Arvind Issur, Managing Director de Toyota (Mauritius): «Les mesures incitatives sur les véhicules hybrides pas suffisantes»

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Toyota (Mauritius) se lance dans la vente de voitures «reconditioned» (remises à neuf). Qu’est qui a motivé ce choix ?

Il y a quatre ans on s’était lancé sur le marché des voitures remises à neuf. À l’époque, on avait vendu 100 véhicules. Aujourd’hui, un grand nombre de clients nous demandent d’importer des voitures remises à neuf du Japon.

Dans la gamme de voitures Toyota que nous représentons, les véhicules neufs se vendent à partir de Rs 850 000. Or, nous avons remarqué que nombreux sont nos clients à vouloir acheter des voitures valant moins de Rs 850 000. Du coup, nous avons pensé qu’il y a là un créneau à développer, qui est celui des «used cars» (voitures d’occasion) en provenance du Japon.

Cette année, nous avons aménagé un petit showroom et un parking pour 50 véhicules sur une superficie d’environ 2 000 m2. Nous avons investi Rs 7 millions dans le «Toyota Used Car Department» qui sera lancé à la mi-janvier avec, dans un premier temps, 25 véhicules importés du Japon.

Un des avantages qu’aura le client, c’est qu’il pourra vérifier son véhicule. Grâce à un ascenseur pour voiture qui sera disponible, le client pourra constater de visu les conditions de la voiture commandée. Il pourra ainsi faire son choix.

Le marché de l’automobile connaît «une régression sans précédent». Selon les chiffres compilés par la Motor Vehicles Dealers Association, les ventes ont connu une chute de 40 % en comparaison avec l’an dernier. Des licenciements sont prévus dans le secteur. Où Toyota se situe-t-il aujourd’hui, d’autant plus que selon les chiffres, il a également subi une baisse ?

Le marché de l’automobile, de janvier à novembre de cette année, a certes connu une baisse d’environ 9 % par rapport à la même période l’année dernière, du moins en ce qui concerne Toyota, avec des ventes totales estimées à environ 1 600 unités (ventes plus ou moins similaires à l’année dernière). Nous allons donc nous retrouver avec une part de marché supérieure à celle de l’année dernière, soit 19 % contre 17 %. Il est donc évident que chez nous la question de licenciements ne se pose pas avec pareille performance.

À quel moment dans la durée de vie d’une voiture, elle est classée dans la catégorie des voitures «reconditioned»?

Ce sont les autorités qui contrôlent les importations. Selon les règlements du gouvernement, une voiture remise à neuf doit avoir 18 mois ou 48 mois pour être classifiée comme «reconditioned». Si elle a moins de 18 mois ou plus de 48 mois, on n’obtient pas le permis. Comme on fait partie du Groupe Toyota, on a l’avantage d’importer d’une filiale de Toyota.

Il y a sûrement eu un phénomène de marché assez important pour inciter un concessionnaire aussi  conservateur que Toyota à se tourner vers la filière des voitures remises à neuf…

Il y a la demande qui est venue de nos clients et c’est un grand potentiel  à exploiter si nous voulons que la compagnie enregistre une croissance. Mais il faut savoir que le core business de Toyota Mauritius restera le neuf. Celui de vendre les voitures neuves de la maison mère du Japon. La demande pour les véhicules de moins de Rs 500 000- Rs 600 000 existe. C’est pourquoi nous entrons dans ce créneau-là.

On connaît le profil de la clientèle traditionnelle de Toyota. Le recours aux voitures remises à neuf ne risque-t-il pas de chambouler le marché ?

Pas dans le cas de Toyota Mauritius. Si quelqu’un n’a pas le budget requis pour une voiture neuve, on le dirige vers le «reconditioned» qui débute à Rs 500 000. Nous allons traiter le client de la même façon ; il aura le même service. Nous ne faisons pas de distinction entre les catégories reconditioned et neuve. Nous ne voulons pas de cette démarcation. Le client est considéré comme un client de Toyota. Et même si quelqu’un achète son véhicule ailleurs, il bénéficie du même traitement quand il vient chez nous.

Quelles sont justement les perspectives de la filière des voitures remises à neuf à Maurice ?

La compagnie veut avoir une petite part du marché dans le used car business. On s’est fixé pour objectif de vendre 200 véhicules l’année prochaine. On note déjà qu’il y aura la possibilité de vendre davantage de used cars l’année prochaine. Les autres concessionnaires de voitures remises à neuf vendront 8 000 véhicules cette année. Et comme nous allons nous aussi tenter de pénétrer ce marché, il nous faudra nous différencier de cette quarantaine de concessionnaires qui importent des voitures remises à neuf. Nous voulons surtout faire la différence sur la qualité de notre service après-vente. Nous allons donner des garanties d’un an sur tous les véhicules remis à neuf alors que la loi recommande un délai de six mois.

