Projets gouvernementaux : les 5 nuances de Lepep

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À plusieurs reprises, le gouvernement est venu avec des mesures qui ont finalement été appliquées avec beaucoup plus de «souplesse» que prévu. Voici cinq ambitions dont l’annonce a suscité un vif intérêt de la part du public mais qui, au final, ont été réalisées avec quelques nuances pour répondre à certaines exigences.

1.     Nomination des proches du pouvoir

«Nous gouvernerons pour le peuple, avec le peuple et dans l’intérêt de toute la Nation, pas pour nous, ni pour un petit groupe d’amis, d’agents politiques, de copains ou de copines. Nous ferons la politique autrement : la discipline, la transparence, la redevabilité et la gouvernance… Nous allons mettre en place un comité spécial pour mettre fin aux nominations inadaptées aux postes importants.» Voilà deux des 12 commandements de l’alliance Lepep qui figurent dans son manifeste électoral. Ce qui a créé beaucoup d’attentes au sein du public quant à la fin de la politique de «copinage». Toutefois, certaines nominations effectuées au cours de ces 11 derniers mois, c’est-à-dire depuis la prise de pouvoir de l’alliance Lepep, en ont étonné plus d’un.

La dernière en date : celle de Naila Hanoomanjee au poste de Chief Executive Officer de la State Property Development Company Ltd. Il s’agit de la fille de Maya Hanoomanjee, Speaker de l’Assemblée nationale. Ensuite, il y a l’étrange coïncidence qui veut que sur la liste des 60 médecins recrutés sur contrat, au moins un tiers présente des liens de parenté ou de proximité avec des proches du pouvoir. Sans compter la nomination de Magalie Sinatambou, proche du ministre des Affaires étrangères Étienne Sinatambou, à la direction du Morne Heritage Trust Fund.

Il y a également la nomination d’Avineshwur Raj Dayal, le fils du ministre de l’Environnement Raj Dayal, au poste de directeur du Conciliation Service du ministère de la Fonction publique. Bien que qualifié «d’extrêmement compétent» par son entourage, la nomination de cet avocat a suscité beaucoup d’interrogations.

2.     Casinos vs nasyon zougader

C’était une des mesures-phares annoncées par le ministre des Finances lors de la présentation du Budget. Il voulait freiner les ardeurs de la «nasyon zougader», estimant que c’était un mal qui rongeait le pays comme un cancer. «On va toucher de façon audacieuse à la nasyon zougader», avait-il souligné.

Alors que le ministre a dû faire face à une levée de boucliers des bookmakers et des gérants de maisons de jeux, quelques mois suivant son annonce, un promoteur s’est manifesté pour la création d’un hôtel 5-étoiles accompagné d’un casino. Le coût de cette initiative se chiffrait à Rs 5 milliards. Une décision qui n’a pas manqué de faire sourciller.

À ce qui semblait être une incohérence entre la politique du gouvernement et la réalité, le ministre a fait comprendre, plus tard, qu’il ne s’agissait pas de supprimer l’activité complètement parce que le secteur demeure une source de revenus pour l’État. Une autre source de l’État est ensuite venue affirmer qu’il s’agira plutôt d’établir de nouveaux règlements plus stricts, notamment concernant l’octroi et le renouvellement de permis.

3.     ID Cards

La base de données a bel et bien été détruite, comme promis par l’alliance Lepep dans son manifeste électoral durant la campagne de l’an dernier. En revanche, ce que le gouvernement n’a pas immédiatement dit, c’est que pour l’octroi des prochaines cartes, les citoyens auront quand même à donner leurs empreintes.

Lors des démarches pour obtenir sa nouvelle carte, le citoyen doit lire, sur un écran, l’article (d) du document qui stipule : «I have no objection that my fingerprint minutiae be processed and recorded for the purposes of producing my identity card. I understand that this information will be erased permanently from the register once the identity card has been printed.» En effet, le gouvernement a pris l’engagement de ne pas sauvegarder les nouvelles informations biométriques recueillies.

4.     Prise de parole des membres du gouvernement lors des activités des socioculturels

C’était le 1er janvier et dans son discours du Nouvel An, le Premier ministre a annoncé que «le gouvernement sera présent aux fonctions organisées par les socioculturels mais qu’il ne prendra pas la parole». Une annonce qui a réjoui plusieurs défenseurs de «l’île Maurice séculière». Si l’idée semble avoir accroché, elle ne s’est, toutefois, pas traduite dans la pratique. Ou du moins, le gouvernement, voire le Premier ministre lui-même, s’est accordé quelques exceptions à la règle.

En effet, lors de la célébration de l’Eid Milad-Un-Nabi par la Halkae Quadria Ishaat-I-Islam au collège Aleemiah le 4 janvier, soit trois jours après l’annonce de sir Anerood Jugnauth (SAJ), l’on retiendra qu’aucun discours n’a été prononcé par les politiciens présents.

Quelques mois plus tard, soit le 18 septembre, il ne s’est pas retenu. Il s’est adressé à ceux présents à une cérémonie organisée par la Mauritius Marathi Mandali Federation, à l’occasion de la fête Ganesh Chaturthi. SAJ avait affirmé que Maurice était «un mini-monde» avant d’ajouter un volet politique à son discours : «Mo finn donn parol ki mo pou amenn prosperité. Pran enn ti pasyans ek donn nou letan ki bizin e ou pou trouv rezilta vit», avait-il déclaré.

5.     Politique sur la construction des hôtels

Le ministre du Tourisme Xavier-Luc Duval y était allé un peu fort en accédant à une demande de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice de geler la construction des hôtels en janvier 2015. Lors de cette annonce, le ministre n’avait pas précisé la durée de ce «moratoire» qu’il comptait imposer aux promoteurs de projets hôteliers. Comme raison à cette décision, le ministre avait fait valoir qu’il était nécessaire de contrecarrer la surcapacité hôtelière touchant sévèrement les opérateurs du secteur hôtelier.

Or, dans ce cas encore, le ministre a eu le besoin d’arrondir les angles en ajoutant que le moratoire ne durerait que deux ans. En effet, pendant ce temps, Maurice ne devrait pas accueillir de nouveaux chantiers pour les hôtels. Sauf que les promoteurs ayant soumis leur projet avant 2015 et qui auront obtenu le feu vert des autorités peuvent, eux, aller de l’avant avec la construction.

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