Nominations politiques: proches et petits copains favorisés, heureux hasard?

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La fille de Maya Hanoomanjee qui s’installe dans le fauteuil de CEO de la State Property Development Company Ltd à partir de ce mois-ci. Soixante médecins, dont des proches de certains ministres et députés, qui ont été recrutés par le ministère de la Santé, au détriment d’autres candidats plus méritants, selon les dires des postulants qui n’ont pas été retenus. Autant de facteurs qui ont mis le feu aux poudres. Sur les réseaux sociaux, certains crient à l’injustice. Des mots comme «ti kopin», «backing» ou encore «proteksyon politik» et «dynastie» sont sortis du bois… 
 
 
À l’annonce du recrutement de Naila Hanoomanjee, par exemple, les commentaires ont fusé sur Facebook, notamment. Pour certains, son CV est éloquent, «il ne faut pas tirer de conclusion hâtive». Pour cet internaute, «sa fwa-la pa zis kopin ek kopine ki lamod. Garson, titi, papa ki a lamod». «Bon papa ine nomé, kopin ine nomé, kopine ine nomé, mari ine nomé, bofrer ine nomé, nies fet gagn travay, garson fek gagn travay, tifi osi fek gagn travay, pros bann minis fek gagn travay, la aster enn tifi fek nomé, éna encor pou alé la lepep, si ou guet bien labou p mok lamar», renchérit un Facebookeur. «Ti pé critik ansien gouvernma lor zafer anploy kopin kopine mé zot pé fer mem zafer», ajoute un autre. 
 
 
Justement, en parlant de l’ancien gouvernement, sollicité pour une déclaration au sujet des nominations politiques, l’ex-Premier ministre a déclaré : «Mo ti amenn Equal Opportunities Commission pou enn rézon byen préci, pou ki enn dimounn ki mérité gagn plas ki bizin. Nounn trouvé ki EOC inn byen travay. Brian Glover inn charge bann zafer, zamé monn interféré avek li.» Selon Navin Ramgoolam, il n’y a rien de plus frustrant pour des parents qui travaillent dur, qui se sacrifient pour que leurs enfants obtiennent des diplômes que de voir «enn protézé politik pé pran so plas…»
 
 
Pour Xavier-Luc Duval, Premier ministre adjoint, c’est la méritocratie qui doit primer. «Au sein de mon ministère, tout est basé là-dessus. Que ce soit à la Mauritius Tourism Promotion Authority ou dans le port, par exemple, monn asir mwa ki éna bann profésyonel et bann dimounn sévronéEt d’ajouter : «Monn onor mo parol.» D’aucuns rétorquent, toutefois, que c’est le leader du PMSD qui a «recruté» Dan Baboo, actuel ministre de la Culture…
 
 
Par ailleurs, si l’on en croit Alan Ganoo, le leader du Mouvement patriotique, «ce gouvernement a été mandaté pour nettoyer le pays». Lors de la campagne électorale, ils avaient promis de s’attaquer aux fléaux que sont les nominations politiques. De ce fait, «li pas korek si gouvernma kontign fer séki ansien gouvernma ti pé fer. Ek dé tan an tan, nou tann bann ka kot bann pro politik pé nomé». Il tient toutefois à préciser que si de tels exercices se font de façon transparente et juste, que les candidats retenus sont les meilleurs, il n’y a aucun problème. Car, «li pa vé dir ki bann fami bann politisyen pa gagn drwa travay pou viv !»
 
 
Quant au leader de l’opposition, Paul Bérenger, il a affirmé, hier, lors de sa conférence de presse hebdomadaire, au sujet de la nomination de la fille de Maya Hanoomanjee : «Monn évit fer komenter pou pa paret mo éna kitsoz personel. Mé sakenn tir so konklisyon.»
 
 
* Nous avons tenté d’obtenir des déclarations de toutes les personnes mentionnées dans cet article. Si certaines ont refusé de commenter le sujet, d’autres étaient en déplacement à l’étranger ou sont  restées injoignables.
 
 

Flou autour du recrutement des médecins

 
 
Bien qu’il s’agisse de postes temporaires, le recrutement de 60 médecins par le ministère de la Santé a donné lieu à une vive polémique. Pour cause, parmi les nouvelles recrues, plusieurs sont proches de certaines personnalités politiques. Le fait que le recrutement a été effectué selon des critères jugés «inhabituels» conforte la thèse de ceux qui pensent que cet exercice a été taillé sur mesure pour privilégier certains chanceux, proches du pouvoir.
 
