Le Pandanus : lorsqu’une interdiction rend créatif

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Les sacs de RDFP sont mis à sécher après impression.

Les sacs de RDFP sont mis à sécher après impression.

Maurice compte abolir les sacs plastiques dans moins de deux semaines. Rodrigues a deux ans d’avance. Le Pandanus, une entreprise spécialisée dans la fabrication de sacs écologiques, pourrait inspirer les sociétés mauriciennes, tant productrices que consommatrices de ces sacs. 

Une alternative aux sacs en plastique. C’est ce que cherchait Rodrigues Duty Free Paradise (RDFP). A la suite des règlements régissant l’utilisation des sacs en plastique à Rodrigues, entrés en vigueur en juin 2014, RDFP, qui opère des boutiques hors taxe à l’aéroport de Plaine Corail, avait lancé un appel d’offre pour l’approvisionnement en sacs «eco-bags». 

C’est Le Pandanus qui a obtenu le contrat. RDFP avait choisi de tendre la main à une entreprise locale, lui permettant ainsi de créer de l’emploi, tout en faisant confiance au savoir-faire rodriguais, au lieu d’allouer le contrat à une entreprise internationale. Et aujourd’hui, les promoteurs de Le Pandanus remercient RDFP pour le soutien qu’il apporte aux entrepreneurs rodriguais, créant ainsi une lueur et un souffle certain pour ceux-là. 

Les matières premières, biodégradables, proviennent de Chine (non wooven fabric). La confection, l’impression et la sérigraphie se font au niveau local. Il faut souligner que Le Pandanus, qui travaille avec d’autres partenaires locaux, est la première entreprise locale à faire des impressions sur sacs. 

Selon les promoteurs, qui détiennent également un permis de Manufacture of handicraft products, il existe un «gros problème», qui freine la créativité à Rodrigues. «La créativité est menacée car les produits rodriguais ne détiennent pas de brevet. Il faut des mesures pour protéger les propriétés intellectuelles d’une personne car la création d’un modèle nécessite pas mal de travail de recherche. Au cas contraire, on passe beaucoup de temps à créer alors qu’après les autres vont copier, inondant ainsi un marché où tout le monde fera la même chose.»

Atteindre le marché international via Internet

Ils soutiennent également que les produits rodriguais devraient être ISO-certifiés pour pouvoir atteindre le marché international à travers l’internet. «Osito ki en klian pas enn koman par en clik of the mouse, nous devrions être en mesure de livrer quelque chose qui soit conforme avec la demande et le choix du client», explique l’un d’eux. 

Les promoteurs trouvent également qu’un autre gros défi guette l’entreprenariat à Rodrigues. Celui du besoin de réinventer ce secteur. Ils pensent que les modèles de produits qui existent aujourd’hui sur le marché sont dépassés. Ils proposent d’adapter de nouveaux produits avec la nouvelle mentalité des touristes, mettant ainsi ces produits au diapason avec les attentes de nos visiteurs. «Il faut repenser la culture d’entreprise à la rodriguaise.» 

En soulignant que les différents organismes qui dispensent des cours de formation se doivent d’être avant-gardistes. «Au cas contraire nous arriverons difficilement à ce que le touriste dépense son argent à Rodrigues. Nos produits doivent être plus attractifs afin que nos visiteurs achètent, permettant ainsi à cet argent de rester dans le circuit économique local», confie un des promoteurs. 

Lui et ses pairs pensent également que les produits locaux deviennent trop chers, donc ne sont pas suffisamment accessibles. Ils expliquent que cela est dû en partie au fait que les matières premières coûtent cher. Ce qui empêche les produits locaux d’être compétitifs sur le marché régional et international.

Autre défi majeur : le finish des produits. «Il y a un gros effort à faire de ce côté. Les matières que nous utilisons le sont à travers le monde. Donc nous devons être capables de faire un produit d’excellente qualité avec un prix compétitif.» 

Manque de support financier gouvernemental

Ils expliquent également l’importance de la sous-traitance. «Si nous avons pour ambition de viser le marché international, nous n’avons pas d’autre choix que d’aller vers la sous-traitance. Mais il est important de choisir des sous-traitants qui soient capables de respecter les contrats et les délais, tout en pratiquant un prix raisonnable. Ceux qui pratiquent des backyard activities doivent être des personnes responsables afin que la chaîne soit respectée car le sous-traitant est tout aussi important dans le processus de production.»


La fabrication des sacs écologiques de Pandanus.

Autre aspect important dans l’entreprenariat : le support financier. «Aujourd’hui il y a de l’avenir dans l’entreprenariat à condition de pouvoir relever tous les défis», dit un de nos interlocuteurs. Avant d’ajouter «qu’il faut arrêter de mettre des bâtons dans les roues en distribuant des permis pick and choose». 

Selon eux, il y a un manque de support financier au niveau gouvernemental. «Dans l’entreprenariat, il n’y a pas de place pour l’appartenance politique. Tout le monde doit être traité sur un pied d’égalité. La plupart du temps, les contrats sont alloués à une catégorie de personnes qui sont ciblées afin de favoriser un selected few.» 

Ils déclarent cependant, après trois ans d’existence, ne pas regretter s’être embarqués dans cette aventure. «Nous avons fait du chemin. Nous sommes reconnus pour la qualité de notre travail et la compétence de nos artisans. Notre parcours était semé d’embuche, ce qui ne nous a pas empêché de progresser.» Ils soutiennent que décrocher et honorer un contrat est un travail de longue haleine et demande beaucoup de discipline et de dur labeur. 

En conclusion, les initiateurs du projet souhaitent que d’autres compagnies emboitent le pas à RDFP, en confiant à des entreprises locales des contrats que le Rodriguais est en mesure d’honorer. «Il faut faire confiance en la capacité des Rodriguais.». 

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