Rajesh Bhagwan : «Je laisse les habitants de Chebel et de Barkly s’occuper de Gayan»

Avec le soutien de

Le whip de l’opposition Rajesh Bhagwan plaide pour une retransmission saine des travaux de l’Assemblée législative à la télévision. Il égratigne le ministre de la Santé Anil Gayan sur le dossier méthadone et dit ne plus regarder la politique dans le rétroviseur.

Après une trentaine d’interpellations sur la retransmission en direct des travaux parlementaires, êtes-vous convaincu que ce sera la fin du «massacre de la démocratie» à l’Assemblée nationale ?

Oui, j’en suis convaincu. J’ai été membre du Select Committee. Aujourd’hui, il y a la volonté politique et, techniquement, c’est possible. J’ai voté pour la République et pour l’autonomie de Rodrigues. Après 1982, année où les élections ont été rendues obligatoires, c’est l’une des plus grandes avancées démocratiques que connaît le pays. On va vers une mini-révolution. 

Vous avez été jusqu’à féliciter Nando Bodha…

Je l’ai félicité parce qu’il a été un excellent président. Il l’a été auparavant sous Navin Ramgoolam et j’ai aussi été membre de l’ancien comité. Nando Bodha n’est pas une personne trop bloquée et il a l’expérience d’un ancien directeur général de la MBC. Bodha n’est pas Bhadain ! Sous sa présidence, tout s’est passé kouma kouto dan diber. Nous avions un papier de départ découlant du précédent rapport qui avait été bloqué par Ramgoolam parce qu’un MSM l’avait fait.

 Dans la pratique, qu’est-ce qui change ?

Les travaux parlementaires, de la Private Notice Question, en passant par le Prime minister’s question time, les interpellations aux ministres pour finir avec les débats, seront retransmis en direct à la télé et sur Internet, par exemple. Dès qu’un parlementaire se mettra debout pour intervenir, la caméra sera automatiquement braquée sur lui. Si je vais poser mes questions sur la MBC, on ne pourra plus les cacher. 

Pourtant, le Select Committee dont vous avez fait partie impose une série de restrictions comme les accrochages ou les écarts de langage qui ne seront pas filmés…

We have to start somewhere. Nous avons dû mettre des mesures de sauvegarde. Un parlementaire ne peut s’autoriser à diffamer quand il est debout ; il faut imposer des normes pour éviter toute dérive. Le respect de la dignité de la Chambre est important. Je maintiens que dans les conditions actuelles, pour un début, c’est un grand pas.

 Ce sont bien vous, parlementaires, qui êtes à l’origine d’accrochages et autres dérapages dans l’hémicycle. Pourquoi ne pas les assumer ?

Ce qu’il y a dans le rapport n’est certainement pas statique. Il y aura des critiques. J’ai écouté les opinions et les suggestions des auditeurs à la radio mais je pense quand même qu’il faudra des garde-fous. C’est le rôle du Standing Committee d’agir comme chien de garde.

Qui feront partie de ce Standing Committee ? Des parlementaires du gouvernement et de l’opposition tout comme les membres du comité parlementaire de l’ICAC ou ceux du Public Accounts Committee. Ce Standing Committee sera chargé de surveiller la retransmission avec le soutien du personnel du bureau du Clerc de l’Assemblée nationale. 

Vous allez vous-même devoir modérer votre langage ?

Je n’utilise jamais un langage non parlementaire. Si je le fais, je m’en excuse. Ce qui m’importe, c’est que quand je suis au Parlement, je pose des questions, sinon mieux vaut que je reste à la maison. Cela me désole de voir que la majorité des députés ne posent pas de questions supplémentaires, simplement parce qu’ils sont  au gouvernement.

Parmi les sanctions recommandées, le comité va jusqu’à évoquer la révocation de la licence au besoin. Vous y  allez fort…

Il faut surveiller la liberté et protéger l’individu. Il faut des sanctions 

comme au niveau de la presse. Nous nous sommes basés sur des modèles étrangers comme au Canada et  en Angleterre.