Le marché des voitures remises à neuf ne constituerait- il pas, pour certains pays, une stratégie visant à se débarrasser d’un certain type de voitures sur le marché des pays en développement ?

À Maurice, l’importation des véhicules remis à neuf est très bien contrôlée par les autorités. Si on parle d’une voiture de 10 ans qui a beaucoup circulé au Japon et dont on viendrait se débarrasser à Maurice, là je dirai oui. Mais comme je l’ai précisé plus tôt, l’âge est très bien contrôlé – entre 18 et 48 mois. La voiture qui débarque à Maurice est plus ou moins bien entretenue.

Les gens peuvent s’en servir pendant 5 ans au maximum. Je ne pense pas que ce soit du dumping à Maurice. Dans les autres pays, probablement, oui. Il faut savoir que l’âge du véhicule fait la différence. Même le prix est assez élevé. Il faut également tenir compte la catégorie. La catégorie autorisée à Maurice est de 3,5 à 5. On ne peut importer des voitures d’une catégorie inférieure. C’est un risque. Chez Toyota Mauritius, la catégorie de véhicules importés oscille entre 4 et 5.

Il y a un gros souci de taxe carbone en ce qui concerne les voitures remises à neuf. Les propriétaires ne parviennent pas toujours à obtenir un certificat de garantie de la part de l’expéditeur. Comment comptez-vous résoudre ce problème-là ?

Le certificat du CO2 est émis par les autorités japonaises. Ce certificat arrive à Maurice avec tous les documents officiels et est remis à la douane. Généralement, les certificats de la taxe carbone sont toujours  acceptés par les autorités douanières à Maurice. Dans notre cas, le certificat est accepté. D’ailleurs, il y a une liste de compagnies accréditées émise par le gouvernement. Nous devons travailler en fonction de cette liste. Si c’est une autre compagnie qui émet le certificat, ce dernier n’est pas accepté par les services douaniers.

Les voitures «reconditioned» sont remises en état pour être vendues à Maurice. Pourquoi Maurice n’entre-t-il pas sur ce marché de vente de voitures en Afrique ?

Je précise que nos voitures ne sont pas remises en état. Ce sont des voitures en bonne condition. À l’époque, il y avait un projet du gouvernement. C’était possible d’importer des voitures, d’en retaper le moteur, etc, et de les exporter en Afrique. C’est un bon créneau à  travers le port franc, à savoir importer des véhicules du Japon et faire unpetit lifting. Il y a un potentiel local à exploiter. D’après les statistiques de la National Transport Authority, il y a 250 000 véhicules en assez bon état. Il faut juste faire un petit liftinget les exporter vers l’Afrique. Je trouve que c’est une bonne idée. Ça devrait aider à décongestionner les routes. Mais ce n’est pas notre business. C’est une idée à considérer par les autorités. La réexportation des véhicules déjà utilisés à Maurice pour diminuer la flotte devrait aussi

aider à renouveler la flotte de véhicules neufs à Maurice. Notre parc automobile grandit chaque année. Il faudrait une scrapping policy. Des véhicules de plus de 30 ans qu’il faudrait envoyer à la ferraille.

Avec la COP 21, quelles sont les dispositions prises par Toyota en termes de contribution au combat contre l’émission de gaz carbonique ?

Toyoya Mauritius a été le premier à importer des voitureshybrides à Maurice. La Prius a été introduite en 2009. À ce jour, nous avons vendu environ 140 voitures hybrides à Maurice. Nous sommes les pionniers. Les voitures hybrides émettent beaucoup moins de CO2 que les voitures traditionnelles.

Les coûts ne vont-ils pas empêcher les consommateurs d’opter pour des voitures écologiques ?

La Prius que nous commercialisonsest à Rs 975 000. Pour unevoiture hybride de 1 500 cc le prixest raisonnable. Il y a d’autres voituresqui sont très chères et nous nepourrons pas les importer. Nousnous focaliserons sur les petites voitures hybrides. Si le gouvernement apporte des mesures incitatives pour l’importation d’autres typesde véhicules hybrides, nous allonscertainement le considérer. Aujourd’hui,la tendance est au plug-inhybrid avec moteur conventionnel ethybride. Si vous voulez recharger levéhicule avec de l’électricité chezvous, vous le pouvez. Sauf que dansce cas, il faudra les incentives du gouvernement,car ça coûte cher.

Avec l’hybride qui ne décolle pas, pourquoi ne pas tenter un autre modèle de voiture plus abordable ?

La Prius hybride est à Rs 975 000 alors que la voiture neuve de 1 500 cc est à Rs 700 000

environ. Il y a une différence de prix. La fabrication de la voiture hybride coûte cher. Il y a des primes que donne le gouvernement, surtout sur la taxe du carbone, mais ce n’est pas suffisant. La Toyota Prius est la plus écologique – elle émet moins de CO2. C’est non seulement une voiture moyenne, mais son prix est abordable.

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