Disque de l’année: pourquoi il n’y aura jamais de concours national

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Les chansons de Désiré François (à g.) et d’Adam Levine sont sorties en tête de liste dans les catégories locale et internationale.

Les chansons de Désiré François (à g.) et d’Adam Levine sont sorties en tête de liste dans les catégories locale et internationale.

Le 31 décembre 2000, peu avant minuit, c’est la chanson L’envie d’aimer de Daniel Lévi qui a été primée disque de l’année dans la catégorie occidentale, avec 2 278 voix. Déception pour certains, jubilation pour d’autres. Autour du déjeuner du 1er janvier, ce sera le sujet de conversation.

Aujourd’hui, avec la libéralisation des ondes, il n’y a pas un disque par catégorie mais quatre. Si cette année, Dipain Griyé, Baaton Ko Teri et Locked Away ont mis tout le monde d’accord, identifier le tube préféré des Mauriciens peut être déroutant.

En 2003, par exemple, trois titres avaient été primés dans la catégorie locale : Laparans de Blakayo, Chihuahua de System R et Vanité de Natty Jah. Mieux, en 2008, dans la catégorie occidentale, quatre différents titres avaient été élus sur les quatre radios : Better In Time de Leona Lewis, I’m Yours de Jason M’Raz, Infinity de Guru Josh et Am I Dreaming de Kat De Luna.

Raison pour laquelle certains auditeurs et artistes suggèrent que les radios n’organisent qu’un seul et unique concours. Ces dernières ne veulent, toutefois, pas en entendre parler.

D’abord, pour des raisons commerciales. Le concours du disque de l’année, souvent sponsorisé par les opérateurs de télécoms, représente une manne financière pour les radios. La bande, diffusée toutes les heures pour lister les chansons retenues dans le concours, dure, en moyenne, 4 minutes et 30 secondes.

Or, 15 secondes de pub aux heures de pointe peuvent coûter jusqu’à Rs 70 000 à un annonceur. Montant pour lequel ce dernier n’est évidemment pas facturé, vu qu’il achète beaucoup de temps d’antenne et que le prix de la seconde est négocié à la baisse. Mais au final, cela représente un jackpot pour les radios. Car leur pouvoir de négociation repose sur le fait que le concours offre de la visibilité à l’annonceur et fait exploser ses revenus grâce aux votes par SMS.

Puis il y a la question du positionnement des radios. «Radio Plus, TopFM et Radio One ont chacune une audience particulière qui est positionnée dans un segment particulier du marché», explique Venen Coolen, chef d’antenne de Radio Plus. «Chez nous, nous privilégions du ‘populaire’ à l’état pur. Ailleurs, cela peut être un public plus ciblé. Et chaque segment doit pouvoir élire son titre», avance-t-il, rejetant l’idée d’un concours commun.

Nicolas Adelson, directeur général de Radio One, est lui aussi contre l’organisation d’un tel concours. «Analysez bien les résultats. Oui, les auditeurs des différentes radios élisent souvent une chanson différente à la première place, mais le Top 5, voire le podium, est souvent composé des mêmes chansons. C’est uniquement l’ordre qui change. Un véritable tube trouvera toujours sa place au sommet.»

Marie-Michèle Etienne, ancienne animatrice à la MBC et Radio One, est elle aussi prudente sur la question. «Certains ont proposé une formule à la NRJ Music Awards ou aux Grammy Awards, avec des récompenses par catégories. Ce serait magnifique et je suis pour. Mais en même temps, n’éliminez pas le disque de l’année. C’est un folklore et le public l’attend.»

En 2007 et 2008, Radio Plus avait tenté l’expérience en organisant, en parallèle, les Radio Plus Music Awards et le concours du disque de l’année. Des deux, c’est le disque de l’année qui a survécu.

