Sridhar Nagarajan, C EO de la MPCB et CEO désigné de MauBank Ltd : «MauBank émerge comme la troisième banque entièrement mauricienne»

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Le nouveau patron de la MPCB se donne deux ans pour redresser financièrement cette banque qui fusionnera en janvier avec la National Commercial Bank pour devenir MauBank. Il maintient qu’il a accepté ce poste à condition qu’il n’y ait aucune ingérence politique dans la gestion des affaires courantes de la banque.
 
Vous avez été choisi pour diriger MauBank, nouvelle institution bancaire qui est le fruit d’une fusion entre la Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB) et la National Commercial Bank (NCB). Après deux mois, comment se présente ce projet de fusion ?
Nous sommes sur la bonne voie et le projet avance à la satisfaction de toutes les parties prenantes. Disons que ce projet est une démarche rondement menée qui permet au gouvernement de régler ses trois priorités : redonner naissance à la MPCB pour qu’elle renoue avec ses moments de gloire, résoudre la problématique de la NCB et rendre opérationnelle la SME Bank en tant que banque à part entière au sein de la MauBank, et ce, dans un délai relativement court.
 
Je reste convaincu que c’était la solution idéale pour ces deux établissements bancaires dans le cadre de ce projet de fusion. Aujourd’hui, je peux affirmer que Maubank sera une réalité le 4 janvier 2016. Nous y travaillons déjà afin que cette ouverture se passe dans les meilleures conditions.
 
Dans cette optique, nous avons mis en place en interne des comités comprenant des cadres des deux banques en vue de rechercher une meilleure synergie entre les différents départements, allant de l’informatique aux ressources humaines, en passant par les ventes, le branding ou les finances. L’idée est d’optimiser les ressources et les compétences à différents niveaux dans ce processus d’intégration.
 
Cet exercice, qui est en cours, m’a permis de prendre en compte le niveau de compétences des effectifs des deux banques, plus particulièrement de la MPCB car j’y travaille avec eux plus étroitement. Ce qui me rassure dans ma conviction que MauBank dispose d’innombrables atouts sur lesquels il faudra s’appuyer pour réussir dans cette mission.
 
L’autre volet important de MauBank est sa vocation d’être aussi une banque pour les petites et moyennes entreprises (PME) ?
Tout à fait. Je peux dire que sur ce sujet, un gros chantier a déjà été ouvert. Avec un guichet entièrement dédié aux PME. C’est une filière importante de l’infrastructure bancaire de MauBank car celle-ci sera équipée à terme pour déployer des solutions bancaires et non bancaires aux PME, aux start-ups et aux sociétés coopératives.
 
D’ores et déjà, nous démarrons ce service avec un portefeuille de clients qui est loin d’être négligeable, qui est géré la fois par la MPCB et la NCB. Ces deux banques ont déjà de l’expertise dans la gestion de ce service qu’on va évidemment développer davantage, voire dynamiser.
 
Et quid des actifs toxiques de certaines PME ?
Disons que c’est seulement une dizaine de clients PME qui étaient confrontés à des actifs toxiques et qui ont pu donner une mauvaise image de la MPCB. En revanche, la grande majorité des clients de cette filière opèrent dans la transparence. Ces entreprises sont performantes et génèrent d’excellents résultats. D’ailleurs, c’est cette catégorie d’entreprises qui mérite le plus nos conseils et notre expertise. Il y va de leur pérennité.
 
Je persiste à croire que, sans négliger les clients faisant partie de Big Corporates qui sont bien servis aussi par d’autres banques, MauBank a un devoir vis-à-vis de ces milliers de jeunes qui ont des idées mais qui n’arrivent pas à les concrétiser faute de financements. Ou encore aux petits opérateurs qui cherchent désespérément des capitaux pour lancer leurs entreprises. Nous devons être à leurs côtés et les accompagner dans cette aventure. Ma plus grande satisfaction sera d’aider cette catégorie de gens à surmonter les obstacles afin qu’ils mettent en valeur leur potentiel d’entrepreneur et créent de nouvelles sources de richesses pour doper l’économie réelle. Et MauBanks sera appelée à jouer un rôle clé et à faire de Maurice une nation d’entrepreneurs…
 
La MPCB a eu dans le passé une longue histoire d’interférences politiques, ce qui a contribué à plusieurs reprises d’ailleurs, à sa faillite. En tant que nominé du gouvernement du jour, comment comptez-vous vous acquitter de votre tâche sans vous inquiéter des pressions politiques venant de l’Hôtel du gouvernement ?
Corrigeons d’abord une mauvaise perception que je suis un nominé du gouvernement ! Pas du tout. Je ne suis pas un nominé politique. J’ai été choisi sur la base des recommandations d’un rapport du cabinet d’audit Ernst & Young commandité par le gouvernement en février dernier et portant sur les mesures à prendre pour «turn around» la MPCB. Une des recommandations portait justement sur l’urgence de recruter un Chief Executive Officer (CEO) professionnel du secteur bancaire capable de relever ce défi.
 
Par la suite, le ministère des Finances a fait appel à mes compétences pour diriger la nouvelle banque. J’ai accepté le challenge mais j’avais le choix de refuser car j’avais plusieurs offres comme CEO venant du secteur bancaire et de certains groupes locaux. J’avais également le choix de rester à la Standard Chartered et d’accepter une nouvelle affectation hors de Maurice.
 
