Population de chauves-souris: les chiffres de la discorde

Avec le soutien de

Les chiffres sont un argument capital pour justifier l’abattage des chauves-souris souhaité par les autorités. Des chiffres fortement contestés par la Mauritian Wildlife Foundation (MWF). C’est le Washington Post qui est venu relancer les débats

Vendredi, le journal américain s’est fait le relais des craintes des écologistes. Peu élogieux envers la décision gouvernementale, le Washington Post écrit que «l’île, qui était jadis la maison du dodo, veut tuer des milliers de chauves-souris protégées». Il cite également un des rares scientifiques à avoir mené une étude sur ces mammifères à Maurice, Ryszard Oleksy, de l’université de Bristol. Ce dernier n’attribue aux chauves-souris que 10% des dégâts causés aux arbres fruitiers. Loin des chiffres avancés par le ministre de l’Agro-industrie à l’Assemblée nationale, qui affirmait qu’elles étaient responsables de la destruction de 73% de la production de letchis et de 42% de la production de mangues.

Guerre des chiffres également au niveau de la population de ces mammifères à Maurice. La MWF maintient son chiffre de 50 000 alors que le ministère de l’Agro-industrie avance que la population avoisine les 100 000. Comment expliquer cette disparité? «Il y a différents types de comptage et c’est aussi difficile de connaître le nombre exact d’individus», explique le Dr VikashTatayah, président de l’association.

Emetteurs GPS sur des chauves-souris

Il y a le risque de double counting car ces animaux peuvent voler de l’ouest à l’est de l’île en une nuit, ajoute-t-il. Puis, il y a aussi la méthode : procéder au décompte lorsque les chauves-souris reviennent dans leurs dortoirs, quand elles en ressortent, le nombre de chauves-souris en vol... C’est pour toutes ces raisons que la MWF estime que le nombre réel d’individus est la moitié, voire même un tiers du nombre estimé.

En 2007, la scientifique Sophie Robin a effectué une étude sur les habitats des chauves-souris à travers le pays. Elle en a compté 36 et estime qu’il y en a en réalité une cinquantaine. Les Gorges de la Rivière-Noire, les chaînes de montagnes de Moka et de Grand-Port, l’est de l’île sont les zones qui abritent le plus de chauves-souris. Certaines zones comprennent moins de 300 individus par habitat, d’autres entre 500 et 900 et les plus peuplées comptent plus de 900 individus par habitat.

De surcroît, la MWF fait tous les ans une estimation de la population de ces mammifères. Grâce à des émetteurs GPS placés sur des chauves-souris, l’association a prouvé que ces chiroptères survolent toute l’île. Ils sont plus particulièrement  présents sur la côte Ouest, dans le Nord, la chaîne de Moka et ses environs et le Sud-Est. Ces mammifères pollinisent 18 types de plantes et disséminent 22 variétés de graines, dont 32% sont endémiques, avance la MWF.

Forte de ces données, la MWF demande au gouvernement de revoir sa politique sur l’abattage des chauves-souris frugivores. D’autant que, comme le rappelle le Washington Post, le Pteropus niger (de son nom scientifique) est une espèce protégée.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires