ICAC: Goburdhun sur un siège de plus en plus brûlant

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Selon Shakeel Mohamed (à g.), quelqu’un d’autre avait été préféré à Kaushik Goburdhun avant qu’il n’y ait «intervention politique».

Selon Shakeel Mohamed (à g.), quelqu’un d’autre avait été préféré à Kaushik Goburdhun avant qu’il n’y ait «intervention politique».

Une personne autre que Kaushik Goburdhun avait-elle initialement été choisie pour diriger la commission anticorruption suivant le départ de Lutchmyparsad Aujayeb? C’est en tout cas ce qu’allègue Shakeel Mohamed.

Dans une lettre à Maneesh Gobin, qui préside le comité parlementaire de l’Independent Commission against Corruption (ICAC), le député du Parti travailliste (PTr) parle d’«informations  troublantes» qu’il détiendrait au sujet de la nomination de Kaushik Goburdhun. Selon le parlementaire rouge, ce serait sur «intervention politique» que Kaushik Goburdhun a été nommé pour diriger l’ICAC.

Ce sujet devrait être évoqué lors de la réunion du comité parlementaire le mardi 19 janvier. Sauf que Shakeel Mohamed ne pourra y assister, étant à l’étranger. Il en a avisé le président Maneesh Gobin.

«C’est dommage. J’aurais pu soulever toute la question au sein du comité parlementaire, vendredi dernier, mais la réunion a été renvoyée. Comme je suis en voyage à l’étranger, je ne pourrai assister à la réunion de demain», nous a déclaré le député du PTr, qui rentre au pays le 25 janvier. Il n’empêche que Shakeel Mohamed compte bien revenir à la charge. «Je souhaite tirer cela au clair à la prochaine réunion. Je veux obtenir des réponses», martèle-t-il.

«Le jouet du MSM»

Et s’il n’en obtient pas ? «Au cas où je n’obtiens pas une réponse satisfaisante, je demanderai alors au Premier ministre d’expliquer cette nomination.» Suivant la réponse de sir Anerood Jugnauth, Shakeel Mohamed décidera de la marche  à suivre concernant son avenir au sein du comité parlementaire.

Sollicité par l’express, Maneesh Gobin confirme avoir reçu la lettre de Shakeel Mohamed. Et dit regretter que seuls les parlementaires  de la majorité, à savoir Sanjeev Teeluckdharry, Raj Rampersad, Salim Abass Mamode, Ravi Rutnah et lui-même, seront présents à la réunion de mardi. Celle-ci est maintenue car après le renvoi de la semaine dernière, il n’aurait pu demander un nouveau renvoi, précise-t-il. Cette réunion se déroulera en présence de Kaushik Goburdhun. «Selon la loi, il doit être présent à toutes les réunions.»

Le comité parlementaire compte tenir une autre réunion le plus rapidement possible afin de donner la chance à Shakeel Mohamed de fournir les informations qu’il détiendrait sur la nomination du nouveau directeur par intérim de l’ICAC.

Mercredi 13 janvier, les députés du MMM, Rajesh Bhagwan, Veda Baloomoody et Zouberr Joomaye, ont, eux, démissionné. Dénonçant le fait que la commission anticorruption est devenue «le jouet du MSM».

Les députés du MMM avaient également contesté la nomination de Kaushik Goburdhun. Estimant notamment que ce poste aurait dû être attribué après un appel à candidatures. «Nous ne pouvons tolérer cela et continuer à siéger sur ce comité alors que la commission anticorruption perd sa crédibilité. Il y a d’abord eu la nomination de Shakila Jhungeer, proche du MSM qui avait démissionné avant de reprendre sa lettre. Maintenant, un membre de la famille du ministre Roshi Bhadain vient d’être nommé au poste de directeur (NdlR, Kaushik Goburdhun est le cousin du ministre», avait déploré Rajesh Bhagwan.


Comité parlementaire de l’ICAC : l’antichambre des crises

Peu connu, le comité parlementaire de l’ICAC est censé jouer un rôle crucial pour la bonne marche de cette institution. Or, au lieu d’être le garant de sa stabilité, la commission a, au contraire, souvent miné l’institution.

