Etats-Unis: avec l'aide des Français, l'Amérique du foot fait sa révolution

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Ils sont plus d'une centaine de formateurs massés au centre de congrès de Baltimore et beaucoup prennent religieusement en photo avec leur portable chaque tableau pédagogique projeté: la Fédération française de football expose son savoir faire et le ballon rond made in USA veut en tirer bénéfice.

Ce samedi matin là, les éducateurs US sont venus écouter la bonne parole de Jean-Claude Giuntini, sélectionneur de l'équipe de France des moins de 17 ans. Malgré le fort accent, et quelques dribbles peu académiques avec la langue anglaise, les techniciens présents ne perdent pas une miette de ses propos.

Pour la première fois, la Fédération française de football a envoyé une délégation au congrès annuel de l'association américaine des entraîneurs de football (NSCAA).

La France n'a plus été en finale d'un tournoi majeur depuis dix ans, elle est 25e au classement Fifa, mais sa formation a une aura inégalée.

Aucun autre pays n'est mieux représenté dans les cinq grands championnats européens, et les sélections de jeunes sont habituées des places d'honneur.

C'est ce qui a orienté Todd Durbin, le vice-président de la Major League Soccer (MLS), lorsqu'il a décidé de faire évoluer les fondements de la formation du principal championnat professionnel américain. Ambition: devenir l'une des meilleures ligues mondiales d'ici 2022.

En 2013, un accord est signé et la FFF s'engage à former 20 techniciens venus de MLS, un pour chaque club (deux équipes ont depuis rejoint la ligue). La première promotion a été diplômée l'an dernier et une autre est en cours de cursus.

- Reconnaissance avant l'argent -

Le partenariat est renouvelable pour chaque promotion et comporte un volet financier, tenu secret. "La reconnaissance à l'international est plus importante que tout l'argent parce que cela a interpellé la planète entière", assure le directeur technique national de la FFF, François Blaquart.

Pour Gustavo Flores, entraîneur au sein du club de jeunes Michigan Rush et présent ce samedi matin, les coaches américains ont souvent une approche très directive de la formation des jeunes, quand la philosophie française incite davantage l'élève à réfléchir.

"L'une des premières choses qu'ils regardent, c'est l'assise psychologique du joueur. Ici, nous cherchons d'abord des joueurs grands et forts", observe, pour sa part, Desmond Lawless, professeur et entraîneur à la Shepherd University, dans l'Etat de Virginie occidentale (est).

"Aux Etats-Unis, chez les jeunes, ils accordent peut-être une importance excessive au fait de gagner", observe l'Ecossais Tommy Wilson, ancien joueur professionnel et responsable de la formation au sein du Philadelphia Union, club de MLS.

"Avec les seniors, on est dans l'exploitation du potentiel. Chez les jeunes, on est dans la construction du potentiel. Ça n'a rien à voir, ce n'est pas le même métier", souligne François Blaquart.

Nommé entraîneur en chef du Toronto FC après le début de sa formation avec la FFF, Greg Vanney se souvient qu'à son arrivée en France, les techniciens français ont évoqué une priorité: la lecture du jeu et la prise de décision sur le terrain.

"J'avais toujours pensé que c'était l'essence du jeu et que c'était aussi la lacune du joueur américain", explique-t-il. "J'ai totalement adhéré."

- 'Le cerveau d'abord' -

"Ils ne vous expliquent pas comment jouer. Ils vous disent: vous pouvez jouer comme vous voulez, mais voici comment le cerveau apprend", poursuit Greg Vanney.

Pour lui, la tendance, dans les nations les plus avancées, est la même, chez les jeunes mais pas seulement: "c'est le cerveau d'abord. Comment peut-on aider les joueurs à prendre des décisions plus rapidement. Le jeu va de plus en plus vite."

La MLS croît tellement en cette école française qu'elle a aussi confié à Frédéric Lipka, ancien responsable du centre de formation du Havre, la coordination de l'ensemble de la formation au sein de la ligue.

"L'objectif à 4 ou 5 ans, c'est de sortir des joueurs capables de nourrir notre championnat MLS", explique-t-il.

Aujourd'hui, la plupart des très bons jeunes Américains partent en Europe pour se former au haut niveau. La MLS veut maintenant leur offrir une alternative crédible qui leur permette de rester au pays.

"S'ils partent, ce sera parce qu'ils ont été très bons ici et que ce sont des joueurs formés", anticipe Frédéric Lipka.

Comme dans l'ensemble des sports, le système américain favorise les études supérieures, rappelle Tommy Wilson, une logique différente de ce qui se pratique en Europe.

"L'importance accordée à l'éducation est une bonne chose. Mais si la MLS veut vraiment devenir une des meilleurs ligues mondiales, il faut que les joueurs de 17 ou 18 ans aient l'opportunité de jouer" en équipe première, dit-il.

En la matière, le FC Dallas fait figure de précurseur avec pas moins de sept joueurs formés au club en équipe première, dont quatre de vingt ans et moins.

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