J’ai accepté de rester à Maurice et de prendre la direction de Mau-Bank en insistant auprès du ministère des Finances pour que mon offre soit rattachée qu’à une seule et unique condition : qu’il n’y ait pas d’ingérence, politique ou autre, dans les principales activités bancaires de MauBank.
 
Une condition qui a été respectée ?
Après plus de 60 jours passés à la MPCB, je peux dire qu’à aucun moment, il n’y a eu une quelconque ingérence de la part du ministère des Finances dans mon travail de CEO. Bien évidemment, nous avons besoin du soutien du gouvernement pour activer les choses. Par exemple, des autorisations réglementaires par rapport à certains projets.
 
Y a-t-il eu d’autres critères qui ont pesé dans la balance pour justifier votre choix ?
Disons que je crois beaucoup dans l’avenir de Maurice, dans sa capacité à devenir une force régionale. Maurice est connu géographiquement comme l’étoile et la clé de l’océan Indien. Je crois fermement que la stratégie de positionnement entreprise jusqu’ici dans le secteur des services financier – ou encore dans le secteur portuaire avec le vaste projet du ministère des Finances pour redonner de nouvelles ambitions au port de Port-Louis – est susceptible de donner à Maurice des moyens d’être un acteur important dans cette partie du monde.
 
Je ne vous cache pas que si je pouvais contribuer à cette aventure exaltante en ajoutant de la valeur à ce projet avec ma présence à Mau-Bank, j’en serais personnellement ravi…
 
Un de vos défis est de transformer ces deux banques soumises dans le passé à de mauvaises pratiques financières portant sur des actifs non performants et des créances douteuses. Comment comptez-vous vous y prendre ?
Je ne veux pas m’occuper du passé. Il faut se tourner vers l’avenir et notre focus est de voir ce qui peut être fait pour consolider les assises de ces deux banques. La fusion proposée est un pas dans la bonne direction. Nous travaillons à revoir la structure pour éviter que ces pratiques ne se reproduisent.
 
Dans le nouveau Business Plan, nous allons créer un Executive Committee comprenant des responsables des différents départements. Ils seront empowered pour prendre des initiatives et appliquer des décisions stratégiques prises par la direction tout en s’assurant que celles-ci profitent au mieux à la clientèle de la banque.
 
Par ailleurs, la nouvelle structure fera place à un Chief Operating Officer qui sera hiérarchiquement le n° 2 de MauBank. Il sera appelé à me remplacer quand je serai en congé, en plus d’avoir de nouvelles responsabilités auprès des Business Heads.
 
Par ailleurs, ces Business Heads sont une nouveauté à la MPCB. La nouvelle structure propose la création de certains postes de Head pour les différentes filières d’activités. Soit un responsable chargé des opérations internationales, des PME, des risques et de la trésorerie. Certains de ces postes seront remplis à l’interne mais il faudra pour d’autres recourir à des étrangers compte tenu des compétences pointues requises à ce à ce niveau.
 
Dans la «vision statement» de Mau-Bank, il est question que Mau-Bank émerge comme la quatrième banque mauricienne totalisant des actifs de Rs 33 milliards et disposant d’un réseau de 36 succursales. Estimezvous que c’est une ambition à la portée de cette banque compte tenu de la compétition féroce dans ce secteur ? 
Je dirai même plus. Mau-Bank sera la troisième banque du pays ayant un actionnariat 100 % mauricien. Tout compte fait et au rythme où vont les choses, je crois pouvoir dire que la restructuration de la MPCB prendra moins de temps. J’avais mis trois ans, soit au terme de mon contrat, pour redresser financièrement cette banque. Je pense pouvoir le faire d’ici deux ans. Ce qui permettra à MauBank d’être une force dans le secteur bancaire avec laquelle il faudra compter à l’avenir.
 
Ce qui encouragera le gouvernement à chercher un investisseur stratégique ?
C’est une option à ne pas écarter. Le ministère y réfléchit déjà. Car en ouvrant son actionnariat à hauteur de 30 % à 40 % à un investisseur étranger ou local, MauBank sera financièrement en mesure de rembourser les capitaux que l’État y a investis. Et dans le même temps, avoir un partenaire stratégique pourrait lui permettre de passer à un nouveau palier de développement, soit d’aller à la conquête de nouveaux marchés dans la région et d’agir comme un corridor auprès de certaines zones économiques en Afrique et en Asie. Je sais qu’il y a déjà certains groupes locaux qui sont déjà intéressés à jeter leur dévolu sur cette banque.
 
Et quid du positionnement de MauBank dans la stratégie de Maurice d’être un hub pour l’Afrique ?
Plutôt que d’être la porte d’entrée pour l’Afrique, je privilégie la posture de Maurice d’être le hub pour le continent noir. Une démarche qui permet à des sociétés étrangères domiciliées en Afrique de s’implanter à Maurice et de bénéficier des services de la juridiction mauricienne. MauBank se propose de jouer à fond cette carte régionale en accompagnant financièrement les opérateurs économiques au départ et à l’arrivée de Maurice.
 
Pour le moment, MPCB n’engrange que très peu des revenus de ses opérations internationales. Quel est votre objectif d’ici trois ans ?
Il est difficile d’avancer un chiffre car c’est un segment qui est hautement compétitif où les deux principales banques du pays sont présentes depuis quelques années déjà. Si nous parvenions toutefois à réaliser 15 % de nos opérations à l’étranger, nous serions satisfaits.
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