A la tête du GM: sir Anerood défend son bilan

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Le Premier ministre sir Anerood Jugnauth fera, aujourd’hui, vendredi 18 décembre, son bilan en direct. Il parlera  essentiellement de ses réalisations et des projets en cours ou annoncés, afin de «nettoyer» le pays et les institutions peuplées par les hommes de l’ancien régime, de sa vision économique en général et de son plan d’action pour faire «revenir» les investisseurs et «relancer» l’emploi. Mais même s’il n’en parlera pas, son bilan comprend aussi des promesses non tenues et quelques manquements. Tour d’horizon.

Des faux pas

«J’ai été surpris d’apprendre qu’il était un Attendant, qu’il était le président de la Fédération  tamoule et qu’il faisait face à une motion de blâme…?» Sir Anerood a ainsi qualifié Menon Murday, qui avait été cité comme le futur vice-président de la République. Il semblerait qu’il ait été mal renseigné… en tout cas, c’est ce que Pravind Jugnauth a déclaré quelques jours plus tard pour rectifier le tir. Lors de son discours sur l’Economic Mission Statement, le Premier ministre avait également été «mal renseigné»  lorsqu'il a indiqué que la croissance tournait autour de 3 %. Les économistes devaient  eux parler de 4,2 %. L’on se souvient aussi du«bous to lagel» lancé à l’égard de Rajesh Bhagwan au Parlement, le 20 octobre. Pour  ensuite s'excuser.

Les 12 commandements

  • Gouverner pour le peuple et pas pour les petits copains. Créer un comité pour mettre fin aux nominations inadaptées

Le comité n’a pas encore été créé. En attendant, les recrutements des proches des ministres dans des corps parapublics font jaser (Vijaya Sumputh, etc.).

  • Réduire le gaspillage

Un comité ministériel a été créé au sein du ministère de la bonne gouvernance pour faire le suivi des gaspillages.

  • Combattre la pauvreté et construire des logements décents

La pension de vieillesse a été augmentée. Les 1 054 squatters auront une maison alors que d’autres seront régularisés. En avril, la NHDC a débuté des travaux pour de nouveaux appartements dans le Sud.

  • Créer des emplois

L’ambition était, selon l’Economic Mission Statement, de créer 100 000 emplois d’ici 2019. Il faudra donc 20 000 nouveaux postes par an. Or, selon Statistics Mauritius, 5 100 postes seront créés cette année (contre 9 200 en moyenne de 2006 à 2014). Mercredi, sir Anerood a déclaré que Statistics Mauritius a fait une erreur.

  • N’avoir aucune tolérance envers la criminalité et instaurer une commission d’enquête sur la drogue

Le syndicat de la police se fait attendre. La commission d’enquête, quant à elle, siège déjà.

  • Mettre fin à la «braderie» des terres de l’État et protéger notre patrimoine

Le gouvernement a récupéré des terrains (Jin Fei, Neo Town, etc.). Cependant, la construction d’un hôtel à La Cambuse, autorisée par le gouvernement, fait l’objet d’une contestation.

  • Lutter contre la corruption

Plusieurs enquêtes ont été menées sur des contrats alloués sous l’ancien gouvernement, mais la commission anticorruption est toujours dirigée par des nominés politiques. Le Good Governance and Integrity Reporting Bill a été voté pour combattre les crimes financiers.

  • Lancer des pôles de développement et un second miracle économique

Le gouvernement a annoncé l’aménagement de huit smart cities et cinq technopoles. Quelques sociétés avaient commencé leur projet avant l’annonce du gouvernement. En revanche, les nouveaux chantiers ne sont pas encore ouverts.

  • Établir un code de conduite pour les ministres et organiser un référendum quand c’est nécessaire

Il n’y a pas de code de conduite pour les  ministres. Le PTr avait proposé un référendum avant l’amendement de la Constitution et pour le Good Governance and Integrity Reporting Bill, le gouvernement a rejeté l’idée.

