Marie-Danielle et Vincent Chamary: Donner l’exemple aux enfants

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De Ste-Croix au pays de Galles, en passant par Bristol et Nantes, ils ont fait du chemin, étudiant sans relâche «pour ne pas régresser». Un amour pour les études qu’ils ont transmis à leurs trois enfants.

Les enfants calquent généralement leurs pas sur ceux de leurs parents. C’est le cas chez les Chamary. Marie-Danielle et Vincent Chamary, originaires de Maurice, sont aujourd’hui respectivement professeure d’université et consultant en chirurgie abdominale et digestive par coelioscopie au pays de Galles. Leur fils Jean Vincent, biologiste de formation, est aussi journaliste-écrivain, et ses soeurs Nathalie et Stéphanie respectivement dentiste et médecin. Récit d’une émulation réussie.

Marie-Danielle enseigne à mi-temps à l’université de Cardiff alors que Vincent est chirurgien à Newport. Les deux ont passé leur enfance et leur adolescence à Ste-Croix. Vincent vient d’un milieu plus modeste que Marie-Danielle. Sa mère était institutrice tandis que son père a longtemps été mécanicien chez Doger de Spéville à la rue Edith Cavell, Port-Louis. Il a terminé sa carrière comme responsable de la formation mécanique dans cette défunte compagnie rebaptisée ASAS.

Quant à Marie-Danielle, son père tenait un petit commerce et sa mère était une couturière accomplie. Ils avaient sept enfants à élever et à nourrir, à une époque où la scolarité était payante. Marie-Danielle a donc souvent vu sa mère prendre des commandes et coudre jusqu’à fort tard. Celle-ci répétait d’ailleurs à ses enfants que l’on s’en sort dans la vie avec une bonne éducation et une solide instruction.

À la fin du cycle primaire et au vu de ses résultats, Marie-Danielle aurait pu aller au Queen Elizabeth College. Mais sa mère a préféré qu’elle aille au Couvent de Lorette de Port-Louis, en raison des valeurs religieuses et morales propres à l’éducation confessionnelle.

De son côté, Vincent savait que sa famille n’aurait pas les moyens de lui payer des études supérieures à l’étranger. Or, lui rêvait d’être médecin. Il a donc mis les bouchées doubles et à la fin du primaire, il a été admis au collège Royal de Port-Louis.

Étant tous deux chrétiens et profondément croyants, ils ont fréquenté des mouvements d’Église, notamment la Légion de Marie. C’est d’ailleurs là qu’ils se sont rencontrés pour la première fois et où ils se sont ensuite régulièrement retrouvés.

En 1976, Vincent décroche la bourse d’Angleterre et part étudier la médecine à l’université de Bristol, avec qui le gouvernement mauricien entretient des liens étroits. De son côté, Marie-Danielle intègre le Mauritius Institute of Education où elle décroche son diplôme d’enseignante. Comme elle a un frère et une soeur à Nantes en France, elle décide d’y aller poursuivre des études supérieures en lettres modernes. Vincent et elle se retrouvent durant les vacances universitaires, soit à Bristol, soit à Nantes.

Ils se marient en France presque trois ans après avoir quitté Maurice. Marie-Danielle s’installe à Bristol mais n’abandonne pas ses études pour autant. Une fois par mois, elle se rend en France pour rencontrer son directeur de mémoire. Elle fait un doctorat en lettres modernes. Sa thèse porte sur les femmes dans la littérature mauricienne.

«IL FAUDRAIT CRÉER LES CONDITIONS FAVORABLES POUR QUE LES ANCIENS LAURÉATS PUISSENT REVENIR.»

«J’ai choisi ce thème car j’avais une grande admiration pour Colette. De plus, Marie-Thérèse Humbert venait de faire sensation avec son livre intitulé À l’autre bout de moi. J’ai aussi pris l’exemple de Marcelle Lagesse pour montrer que la littérature féminine mauricienne était négligée à l’époque.»

