il a quand même gardé des antennes de ses ministères à Kuala Lumpur ainsi que l’Assemblée nationale.

Les rues de Port-Louis ont aussi livré leurs secrets aux mains de Tristan Bréville. Ce photographe de renom, également directeur du musée de la photographie, est l’un des plus farouches défenseurs du patrimoine local. Son coup de coeur, c’est justement la capitale.

Sollicité par l’express pour livrer ses impressions sur les ambitions gouvernementales, le photographe dit déplorer que les autorités n’aient pas consulté la société civile mais, plus précisément, les habitants de Port-Louis avant d’annoncer leur projet de transformation.

«Je ne comprends pas la démarche du gouvernement. Les sociétés qui militent pour le bien-être de Port-Louis n’ont pas été consultées. Cela fait un moment que l’on parle de bouger les ministères de la capitale. C’est bien que le ministre des Finances en parle mais on fait quoi du revers de la médaille ? À quoi ressemblera Port-Louis lorsqu’elle sera vidée ?» avance Tristan Bréville.

L’historien passionné de photographie se demande ce qui sera fait des bâtiments qui auront été vidés. «Port-Louis ne peut pas être une ville morte. Elle ne doit pas l’être. J’aurais tout fait pour que Port-Louis soit sauvée mais elle est vouée à une mort lente», ajoute-t-il.

Pour lui, dans l’idéal, il faudrait commencer par un changement de mentalité pour que les Mauriciens commencent par garder la ville propre. «Ensuite, il faudrait sauver le patrimoine et préserver la culture. On aurait pu faire de Port-Louis une des plus belles capitales de l’océan Indien. On aurait pu…», conclut le photographe.

«SAVE PORT-LOUIS» PREND FORME

Ils ne sont pas pour le projet du gouvernement de transférer les ministères de Port- Louis à Heritage City, qui sera créée au triangle d’Ébène. Il s’agit de Tim Taylor, homme d’affaires, Eric Ng, économiste et Abbas Currimjee, architecte. Ils participaient à une émission, animée par Touria Prayag sur LSL Radio, vendredi. Selon eux, le projet de Heritage City n’est pas une nécessité. Port-Louis aurait pu être transformée avec ses ministères et les bâtiments existants peuvent être réaménagés, sont-ils d’avis.

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