  • Voter une loi anti-transfuge et établir un nombre de séances parlementaires obligatoires par an

Ce nombre n’a pas été établi même si le Parlement a siégé beaucoup plus cette année qu’en 2014. Il n’y a pas de loi anti-transfuge.  En revanche, la retransmission en direct des débats parlementaires est sur la bonne voie.

  • Réformer la MBC, organiser des débats télévisés et introduire la télé privée

La MBC n’a pas connu d’amélioration comparée aux années de Navin Ramgoolam. Elle n’a pas de directeur général. Elle organise des débats, parfois à la va-vite, mais l’opposition ne souhaite plus y participer. La télé privée se fait, elle, attendre comme jamais auparavant.

  • Libérer l’info

La Freedom of Information Act se fait attendre.Une conseillère de la Maison-Blanche était récemment à Maurice pour discuter de ce dossier avec le gouvernement. Reste à souhaiter que Port-Louis se laisse gagner par ce concept d’open government… En attendant, pour sa conférence de presse d’aujourd’hui, seules la MBC et les trois radios privées y ont été conviées, frustrant le reste de la presse, qui se voit dans l’incapacité à interroger le Premier ministre sur ses promesses et réalisations.

Les 12 promesses

Le nettoyeur

S’il y a eu une promesse que sir Anerood n’a pas manquée, c’est de «nettoyer le pays». Il avait même promis que l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam allait être arrêté.

Dès qu’il a pris le pouvoir, la police a rouvert le dossier sur le vol survenu au campement de Navin Ramgolam à Roches- Noires. La perquisition de sa maison a amené à la découverte de Rs 220 millions. D’autres enquêtes ont poussé la police à inculper l’ancien Premier ministre sous plusieurs charges.

Plusieurs anciens ministres ont également été interrogés par la police. Parmi eux, Abu Kasenally et Rajesh Jeetah. De son côté, l’ancien ministre Anil Bachoo a été arrêté à la suite de l’enquête sur l’allocation des contrats par la National Development Unit. Vikram Bhunjun, le directeur de Betamax, devait aussi être inculpé pour le contrat alloué à sa compagnie afin de transporter du carburant à Maurice.

Par ailleurs, le gouvernement a été intransigeant quand il a fallu récupérer des terres de Jin Fei et de Neo Town. Des lopins de terre accordés à des proches de l’ancien régime ont aussi été repris. À Trou-aux-Biches, le pandit Sungkur a dû fermer son restaurant construit sur la plage publique.

Plusieurs voyages

L’âge n’empêche pas sir Anerood de voyager. Il s’est rendu à Londres en juillet pour une  visite privée. À New York en septembre, il a participé à l’assemblée générale des Nations unies. Le mois suivant, il est allé à Rodrigues célébrer la fête de l’Autonomie. Quelques semaines plus tard, il a mis le cap sur New Delhi afin de participer au troisième Sommet Inde Afrique. Le mois dernier, il est parti pour Dubaï rencontrer des investisseurs. Il s’est ensuite envolé pour Malte dans le cadre du Sommet des chefs d’État et de gouvernement du Commonwealth.

Son franc-parler

Le franc-parler de sir Anerood Jugnauth est devenu sa marque de fabrique. Il ne passe pas par quatre chemins pour dire le fond de sa pensée, souvent précédé d’un «Eoula» sonore. C’est ainsi qu’il a déclaré que les députés qui ne soutiendraient pas le Good Governance and Integrity Reporting Bill pourraient quitter son gouvernement. Les contestataires sont vite rentrés dans les rangs. C’est également lui qui décide quel ministre peut voyager. C’est ce qu’il a répondu quant à l’absence du ministre des Affaires étrangères Étienne Sinatambou du Sommet Inde-Afrique. Mardi, il n’a pas hésité à demander au secteur privé et à ses ministres d’être plus actifs pour créer de l’emploi avant que le public l’insulte. «Si vos projets tardent, appelez les ministres», a-t-il lancé aux investisseurs. Par ailleurs, il ne cherche pas la popularité contrairement à son prédécesseur. Point de bain de foule lors de ses sorties publiques.

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