 
Une enquête a permis de constater que sur les 60 médecins recrutés, plus de la moitié n’a pas eu à attendre longtemps – moins d’un an – avant d’être recrutée. Et ce, alors que le nombre de médecins qui sont au chômage est de 400. Parmi, plusieurs patientent depuis des années en espérant être embauchés. Autre point de litige : les résultats obtenus au HSC n’ont pas été pris en compte par le panel chargé d’effectuer la sélection. Pourtant, ces résultats comptent en général pour la Public Service Commission…
 
 
D’autre part, bien que l’entretien ait été effectué par le ministère de la Santé, les résultats du HSC, selon des sources proches du dossier, auraient dû compter. Nos recoupements indiquent, par ailleurs, qu’avec un si grand nombre d’applications reçues (445 au total pour 60 postes à pourvoir), le panel de sélection doit s’appuyer sur des critères – dont le HSC – pour départager les candidats.
 
 
Et, le fait qu’ils soient appelés à travailler dans les hôpitaux publics donnerait à ces 60 recrues un avantage certain, fait-on comprendre dans les milieux concernés, lors du prochain recrutement sur une base permanente de 119 médecins…
 
 

La liste des 60 médecins et leur lien parenté avec des personnalités connues

 
 
• Dayal Vidya Luxmee : nièce de Raj Dayal, ministre de l’Environnement 
• Rajcoomar Ravi Chandra Khushal : neveu de Raj Dayal
• Daureeawoo Mohammad Shahil : neveu de Fazila Daureeawoo, ministre de la Sécurité sociale 
• Luchoomun Rahul Dev : fils de Leela Devi Dookun Luchoomun, ministre de l’Education 
• Ramkaun Yeshwant : fils du PPS Sharvanand Ramkaun 
• Tejoo Rukhsana Bibi : soeur d’un agent politique de Pravind Jugnauth 
• Atchia Zahrah Bibi : candidate de l’alliance Lepep à Port-Louis, lors des municipales
• Roopun A.A Ratnasingh : parenté à Pradeep Roopun, ministre de l’Intégration sociale 
• Nirvan Bucktowar : fils de Kathy Devi Bucktowar, candidate de l’alliance Lepep lors des municipales 
• Garibdass Pawan Kumar : un agent de Pravind Jugnauth, au nº 8 
 
* Dans cette liste, l’on retrouve également un médecin qui est parenté à un haut gradé de la police alors qu’un autre est le fils d’une personnalité qui évolue dans les sphères de la haute finance.
 
 

Ils ont dit

 
Sherry Singh. Chief Executive Officer, Mauritius Telecom:  «I was nominated by the Minister of Technology and the Prime Minister. Of course, I am a political nominee. But I think the real issue is not about whether I am a political nominee, the issue is whether the person has the competence to carry out the work required.» 
 
Maya Hanoomanjee. speaker à l’Assemblée nationale: «Ma fille n’est pas une nominée politique. Elle a été sélectionnée après plusieurs rounds d’interviews. Elle a beaucoup d’années d’expérience et comme tout le monde, elle a postulé à l’appel à candidature.» 
 
Anil Gayan. ministre de la Santé: «Il ne faut pas faire de comparaison entre la directrice du Trust Fund for Specialised Medical Care et madam ki ti vann cotomili-la.»
 
 Dev Beekharry. Senior Adviser et responsable de la cellule de communication au Prime Minister’s Office: «J’ai été journaliste économique pendant 27 ans. Ma nomination est le fruit de mes compétences et de mon parcours professionnel.» 
 
Ivan Collendavelloo. Vice-Premier ministre: «J’ai nommé, au sein de tous les corps parapublics qui sont sous ma responsabilité, des gens qui partageaient ma philosophie, ma vision et mes valeurs politiques. Sinon, cela ne vaut pas la peine que je sois ministre !» 
 
Un senior minister au sujet de la nomination d’Avinash Dayal:«C’est un jeune homme extrêmement compétent. Je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas le nommer. On n’a jamais dit qu’il y a aura des appels à candidature pour toutes les nominations.»
 
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