Astrid Dalais,cofondatrice et directrice de Porlwi by Light: «Le festival fait parler d’autres choses que des hôtels et des plages»

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Du 4 au 6 décembre, Port-Louis baignera dans la lumière. Astrid Dalais, cofondatrice et directrice du festival Porlwi by Light, braque les projecteurs sur les difficultés qui ont jalonné le parcours mais surtout sur la magie qui est en cours de fabrication.

Pourquoi voulez-vous réveiller Port-Louis ?

Port-Louis est une ville très riche en termes d’histoire, d’architecture, de balades, de secrets à découvrir. Elle est riche en termes de contenu, on peut faire du shopping, bien manger.

Tout cela est intéressant, mais en journée le trafic et le bruit font un peu peur. C’est vrai qu’à partir de 17 heures, quand tout le monde quitte Port-Louis, il n’y a rien de plus agréable que cette ville. Aujourd’hui, la nuit est calme alors que l’on a ouï-dire qu’il y a eu une vraie vie culturelle à Port-Louis, autour du théâtre, des sept cinémas.

Vous rouvrez le théâtre de Port-Louis, fermé depuis 2008, le temps du festival ?

Le soir, le théâtre sera fermé. Mais on pourra voir l’intérieur du théâtre grâce à une vidéo projection sur la façade, qui donne l’impression  d’entrer dans le théâtre. En journée, le vendredi 4 et le dimanche 6 décembre, de 10 à 17 heures, le public pourra marcher sur la scène du théâtre. Nous refaisons le Port-Louis Theatre Project. Nous avons fait venir un spécialiste français de video mapping, qui a animé un atelier de deux semaines avec des étudiants et des semi-professionnels.

Cela a été très compliqué d’avoir le théâtre. La mairie nous a dit non, surtout à cause des décharges d’assurances. On a insisté pendant un mois et demi et on a pu convaincre la mairie de rouvrir le théâtre. À l’origine, le Port-Louis Theatre Project était une vidéo qui circulerait sur Internet pour éveiller les consciences sur la chance que nous avons d’avoir un théâtre comme ça à Maurice.

L’ancienne prison centrale, à l’arrière du Renganaden Seeneevassen Building, rouvrira aussi ses portes pendant le festival. Cette prison date de 1836, c’est en face qu’ils ont fait d’affreux bureaux. C’était la prison des femmes, paraît- il. Aujourd’hui, elle est fermée. Pendant trois jours, on pourra rentrer dans les 44 cellules et découvrir cet univers chargé.

La première fois que j’y suis allée, je n’ai pas bien dormi après. Cela m’a habitée. On sent qu’il y a de la souffrance là-bas. Les cellules sont minuscules, elles font 2 m x 2 m 50. Il y a aura un plasticien dans chacune des cellules, avec pour commissaire d’exposition Krishna Luchoomun.

Quelle est la meilleure raison d’assister à Porlwi by Light ?

Ce sera un moment unique sur le sol mauricien. Un moment de magie, de sons et de lumières, où tout le monde pourra s’émerveiller, rêver, manger… Manger surtout. Tout le long du parcours, il y aura des stands avec des spécialités culinaires mauriciennes.

Vous n’avez pas peur que le festival soit envahi par des marchands ambulants ?

Il y a une loi qui empêcheles marchands ambulantsd’être à 500 mètresautour du bazar.

Une loi pas respectée…

Nous avons défini des No hawkers zone, où vraiment nous demandons aux

marchands de ne pas s’y installer. Par exemple, à la Place d’Armes. C’est à la fois pour la sécurité du public et le respect du travail de création.

Comment assure-t-on la sécurité dans un aussi large périmètre ?

On est sur environ 40 000 mètres carrés. Dès le début, nous avons eu un responsable de la sécurité qui a élaboré un plan stratégique. Il coordonne tous les besoins avec la police.

La police sera présente et tout le long du parcours, il y aura des patrouilles. Un vrai déploiement est mis en place. La police sera aussi sur toutes les aires de stationnement, notamment au Champ-de-Mars et au Caudan. La police est très coopérative, toutes les demandes sont respectées.

Quel est le budget de Porlwi by Light ?

Il n’est pas encore bouclé, il y a encore des partenaires qui arrivent. C’est difficile de parler d’un budget global parce qu’on a fonctionné par lieu (NdlR : il y en a huit) et par création. Le projet a été validé à Rs 25 millions en juillet dernier, financé par les secteurs privé et public. Mais c’est difficile aujourd’hui de dire où nous en sommes car il y a des choses auxquelles nous n’avons pas pensé.

Beaucoup de gens vont regarder ce chiffre et se demander pourquoi n’avoir pas dépensé cet argent dans la santé ou l’éducation. Je suis entièrement d’accord qu’il y a des choses prioritaires, mais je crois aussi que la culture est un élément fondateur d’un pays et que sans culture, on est pauvre. C’est un festival gratuit, qui donne envie de partager.

Justement, qu’est-ce que vous y gagnez ?

Les gens voient un budget comme cela et ils se disent Waow ! Mais ce n’est pas avec ce festival qu’on gagne notre vie. Le festival, c’est plus de 1 000 personnes qui travaillent

dessus, en comptant tous les corps de métiers : techniciens, ingénieurs, électriciens, artistes, etc. On tire l’honneur de travailler sur un tel projet, de faire énormément de rencontres.

Avez-vous eu du mal à trouver des sponsors ?

C’est quand même un an et demi à frapper à beaucoup de portes, mais au cours de la seconde année, ce sera sans doute plus facile.

Vous pensez déjà à l’année prochaine ?

Et à l’année d’après ! Les gens y ont cru parce qu’ils commencent à se rendre compte que les industries créatives et culturelles ont un avenir. Certaines entreprises ont clairement dit qu’elles voulaient soutenir le développement de la culture.

D’autres entreprises sont intéressées par la régénération de Port-Louis. Le ministère du Tourisme y a également cru. Il nous apporte une aide financière mais aussi logistique. Il croit beaucoup au rayonnement de ce projet et à son impact sur Maurice. Ils en ont parlé à La Réunion, en France, en Russie. C’est du contenu pour la destination, cela fait parler d’autres choses que des hôtels et des plages. J’espère qu’on arrivera à avoir un mécénat culturel et des mesures fiscales bientôt. On est plusieurs à y croire.

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