Dipain Griyé est donc, sans conteste, le tube de l’année 2015 dans la catégorie locale. À Radio Plus, il enregistre même un record avec 13 000 votes d’avance sur le deuxième du classement. Les quatre radios ont presque le même Top 10 (certes pas dans le même ordre) : Dipain Griyé, Zis pou lizié, Friends, Seggae Paradise, Nou pou sirmonté, I love you, Anita My Love, Bicyclette et Monn anvi koné.

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Résultat inédit


Parfois – mais c’est rare –, un titre peut faire l’unanimité dans une catégorie. En 2005, La Tortura, de Shakira, avait été primé disque de l’année par les auditeurs des quatre radios confondues. Fait encore plus exceptionnel : pour la première fois, en 2015, trois des quatre radios ont élu les mêmes chansons dans les trois catégories. On se retrouve ainsi avec les mêmes résultats à la MBC, à Radio One et à RadioPlus.

RADIO PLUS 

Dipain griyé 

Locked Away 

Baaton Ko Teri

TOP FM 

Friends 

Lean On 

Baaton Ko Teri

MBC 

Dipain griyé 

Locked Away 

Baaton Ko Teri

RADIO ONE 

Dipain griyé 

Locked Away 

Baaton Ko Teri


LA PAROLE AUX ARTISTES

Gérard Louis

«Autrefois, ce concours était un événement tant attendu. On pouvait ressentir toute l’émotion qui s’en dégageait. Aujourd’hui, avec les votes par SMS, il est devenu un véritable jeu commercial. Un peu comme aux courses ; sé ki met for gagn for. Le concours a perdu de son charme. Sans compter le fait que le nombre de votes récoltés par l’artiste ne reflète pas forcément les chiffres de vente de son album. Le système doit être revu. Toutes les radios de l’île devraient organiser un concours commun. Il serait également judicieux qu’un unique vote soit attribué par numéro de cellulaire. Quant au comptage des voix, il devrait avoir lieu en présence de plusieurs producteurs et artistes. Ce n’est qu’une fois que ces conditions seront réunies que les artistes pourront célébrer, ensemble, le disque de l’année.»

Mr Love

«Je suis totalement contre le système actuel. Le problème a commencé avec l’arrivée des radios privées. Aujourd’hui, chacun fait à sa manière. Résultat des courses : plus aucune magie autour du concours du disque de l’année. D’ailleurs, il crée la division parmi les artistes. En fait, les propositions de chansons de l’année auraient dû comprendre les titres sortis durant l’année et pas ceux de l’année précédente. Je suggère que la Mauritius Rights Management Society (ex-MASA) gère le concours,en proposant à toutes les radios la même liste des 25 meilleures ventes de l’année. Le vote serait ainsi plus juste.»

Yoan Catherine

«Le concours du disque de l’année a perdu de son essence. Il n’y a aucune structure. Du coup, tout est permis. Sé enn bouyon bred. L’idéal serait, dans un premier temps, de mettre sur pied une véritable structure, qui serait administrée par des personnes suffisamment formées. C’est clair que le but premier du concours est d’élire le titre le plus populaire, mais je pense qu’il devrait également tenir compte de la qualité. Des récompenses pourraient ainsi être attribuées non seulement au chanteur mais également aux arrangeurs de son et aux paroliers. Le but étant d’inciter au professionnalisme et d’encourager les jeunes à faire ce métier. Je ne souhaite qu’une chose : que tout ceci soit réglé cette année.»

Cindia Amerally

«Quand on voit que sa chanson figure dans la liste des propositions, on est super content. Dommage, en revanche, que l’artiste dont le titre a été primé ne soit pas récompensé. Il serait temps de revoir tout ça et de lui décerner, ne serait-ce qu’un Award. Car la production d’un album ou d’une chanson implique un énorme travail.»

Damien Romeo

« Ce concours est devenu commercial. Il est plus que nécessaire d’apporter quelques changements. Les chansons devraient être classées par catégories, mais le plus important c’est que le chanteur de la chanson primée soit récompensé. Ce serait bien que ce concours atteigne un certain niveau et propose aussi des prix ‘découverte’, comme à l’étranger. Il faudrait davantage de contrôle sur ce concours.»

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