«C’est l’aile politique – gouvernement et opposition – de l’ICAC», commente un ancien directeur de la commission anticorruption. Il attribue d’ailleurs les propos suivants à un membre du comité : «Mo koné to pé fer enn bon travay, péna narien kont twa. Mé politik sa.» C’est, soutient notre interlocuteur, ce que lui aurait dit un député qui réclamait sa tête en public.

Pour lui, sans être vicieux, le cercle est malsain. «Je me suis présenté à des comités parlementaires composés de membres qui ne cherchent qu’à tirer un capital politique de l’ICAC. Ils ont le pouvoir de me virer alors que je suis moi-même censé être apolitique», s’insurge notre interlocuteur.

Parallèlement, cet ancien directeur général de l’ICAC dit être au courant que les différents comités parlementaires sont en présence d’au moins trois propositions d’amendements de la Prevention of Corruption Act (PoCA) formulées par lui-même et d’autres personnes ayant occupé ce poste. «Aucune de ces propositions d’amendement n’a été présentée à l’Assemblée nationale pour être débattue», déplore-t-il.

Sans pour autant estimer que le comité parlementaire a trop de pouvoirs, Racheed Daureeawoo concède que ceux qui y siègent ne sont pas exemptés de tout blâme. Il a présidé le tumultueux premier comité parlementaire de l’ICAC. Et, pour lui, «le comité parlementaire n’aurait pas été aussi fébrile si chacun venait avec les intentions qui lui sont demandées. Or, j’ai l’impression que chaque opposition y est présente pour épier l’ICAC et en tirer un capital politique». Comment changer cette approche? «Dommage qu’à Maurice, il n’y ait pas de Sénat. Notre Constitution ne nous permet pas de chercher des solutions apolitiques», répond Racheed Daureeawoo.

Le saviez-vous ?

Selon la PoCA de 2002, le comité parlementaire de l’ICAC était composé de dix membres, cinq du gouvernement et cinq de l’opposition. En 2006, l’amendement apporté par Navin Ramgoolam a éliminé la présence d’un membre de l’opposition.

Principales secousses

2004 : les cinq députés de l’opposition siégeant sur le comité parlementaire démissionnent, reprochant à Navin Beekarry, le directeur d’alors, sa «manière d’opérer». Le coup de théâtre intervient quelques semaines plus tard, lorsque Françoise Labelle, députée du MMM, claque la porte du comité alors que son leader, Paul Bérenger, est Premier ministre. Elle ne dira jamais vraiment pourquoi elle est partie. Racheed Daureeawoo, qui préside alors le comité parlementaire, tient une réunion avec trois membres : Eric Guimbeau, Maurice Allet et… lui-même!

2007 : Yatin Varma est le président du comité parlementaire de l’ICAC. Mais une affaire l’éclabousse : il a écrit à différents organismes parapublics pour chercher de l’emploi. Sous le coup d’une enquête de l’ICAC, Yatin Varma est obligé de démissionner.

2008 : Radio One diffuse des extraits d’une bande sonore enregistrée lors d’une Tea Party chez des membres du board de l’ICAC. L’affaire fait un tollé au point où des députés de la majorité travailliste et membres du comité parlementaire la critiquent ouvertement. Indira Manrakhan réplique par un cinglant : «Je ne démissionnerai pas.»

2015 : L’affaire Sun Tan éclate et le MMM est contre la posture de l’ICAC. Paul Bérenger demande au comité parlementaire d’user de ses prérogatives pour virer le directeur général de l’ICAC. Celui-ci se retrouve aussi sous les critiques du gouvernement pour ne pas avoir fait arrêter le Directeur des poursuites publiques, Me Satyajit Boolell, QC. Le MMM menace mais ne démissionne pas du comité parlementaire.

2016 : Lutchmyparsad Aujayeb quitte l’ICAC. Sir Anerood Jugnauth désigne Kaushik Goburdhun comme le directeur général par intérim. Le MMM invoque les relations familiales entre lui et Roshi Bhadain pour démissionner du comité parlementaire de l’ICAC.

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