Richard Joseph aide des jeunes filles à atteindre leur but

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Ce quadragénaire qui est né et a grandi à la cité EDC à Rivière-Noire n’a pas toujours été jardinier. Ayant eu une scolarité courte, Richard Joseph a prêté main-forte à son père qui était laboureur avant de se faire embaucher dans la section alimentation d’eau salée dans une des salines de la région. Il y serait sans doute encore s’il n’avait eu un nouveau patron qu’il décrit comme «enn bourzwa ki ti dan sasé. Ler li rant dan salines, li pli koné ki ou. Plito ki gagn problem, monn prefer arété». Et comme il est un amoureux des plantes, il s’est fait jardinier, travaillant pour des particuliers.

Le football a toujours été pour lui plus qu’un sport. C’est la passion de sa vie. Il le pratique depuis l’âge de huit ans. À l’adolescence, il a intégré l’école de football de Jean-Yves L’Enflé où il est resté quelques années avant d’être recruté dans l’équipe junior des Sunrise qui s’entraînait au Champ de Mars. Malgré la distance, il s’est rarement absenté des entraînements. Après quoi, il s’est rallié à l’Olympique de l’Ouest où il a évolué comme avant-centre. Il décide ensuite de devenir entraîneur. «Mo ti anvi partaz mo lamour pou spor avek bann zenes.»

Observateur, il se rend compte que les filles de la cité EDC et d’autres régions de l’ouest de l’île sont confrontées à une absence de loisirs. L’oisiveté étant la mère de tous les vices, il veut leur éviter les sentiers de la perdition. «Tou kalité ena, a komansé par lalkolisme.» Il fait alors du porte-à-porte et propose aux parents d’entraîner leurs filles au football féminin qui démarre tout juste. «Monn dir bann paran ki mo pou entrenn zot tifi e ki ant 16 ek 18 er, zot pou anba mo responsabiliyté. Mé aprè, mo pa rant dan zot la vi privé.» Sa proposition rencontre un intérêt certain. C’est alors qu’il monte l’équipe des Blackbirds, qui regroupe 18 filles. Il les entraîne trois fois la semaine sur le terrain de football de l’école du gouvernement de Rivière-Noire.

«Mo ena l’amour pou ça. On dirait ou finn plant enn pied ek ou bizin aroz li sinon li pou mor.»

Cet entraînement intensif porte ses fruits puisque les Blackbirds grimpent en deuxième division du championnat féminin. Mais au bout d’un certain temps, les filles fondent une famille et le football est alors relégué. Richard Joseph ne s’est pas découragé puisqu’il a monté une deuxième équipe portant la même appellation et qui comprend 25 filles de 17 à 36 ans. Elles viennent de la région de Bambous jusqu’au Morne. Les deux seules rescapées de la première équipe Blackbirds sont sa soeur Julietta Albert et Luidina André. Cette dernière a même été admise dans la sélection mauricienne et a défendu les couleurs du football féminin mauricien à La Réunion.

Entraîner les filles demande beaucoup de patience, dit-il. «Bann garçons konn sport la e ler ou koze, zot konpran tout de suite. Tifi ou bisin explik boukou parski zot kontan badine. Me au moins zot, zot pas zoure kouma garçons».

Richard Joseph ne prend pas un sou pour cet encadrement qu’il prodigue et qui s’est avéré payant puisqu’en 2012, les Blackbirds ont été les championnes de la deuxième division et se sont hissées en première division. «Mo ena l’amour pou ça. On dirait ou finn plant enn pied ek ou bizin aroz li sinon li pou mor.» Lors du dernier championnat, son équipe a pris la troisième place au classement général de la première division. Son objectif désormais est de leur faire remporter le championnat qui devrait, selon toutes probabilités, démarrer en janvier 2016.

«Nou pou kontinie. Nou pa pou les tombé…»

Les Blackbirds et leur entraîneur ont très peu de moyens. «Sé vré, nou péna boukou soutyen. Dan lé pasé, nou finn gagn impé soulyé, ékipman ek transpor avek Mauritius Professionnal Football League. La Balise Marina inn donn nou enn seri trico, sirvetman ek sink boul. Ek Maya Hanoomanjee ti donn 18 per soulyé ler li ti ankor dépité. Sinon sakenn pey so transpor pou vinn lantrenman ek asté so bann zafer sélon so moyen.»

Luidina André qui assiste à l’entretien en compagnie de Julietta Albert déclare en riant qu’elles ne peuvent se permettre des chaussures de marque. «Nou asté bann soulié ki enn kout baté, li fini ouver.». Leur entraîneur se transforme alors en cordonnier. «Richard koud so soulyé ek nou soulyé tou.»

Richard Joseph raconte avoir maintes fois demandé aux différents ministres des Sports qui se sont succédés de lui procurer un bon terrain pour que ses ‘filles’ puissent s’entraîner ou encore des équipements de qualité. «Sak foi zot inn dir oui zot pou aidé. Apré zot alé, zot al net. Sa vé dir pou zot, Rivière- Noire li lakampagn ek ki nou pou touzour res dan trou noir nou.»

Malgré des périodes d’abattement et de découragement «parski nou lekip mizer ek ki nou mank enn ta zafer, nou pou kontinie. Nou pa pou les tombé…»

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