Jean Claude de L’Estrac: «Un lobby médiocratique à la MBC a trouvé son champion politique»

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«Avec Rs 100 millions de déficit chaque année, ils ont raison de se méfier de moi», confie Jean-Claude de L’Estrac.

«Avec Rs 100 millions de déficit chaque année, ils ont raison de se méfier de moi», confie Jean Claude de L’Estrac.

Approché par le gouvernement pour remettre la MBC sur les rails, Jean Claude de L’Estrac n’entend pas attendre éternellement : «Je ne suis pas demandeur», nous lance-t-il des Seychelles.

Vous êtes actuellement aux Seychelles pour la prestation de serment du président James Michel, qui a été réélu sur le fil samedi. Quel est le «mood» qui règne dans l’archipel ?

Un résultat électoral aussi serré provoque naturellement une forte tension. Les Seychelles sont politiquement coupées en deux parties égales. On voyait s’amplifier depuis des mois cette bipolarisation. La mise en ballottage du président Michel a encore accentué le clivage. Cela ne va pas être simple à gérer. Mais jusqu’ici, les chefs de l’opposition et les électeurs font montre de maturité et de grande retenue.

Alors que le gouvernement réitère sa volonté de réformer le système électoral mauricien, quelles leçons pouvons-nous tirer de l’expérience seychelloise ?

Je suis plein d’admiration pour le comportement électoral des Seychellois. Ici, pas de gesticulations inutiles, pas de manifestations intempestives, pas de bases, pas d’agents à «gratter» les électeurs, pas de transport gratuit, et pourtant plus de 90 % de participation. La discipline, c’est ce que nous devons apprendre des Seychellois.

Question plus personnelle. Comment réagissez-vous face au lobby à l’intérieur de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) contre votre désignation au poste de directeur général ?

Je ne suis pas étonné de la réaction de ces médiocres qui s’engraissent avec l’argent des contribuables. Rs 100 millions de déficit chaque année ; ils ont raison de se méfier. Ce qui me choque, c’est qu’ils trouvent l’écoute de certains dirigeants politiques. Une nouvelle preuve en est faite : il y a sur ce sujet, comme sur bien d’autres, au sein de ce gouvernement, une lutte incessante entre les modernistes et les conservateurs, des conservateurs de la pire espèce.

Comment accueillez-vous la déclaration de sir Anerood Jugnauth (SAJ) selon laquelle il ne vous a pas choisi ?

La mémoire de SAJ chancelle. Les choses se sont passées autrement.

C’est Roshi Bhadain, en sa capacité de ministre de la Communication, qui a fixé un rendez-vous avec le Premier ministre. L’objectif était d’obtenir son accord à ma nomination. La MBC Act prévoit que si c’est le ministre de la Communication qui nomme le directeur général, il le fait «after consultation» avec le Premier ministre. La consultation n’a pas duré cinq minutes. SAJ a immédiatement donné son accord, mais en demandant à son ministre de rechercher le soutien de ses partenaires du gouvernement ; il a précisé Xavier-Luc Duval et Ivan Collendavelloo.

Deux heures après la rencontre avec le Premier ministre, le ministre Bhadain était en mesure de me confirmer l’accord de tous. Depuis, j’ai reçu la proposition de contrat, mes conditions ayant été acceptées, autonomie de gestion, service public «independent and impartial», comme l’exige la loi.

Si les leaders politiques ont dit oui, on comprend mal pourquoi ça bloque. Pour réformer des institutions, telles que la MBC, ne nous faut-il pas une bonne dose de courage politique ?

Pourquoi ça bloque, je n’en sais rien. Il paraît qu’un lobby sectaire et médiocratique a trouvé son champion politique.

Jusqu’à quand comptez-vous attendre pour un dénouement concernant la MBC ?

Jusqu’à la fin de l’année… après on n’en parlera plus. J’avais rêvé, pour le bien de ce pays, sortir la MBC du Moyen Âge audiovisuel.

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