Que donnons-nous à manger à nos enfants ? L’avis du distributeur de pesticides

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Les pesticides sont, de nos jours, plus écologiquement fiables. Raison de plus pour les utiliser correctement.

Les pesticides sont, de nos jours, plus écologiquement fiables. Raison de plus pour les utiliser correctement.

Les enquêtes de «l’express» sur la mauvaise utilisation des pesticides, qui ont commencé il y a quelques semaines, visent à apporter plus de lumière sur ce que nous mangeons. Nous avons ainsi consulté la société Roger Fayd’herbe, leader des ventes de pesticides à Maurice.

Nous avons rencontré M. Clifford Dove, le P.-D.G. de Roger Fayd’herbe et Cie, compagnie qui est «market leader» des ventes de pesticides localement. Et lors d’une conversation à bâtons rompus, en présence de son assistant, M. Arvind Ramlowat, nous avons essayé de sonder le monde de ceux qui tentent de contrôler les pestes diverses sur les récoltes agricoles.

On nous fait d’abord le point que les résultats publiés par l’express auraient sûrement été pires il y a seulement dix ans, et probablement encore plus il y a vingt ans, d’autant que les utilisateurs de pesticides, à l’époque, étaient tout simplement bien moins conscients des dégâts qu’ils pouvaient causer ! Il y avait, par exemple, peu d’accent mis sur les LMRs (Limite maximum résiduelle), ni de laboratoire fiable pour détecter celles-ci. Même si cela ne nous rassure qu’à moitié , on nous explique aussi que la recherche dans les grandes maisons comme Bayer, BASF ou Dupont, a produit, au cours des années récentes, des pesticides généralement plus efficaces, plus ciblés et moins toxiques et donc plus écologiquement fiables.

Ainsi, les organo-chlorinés (Dieldrin, Aldrin) et les organo-phosphorés (Dypterex) de mon adolescence sont aujourd’hui bannis d’utilisation, notamment parce qu’ils causaient des dégâts collatéraux importants – tuant aussi des insectes non nuisibles par exemple. D’ailleurs, la Dangerous Chemical Control Board veille au grain, suit ce qui se passe à l’étranger et tente d’anticiper, même si elle n’est pas en position de tester ce qui s’importe indépendamment. Une des dernières initiatives en date : la fin des permis d’importation pour de l’Imidaclopride (Confidor), ce pesticide étant suspecté d’être responsable de dégâts non souhaités aux abeilles.

Parmi les «p’tits nouveaux», le Movento, qui s’attaque surtout aux juvéniles d’insectes et le Tepeki, dont une des caractéristiques est que sa période pré-récolte n’est pas de plus de trois jours. À charge, toujours, de les utiliser correctement et de manière responsable. À noter aussi l’introduction de nouvelles variétés de semences plus résistantes et le lancement de produits «bio», dont le but ultime est une agriculture plus raisonnée, où le pesticide n’est utilisé que quand c’est vraiment nécessaire.

Label de référence

C’est ce que Roger Fayd’herbe et Cie dit fortement souhaiter au point de s’être engagé activement sur la question, notamment en travaillant en collaboration étroite avec le FAREI (ex-AREU) et le MSIRI dans des initiatives comme le Bayer Food Chain Partnership où l’on s’évertuerait d’assurer que toute la chaîne de traitement est correctement respectée.

Une certification de production simple et efficace (un label de référence est visé au bout du programme), sera, en finalité, à l’avantage tant des consommateurs que des planteurs responsables. Une composante clé de cette initiative (comme celle de la Smart Agriculture de la Chambre d’agriculture d’ailleurs) sera la formation des planteurs et, idéalement, la cooptation de scientifiques capables de mieux identifier les problèmes de ceux-ci et de les conseiller et encadrer afin qu’ils soient plus efficaces et responsables à la fois. L’espoir est que l’intervention mesurée de la science réalisera aussi des économies pour les planteurs, en évitant les coûts pas nécessaires (et les conséquences !) du «hit & miss» trop fréquents à l’heure actuelle.

À cet effet, la démarche de Roger Fayd’herbe & Cie, a priori contre ses intérêts économiques immédiats, est, en finalité, logique : le vendeur de pesticide n’a, en effet, aucun intérêt à ce que son produit, mal ou trop utilisé, compromette la santé du consommateur final. Clifford Dove en est bien conscient et souligne, à cet effet, que s’il y a, selon ses estimations, environ 5 000 planteurs au pays, les plus gros parmi eux (environ 200 planteurs) sont comptables de jusqu’à 70% de la production totale et qu’ils sont, fort heureusement, parmi les mieux informés et les plus responsables.

On peut en effet l’espérer, nos échantillons qui révèlent 20% d’items hors normes dans la production locale, indiquent tout aussi bien que 80% les respectent. L’initiative de la série d’enquêtes présente est d’ailleurs, rappelons-le, de conscientiser des dangers et de provoquer des réactions tant au niveau des autorités ministérielles que des importateurs, des planteurs, des commerçants et des consommateurs, cela afin que nous puissions consommer, avec nos enfants et au plus vite, des produits alimentaires respectant les normes CEE.

À cet effet, signalons que si la législation existe pour contrôler les risques bactériologiques (salmonelle, aflatoxine, …) et sévir le cas échéant, l’équivalent n’existe, semble-t-il, pas pour les risques de pesticides ! Or, quand mal utilisé, il s’agit bien ici de poison, comme le rappelle l’étiquette sur chaque chopine de pesticide et pas de «médecine» comme on le dit pourtant bonassement dans le parler local.

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