Dispositifs de surveillance : souriez, vous êtes épiés

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Images mises en ligne par un commerçant sur un réseau social. Certains dispositifs ressemblent à des porte-clés, d’autres à des stylos.

Images mises en ligne par un commerçant sur un réseau social. Certains dispositifs ressemblent à des porte-clés, d’autres à des stylos. 

Des caméras, équipées de micros, permettent d’enregistrer des conversations et de prendre des photos des gens «piégés» à leur insu. Elles sont en vente libre sur Internet.

«Anvi tandé ki koleg pé dir lor ou ?» ; «anvi koné ki belmer pé kozé lor ou ?» Ce sont quelques-uns des slogans utilisés sur des réseaux sociaux pour commercialiser des spy devices. Des dispositifs de surveillance, petits et discrets, qui permettent d’enregistrer des conversations et de prendre en photo des gens «piégés» à leur insu. Une question se pose dès lors : ces équipements constituent-ils une atteinte à la vie privée ?

Pas pour le commerçant, en tout cas, qui parle, non sans fierté, de ses joujoux de la technologie. «Les dispositifs sont cachés. Certains ressemblent à des porte-clés, d’autres à des stylos. Puis, il y a  ceux qui ont la forme d’un bouton et que l’on peut facilement fixer aux vêtements de la personne que l’on veut surveiller.»

«Ils se vendent comme des petits pains»

Quant aux prix, ils varient entre Rs 600 et Rs 2 000. D’ailleurs, indique le commerçant, ils se vendent comme des petits pains sur divers forums de réseaux sociaux. Pour lui, rien ne vaut une livraison personnalisée qui lui permet d’expliquer aux acheteurs le fonctionnement des dispositifs.

Ces outils, selon nos informations, sont dotés d’une carte mémoire. Ce qui permet, après l’utilisation, de visionner les images et d’écouter la bande. Les équipements qui coûtent plus cher, soit Rs 2 000, sont, eux, capables d’enregistrer plus longtemps. Et l’utilisateur peut tout visionner et tout contrôler à distance à partir de son téléphone portable.

Plusieurs mères en font l’acquisition…

Qui sont ceux qui achètent ces équipements et à quelles fins ? Le commerçant laisse entendre que plusieurs mères choisissent d’en faire l’acquisition pour surveiller la babysitter ou encore s’assurer que la journée que leurs enfants ont passée à la garderie s’est bien déroulée. Puis, il y a ceux qui sont convaincus que des proches ou des voisins jouent aux «longanistes» et leur veulent du mal.

 

Sans compter, ajoute le commerçant, ceux qui soupçonnent leur conjoint d’infidélité. «Une des astuces est d’offrir le dispositif sous forme de porte-clés au conjoint. Des clés importantes, comme celles de la voiture, peuvent être accrochées ensemble, de sorte que la personne les transporte avec elle partout.»

«Invasion illégale de la vie privée des gens»

Et l’aspect légal dans tout cela ? Rien, dans la loi, n’interdit l’importation de ces gadgets, à en croire une source à la Cybercrime Unit. «Nous pouvons agir uniquement quand il y a des plaintes. Si, par exemple, des images de la personne piégée sont diffusées sur Internet à son insu», avance-t-on.

 

Au niveau du Data Protection Office (DPO), on est catégorique : «Selon la Data Protection Act, toute collecte d’informations personnelles, telles que des conversations et des images, doit se faire avec le consentement des personnes concernées.» Si après enquête, indique-t- on, il a été établi qu’il y a eu violation de la Data Protection Act, le DPO peut recommander des poursuites. Et pour davantage de contrôle, ce bureau peut effectuer des security checks.

Possibilité de réclamer dommages et intérêts

Interrogé, Me Ashok Radhakissoon affirme qu’utiliser ces dispositifs sur une personne à son insu constitue un délit. «C’est une invasion illégale de la vie privée des gens. Le Right to Privacy est reconnu par la Constitution. La personne se sentant lésée peut avoir recours au Code civil pour réclamer des dommages et intérêts», fait-il valoir.

 

Cet individu peut même avoir recours au Code pénal suivant une enquête policière. «Il s’agit d’un acte condamnable. Même la police, avant de mettre une personne sur écoute, doit obtenir une autorisation d’un juge en chambre.»

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