Pov simplifie l’affaire BAI «pour les couillons»

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«Du conte de fées aux comptes défaits.» Bien malin celui qui pourrait résumer la nébuleuse «Affaire BAI» afin de vulgariser ce scandale politico-financier. Avec cet objectif en ligne de mire, William Rasoanaivo, ou POV, a relevé ce défi avec brio, en s’inspirant de personnages réels et irréels, dont la fée Fizette qui accomplit bien des miracles…

Pov, mais qui sont les «couillons» de l’affaire BAI ?
Nous sommes tous un peu couillons dans cette affaire BAI. Personne n’arrive à bien saisir les contours de cette histoire. C’est vrai que les «couillons» ont été décrétés par le ministre des Finances, c’est-à-dire tous les crédules qui ont cru aux promesses injustifiables de la BAI et qui y ont investi leurs économies. Mais le gouvernement lui-même ne s’en sort pas, donc il n’est pas plus malin qu’il voudrait être, paraître…

… Ils ne sont pas si «couillons» ces «crédules» car ils seront, au final, remboursés par TOUS les contribuables, dont vous et moi.
Oui, en fin de compte, ils s’en sont bien sortis, le gouvernement ayant choisi de les couvrir plutôt que de les voir sur la paille. En fait, c’est un peu pour cela que nous avons créé le personnage de la fée Fizette, pour régler nos soucis et qui nous fait paraître plus intelligents que nous le sommes. Fizette accomplit des miracles – un terme qu’affectionne particulièrement ce gouvernement…

Pourquoi ne pas proposer les services de Fizette à ce gouvernement qui semble avoir quelques difficultés à tenir toutes ses promesses ?
Je pense que Fizette travaille déjà pour le gouvernement mais en freelance. Ce qui lui permet de travailler sur certains dossiers, mais de rester absent sur bien d’autres. Il faut reconnaître que ce gouvernement tient certaines promesses. Le tableau n’est pas noir partout.

Pour comprendre le groupe BAI, qui est avant tout l’oeuvre d’un homme, il faut suivre le parcours de Dawood Rawat…
Je me suis nourri de réflexions et de connaissances d’autres personnes qui suivent l’affaire sur une base quasi quotidienne. Je ne suis pas mieux informé que le citoyen lambda. Réaliser cette BD m’a permis de comprendre un peu plus, pas beaucoup plus, ce qui se trame dans le monde des affaires, de la politique et de la haute finance… Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Dawood Rawat reste un personnage hors norme, intéressant et passionnant. Il a commencé à travailler dès son plus jeune âge, en aidant son père à opérer une salle de cinéma. Puis il est devenu agent d’assurance, sillonnant l’île sur une moto pour vendre des polices à des villageois.

Et au bout de 40 ans de travail, il a construit une maison colossale : la plus grosse firme d’assurances du pays, le réseau de vendeurs de polices d’assurance le plus efficace du pays. Pour être exact, BAI est devenu le 7e groupe le plus important du pays, son chiffre d’affaires ayant atteint Rs 9,9 milliards. Le profit déclaré est, lui, de Rs 309 millions.

C’est, en effet, un cocktail pimenté qui mélange l’argent, la politique, les institutions et les «people». Est-ce pour cela qu’il a fait couler autant d’encre dans les médias ?
Cette histoire ferait rêver n’importe quel scénariste ; l’histoire de Rawat évoque le rêve américain à Maurice. Et nous ne sommes pas dans la fiction. Ce qui s’est passé est bel et bien réel, même si l’histoire prend des allures de conte de fées par moments pour finir, du moins pour l’instant, en eau de boudin. Attention, on le répète : l’histoire n’est pas finie. D’ailleurs, la dernière planche porte l’inscription : «FIN (pour le moment).» Les rebondissements sont loin d’être finis. L’affaire est devant la justice et il y a bien d’autres aspects qui n’ont pas pu être abordés. On est resté sur les faits dans la BD et on est resté loin des interprétations partisanes : les allégations de vendetta politique, etc., par exemple… On a choisi de ne pas s’y aventurer.

