Jasmine Toulouse : une battante qui refuse la misère, mais...

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Cette chanteuse à mi-temps, de 27 ans, qui porte une marque sur la joue droite – souvenir d’un épisode passé de violence domestique –, a toujours caressé le rêve de faire des études supérieures en droit. Difficile d’entrevoir un tel avenir lorsqu’on a une mère blanchisseuse et un père casseur de sel et que tous deux triment pour assurer les besoins primaires de leurs quatre filles.

«Paran inn trasé. Nou ti ena manze toulezour oui, mé nounn mank boukou zafer materyel, mé nou ti héré», confie-t-elle. Sans compter qu’elle souffre du mal du voyage et que son estomac lui joue des tours à chaque trajet en autobus jusqu’au collège secondaire à Quatre-Bornes. 

Malgré ça, Jasmine s’accroche car elle veut avoir son School Certificate et refuse de s’enliser dans la misère à la cité ouvrière EDC où les Toulouse vivent depuis des années. Si elle étudie jusqu’en Form V, au final, elle rate quelques matières.

Elle est obligée d’aller travailler comme vendeuse dans des commerces. Elle aspire à mieux et postule pour occuper un emploi de réceptionniste secrétaire dans une agence immobilière. Recrutée, elle y reste quatre ans. «Zot inn byen ed mwa ek monn pran plis lasirans.» C’est la santé fragile de sa fille Mélodie qui l’oblige à jeter momentanément l’éponge et à remiser ses ambitions professionnelles. 

CONSTRUIRE UNE MAISON EN DUR

Lorsque la petite va mieux, Jasmine cherche à nouveau du travail. Elle est recrutée comme secrétaire par l’École des Techniciennes de Maison, projet de Caritas Ile Maurice géré par Christiane Caboche. Lorsqu’elle divorce, elle veut démolir une maison familiale en amiante qui jouxte celle de ses parents pour faire construire une petite maison en dur. Mais elle ne peut prétendre à la subvention gouvernementale pour la dalle car ses revenus dépassent légèrement le seuil éligible de Rs 8 500. 

Désespérée, elle songe à demander à son employeur de réduire son salaire pour obtenir cette subvention. Face à cette impossibilité, elle doit emprunter  Rs 68 000 auprès d’une banque. La construction de sa maisonnée s’achève en 2013. Pour la meubler, elle peut heureusement compter sur la générosité d’une travailleuse sociale qui, touchée par sa réalité, lui propose de venir prendre ce dont elle a besoin dans le campement qu’elle va raser. «Madam la inn donn moi la porte, la fenet, meubles, four. Si mo ti bizin aste, mo ti pou oblize truv o mwin Rs 40 000.»   

Elle continue à dire autour d’elle, sur un ton à moitié badin, à moitié sérieux, qu’elle veut reprendre ses études. Cela tombe dans l’oreille de Kursley Gooindoorajoo, responsable du secours d’urgence de Caritas Ile Maurice qui l’a fait évaluer par Thierry Goder, directeur général de l’agence de recrutement Alentaris. Celui-ci estime qu’elle a le potentiel voulu.

Jasmine est dirigée vers l’Institut Charles Telfair à Moka. Son expérience de travail lui permet de prétendre à un premier diplôme. Jasmine choisit le management en cours du soir et contracte un emprunt éducatif de Rs 16 000, plus 500 dollars australiens pour un trimestre, auprès de Caritas Ile Maurice. 

Ainsi, trois fois la semaine, elle prend l’autobus pour se rendre à Moka. Le hic, c’est que ses cours, qui commencent à 17h30, se terminent à 20h30.  À cette heure-là, il n’y a plus d’autobus pour Rivière- Noire. Elle n’a d’autre choix que de dormir chez une collègue ou prendre un taxi qui lui fait un «lizaz» de Rs 500 pour le trajet. «Mon employeur m’aide parfois mais c’est une ONG sociale qui ne génère pas d’argent.  Mo pa kapav abize. Mo koup lor kas rasyon mé ki kantité ?» Et d’ajouter : «Li importan pou mwa get mo zanfan, met li dormi ek okip li avan li al lekol. Se bann moman importan dan so lavi ki mo pa lé rate. Mo honte pou dir dimounn mé si mo pa dir, dimounn pa pou kone ki problem mo ena. Souvan, ler mo rant dan klass, mo pa kone kouma mo pou retournn lakaz e sa empess mwa konsantre. Ena zour mo ploré tan mo santi mwa impwisssan. Volonte la li intak. Finans ki pa pe suiv.» 

RESULTATS DES COURS SATISFAISANTS

Ses premiers résultats de cours viennent de tomber et sont satisfaisants. Elle doit s’acquitter d’une seconde tranche de frais de scolarité, argent dont elle ne dispose pas. Mario Radegonde, responsable du Corporate Social Responsibility à ENL, vers qui elle s’est tournée, pense pouvoir l’aider. Quelle forme cette aide prendra, Jasmine l’ignore. «Sa trwa zour la, mo bizin enn transpor pou rant mo lakaz. De par mo perseverans, boukou ti laport inn ouver pou mwa ziska ler.  Mo panse enn zour, enn lot laport pou ouver. Anou gard lespwar…».

 
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