Leur fils Jean Vincent naît fin 1979. Et quand Vincent termine ses études de médecine générale en 1982, il est appelé à effectuer de nombreux déplacements à travers la Grande-Bretagne. Son épouse et son fils le suivent avec armes et bagages.

Le couple a deux autres enfants, Nathalie et Stéphanie. Vincent et Marie-Danielle tiennent à enseigner le kreol à leurs enfants car ils veulent que ces derniers puissent communiquer avec la famille vivant à Maurice et qu’ils ne soient pas étrangers à la culture mauricienne.

Pour offrir plus de stabilité aux enfants, le couple pose ses valises dans la ville anglaise d’Exeter. Marie- Danielle enseigne à plein-temps à l’université de cette ville et Vincent poursuit sa spécialisation en chirurgie abdominale et digestive. Leurs enfants les voient constamment en train d’étudier, «une nécessité pour ne pas régresser», précise Vincent. De ce fait, Jean Vincent, Nathalie et Stéphanie développent eux aussi un amour pour les études. Si les trois sont passionnés de science comme leur père, ils apprécient aussi les langues étrangères.

Jean Vincent étudie la biologie à l’Imperial College de Londres et obtient un doctorat en évolution moléculaire et génétique auprès de l’université de Bath. Ayant décroché une prestigieuse bourse de recherche de trois ans en Suisse, il n’en fait que deux avant de regagner le Royaume-Uni. Maniant bien la plume, il est embauché comme Features Editor pour le magazine scientifique Focus de la British Broadcasting Corporation.

Depuis peu, il s’est mis en freelance, animant un blog sur la science pour Forbes. Quercus, le partenaire anglais des éditions Hachette qui publie la série intitulée 50 IdeasYou Really Need to Know, lui a commandité un de ces livres sur la biologie et il s’y est attelé. L’ouvrage, destiné aux adultes de tout âge et portant la signature JV Chamary, a paru et fait la fierté des parents de l’auteur. «Nous sommes extrêmement fiers de lui. Il a abandonné une bourse prestigieuse qui lui aurait garanti un avenir confortable pour suivre ses convictions et être journaliste, bloggeur et écrivain.» Jean Vincent Chamary travaille déjà sur un second livre destiné à expliquer les grands développements technologiques et scientifiques en se basant sur les super-héros tels que Superman.

Les Chamary ne sont pas moins admiratifs de leurs deux filles. Nathalie est aujourd’hui chirurgien-dentiste à Newquay, en Cornouailles. Elle n’a pas oublié ses racines mauriciennes car elle s’est mariée à Maurice avec un Anglais. Quant à la benjamine Stéphanie, elle vient tout juste de terminer ses études de médecine à l’University College de Londres et a commencé ses deux premières années d’internat avant de choisir une spécialité.

Si Marie-Danielle n’a plus ses parents, Vincent a toujours son père qui est âgé. De ce fait, ils essaient de venir le plus régulièrement possible à Maurice et s’installent toujours à Ste-Croix dans la maison qu’occupaient autrefois les parents de Marie- Danielle. «C’est à Ste-Croix que nous nous sommes rencontrés. Et puis, le Père Laval nous retient là.»

En tant qu’ancien lauréat de la bourse d’Angleterre, Vincent a voulu rentrer pour mettre ses compétences au service du pays. Il a contacté le ministère de la Santé. Mais il a fini par comprendre avec tristesse que cela n’intéressait pas l’institution.

«On entend souvent dire que les lauréats sont ingrats et ne reviennent pas au pays. Ou encore on parle d’exode de cerveaux mais il faut donner l’occasion aux anciens lauréats de rentrer travailler à Maurice. Au lieu d’ignorer toute l’expérience qu’ils ont acquise durant de nombreuses années et leur demander de recommencer à zéro, il faudrait plutôt créer les conditions favorables pour qu’ils puissent revenir mettre leur expertise au service du pays. Autrement, ils feront leur avenir ailleurs.»

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