Mais l’empire BAI malgré son chiffre d’affaires impressionnant, était davantage «un colosse aux pieds d’argile» avec, d’ailleurs, une profitabilité minimaliste… Dans ce cas, pourquoi l’affaire n’éclate que le 2 avril 2015, alors que l’on en parle depuis des années ?
Le catalyseur est l’accession au pouvoir de sir Anerood Jugnauth, le rival de Navin Ramgoolam. La chute de l’empire BAI commence dès le changement de régime politique. D’ailleurs, Dawood Rawat met les voiles, sans se faire remarquer et une fois sa Légion d’honneur obtenue de l’ambassade de France. À Paris, il se sent en sécurité, malgré la menace terroriste. Et puis, la BAI a bénéficié du radar complaisant de l’autorité régulatrice, la Financial Services Commission : la BAI réinvestit jusqu’à 85 % de son portefeuille d’assureur dans ses propres investissements. Pas de pot, la plupart de ces investissements rapportent peu ou pas.

Pour compenser les insuffisances de cash-flow, la BAI lance un «produit» redoutable, le Super Cash Back Gold (SCBG), qui offre des intérêts largement supérieurs à ceux du marché. Le but étant à la fois d’attirer les clients et de les inciter au renouvellement systématique. Pour les Profits et Pertes, les réévaluations d’actifs seront extrêmement utiles, mais dépendent de ce que le groupe continue de flotter. Or, le 2 avril 2015, la licence bancaire de la Bramer Bank est enlevée au motif d’une crise de liquidités en l’absence de capitaux frais exigés…

Vous racontez l’affaire BAI en prenant une certaine liberté et avec beaucoup de poésie. La BD se prête-t-elle au récit d’une affaire politico-financière aussi compliquée ?
Les gens pensent, à tort, que la BD vise à distraire les petits et qu’il ne s’agit que de ti-comics. Mais ce n’est pas vrai. Cela fait un bout de temps que cette conception a évolué. La BD traite de tout aujourd’hui, tout en ayant l’avantage d’offrir des images et de raconter, presque cinématographiquement et avec simplicité, des histoires compliquées que l’on a du mal à saisir. À l’instar de l’affaire financière Clearstream, en France, qui est devenue une des BD les plus populaires.

Demandez à des gens, dans la rue, ce qu’ils pensent de l’affaire BAI. Vous aurez à chaque fois droit à un froncement de sourcils. Chacun a sa perspective. Le gouvernement a la sienne. Les Rawat ont la leur. Moi, en tant que journaliste et caricaturiste évoluant dans un groupe de presse, entouré de journalistes, j’ai la mienne. Mais pour comprendre, en profondeur, l’affaire BAI, il faudrait tout un manuel qui ferait des milliers de pages, bref assez épais pour assommer.

C’est votre troisième BD. Quels sont les points de convergence entre la BD et le dessin de presse ?
Cette BD est avant tout un travail journalistique réalisé au sein de la rédaction de l’express et qui traite des sujets actuels. D’autres personnes, à différents niveaux, sont impliquées dans les recherches et le brainstorming. Et je peux vous dire que c’est un exercice qui requiert beaucoup de longanimité (ce qui signifie être patient dans la patience !). Les faits et les chiffres sont authentiques, mais les nombreuses zones d’ombre de l’affaire nous permettent de fantasmer, d’imaginer un conte de Noël en version mauricienne et d’émettre quelques hypothèses… La BD reste très proche de la caricature de presse, que ce soit dans l’esprit ou dans la réalisation. Je ressens l’urgence dans la narration du dessin au quotidien. Je ressens la même chose pour cette BD, car les choses évoluent à une vitesse folle. La vérité du jour est faussée par les réalités du lendemain…

Que réservez-vous à vos fans pour 2016 ?
Une bonne dose d’humour qui pousse tout de même à la réflexion. Et pourquoi pas agir là où il faut afin d’essayer de faire une différence… Bonne année et vive la liberté de la presse !


NOUVELLE BANDE DESSINÉE

Suivez la fée Fizette pour découvrir l’affaire BAI, version Noël. Un peu comme le Super Cash Back Gold, qui rapporte de l’argent miraculeusement, cette histoire a un côté magique. Monsieur Cendrillon devient grand patron et chevalier de France. Il se marie et a beaucoup d’enfants et de petits-enfants qui n’ont, toutefois, pas le droit de quitter le pays. Triste Noël séparé des siens… Hélas ! Les mauvais comptes font de bons ennemis. Et loin d’être dans leurs petits souliers, les protagonistes de cette histoire viennent avec leurs grands sabots, pour prendre les «rênes» d’un château désormais en ruines. La BD sera très bientôt disponible !

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