Sakoon Sahadeo: la «Mère Teresa» de Roche-Bois

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Les «Bonjour Mme Sakoon !» fusent de part et d’autre dans les rues de Roche-Bois. C’est que cette femme de 63 ans, toujours prête à aider ceux qui sont dans le besoin, est très appréciée. C’est dans son dos qu’on la nomme Mère Teresa, appellation qu’elle rejette, estimant ne pas arriver à la cheville de la bienheureuse religieuse albanaise.

Sakoon n’a pas toujours habité Roche-Bois. Cette native de Chemin-Grenier est l’aînée de cinq enfants. La famille survit sur le seul salaire du père laboureur. Sakoon est scolarisée jusqu’en Form IV car la scolarité est payante, mais comme elle manie bien l’aiguille, elle suit un cours de couture et se met à coudre pour les siens.

C’est en voyant faire son père qu’elle développe son sens de l’entraide. «Mo papa ti ena six frer ek trwa ser. Ler enn pena travay, zot tou met latet ansam ek korperé. Mo finn gard sa.» C’est parce que «dimounn inn met parol» que son mariage est arrangé avec Indee Krishna, dit Baboo, un habitant de Roche-Bois qui a le même âge qu’elle. Et c’est ainsi qu’elle migre à la périphérie de la capitale.

«Ou truv enn ta zanfan pé marsé lor simé, sakenn so laz. Paran pa travay ek sé zanfan ki pass mizer.»

Elle y exerce comme couturière. C’est là qu’elle découvre son voisinage et touche du doigt la misère. «Letan monn koud pou dimounn ki monn koumans konn zot sitiasyon. Ena ki ena dans Roche-Bois mé seki pena, pena mem.» Non pas qu’elle soit riche, précise-t-elle. «Nou pa finn esper dibyen fami. Nounn travay ek konn trasé pou nou gagn nou lavi», explique cette mère de deux enfants, aujourd’hui adultes.

Son cœur saigne quand elle voit des enfants, en guenilles, qui traînent dans les rues. «Ou truv enn ta zanfan pé marsé lor simé, sakenn so laz. Paran pa travay ek sé zanfan ki pass mizer.» Comme sa maison est attenante à l’église Notre Dame de l’Assomption, elle apprend que chaque jour, il y a une prière, la Louange du Matin, qui y est dite. Elle s’y rend. «Mo pann kit pou mwa  (NdlR : sa religion) mé pou mwa, sé enn fwa la semenn alor ki isi li toulezour. Pou mwa, li ti lwin, tamp la trouv dan Cassis. Mo ti alé kan mem. Zordi, ena enn Kalimata Mandhir dans Roche-Bois. Mo ale. Mo fer touledé.»

C’est en fréquentant l’église qu’elle se fait des amis à Caritas. Et réalise qu’une trentaine d’enfants fréquentant cinq écoles maternelles de la localité vont à l’école l’estomac vide. Elle trouve cela inacceptable. Caritas lui fournit les ingrédients et chaque matin, c’est sur sa gazinière qu’elle prépare de quoi fourrer les pains. Cela peut être «enn sosiss, enn salad sardinn, enn dizef. Enn fwa la semenn, li enn makaroni ek enn fwa par mwa, enn diri frir». C’est de sa poche qu’elle achète «bann ti bol pou ki sak zanfan gagn so ti sac ar so dipin ek so gato». Et c’est à pied qu’elle va déposer ces repas aux concernés.

«Mo fer sa pou zot pa tal lamé e ki zot gagn enn ti kass.»

Mais pour Sakoon, ce qu’elle fait est encore insuffisant. Une fois par mois, ses amies et elles se cotisent et préparent des rotis et un curry, qu’elles vont servir aux femmes admises au couvent des Missionnaires de la Charité, à Roche-Bois. Elles en font de même dans d’autres institutions charitables.

Sakoon, qui élève une quarantaine de poules pondeuses, veut inciter les habitants du quartier à devenir autonomes. Elle les encourage à acheter des poules pondeuses auprès du Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire et à démarrer un petit élevage. Pour les aider à mener à bien ce projet, elle achète de la nourriture en gros auprès d’un fabricant, qu’elle revend, au détail, à un prix inférieur à celui pratiqué dans les commerces.

Ils sont une quarantaine d’habitants à élever des poules. Pour que les ballots de nourriture animale soient à l’abri, elle a puisé de sa poche et fait construire un «go-down» dans sa cour. «Mo fer sa pou zot pa tal lamé e ki zot gagn enn ti kass.» Mais Sakoon a le cœur faible. Elle se laisse amadouer par la détresse humaine et fait souvent crédit. Certains en profitent. «Ena inn pran dé bal manzé e linn alé, al net», raconte-t-elle. Elle n’a pas manqué de lui dire le fond de sa pensée lorsqu’elle l’a croisé !

Depuis janvier, elle a rejoint les trois bénévoles de Caritas qui préparent le petit-déjeuner pour la trentaine d’enfants fréquentant le groupe Éveil. Ne vivant plus que sur sa pension de vieillesse et celle de son mari, elle alimente sa petite caisse pour les cas de détresse en préparant des fruits cristallisés, qu’elle revend. Sakoon change aussi régulièrement les nappes sur l’autel de l’église et en période de Carême, en particulier lors des prières 40 heures, elle prépare des rotis qu’elle revend pour le compte de l’église.

Ce qu’elle gagne de ces actions d’entraide ? «Enn gran kontantman. Mo sagrin ler mo get zanfan mizer. Ler ou doné, ou gagn plis…»

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