À partir de quand la retransmission en direct des travaux parlementaires sera une réalité ? D’après notre objectif, si tout marche très bien, la retransmission en direct sera une réalité en juin/ juillet de l’année prochaine après le prochain Budget. Il faut avant tout que le rapport soit approuvé. Pour cela, le Premier ministre doit présenter une résolution qui sera suivie de débats avec, bien entendu, des suggestions.

Pourquoi ne pas avoir inclus des membres de l’audiovisuel au sein de votre Select Committee ?

Il s’agit d’une émanation du Parlement régie par les Standing Orders. Nous avons quand même eu des représentations de membres du personnel de la MBC qui, elle, doit venir avec une chaîne dédiée, de MTML, trois radios privées et des Web TVs également.

Il y a eu une volonté de bien faire au sein du Select Committee qui a bénéficié de l’appui du Clerc de l’Assemblée nationale et de son équipe, du personnel du State Law Office et de la Speaker. Cette dernière a effectué deux voyages pour aller visiter la Chambre des communes à Londres et le Lok Sabha en Inde.

Nous avons aussi organisé une visite des lieux à l’Assemblée nationale pour voir combien de caméras on devra disposer et on a établi  un budget.

 Quel est donc le budget ?

Je n’ai pas le chiffre en tête. Je préfère ne pas m’avancer pour ne pas dire de bêtises mais c’est un chiffre réalisable. Il faudra recruter une petite équipe qui travaillera sous le Clerc de l’Assemblée nationale, dont un technicien et un directeur. 

 Vous étiez aux côtés d’Anil Gayan au sein du Select Committee. Le même Anil Gayan qui, jeudi, a dit que vous l’aviez battu aux dernières élections grâce aux votes de 300 toxicomanes… Je dois d’abord dire que le Select Committee est un comité parlementaire où on ne fait pas de politique. Pour ce qu’il a dit jeudi, Anil Gayan, arrogant comme tout, est égal à lui-même. Surtout venant d’un ministre de la Santé déjà au centre de controverses à la suite de diverses déclarations et qui a insulté des ONG. C’est honteux car tout le monde sait que les drogués sont des victimes et que la méthadone est un must pour eux. Je laisse le soin aux habitants de cité Chebel, cité Barkly, Maingard, PetiteRivière, où il est absent, et aux ONG de s’occuper de lui. 

 Mesurez-vous la teneur de vos propos ?

S’occuper de lui, je veux par-là dire qu’il aura la monnaie de sa pièce lors des prochaines élections, s’il se porte candidat une nouvelle fois. Son track record dit tout. Il a été respectivement candidat à Quatre-Bornes, Curepipe, Mahébourg et puis à BeauBassin. Les habitants et ONG actives à Barkly et Chebel n’oublieront pas son arrogance. J’y ai été élu huit fois. Je ne suis pas arrogant et je suis proche de la population. Je ne descends pas à son niveau. Je prends le pari : Anil Gayan ne reviendra pas à Beau-Bassin–PetiteRivière. Moi, j’y serai encore. 

Restons dans la politique. Quelles sont les retombées du congrès-anniversaire du MMM une semaine après ? Le MMM est à quatre ans de ses 50 ans. Le parti a connu plusieurs crises. En 1982, quand je suis arrivé, en 1993, en 1997 et tout récemment. Nous avons encaissé des critiques, je le reconnais, justifiées. Tout est derrière nous maintenant, même si cela fait partie de l’histoire. On retient nos erreurs. Aujourd’hui, le MMM a les yeux résolument braqués sur l’avenir. Notre équipe est la seule alternance crédible. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent mais Paul Bérenger a les mains propres. Nou népli get dan rétrovizer ditou, nou pé alé karé karé.

 Regrettez-vous d’avoir été sur la même plateforme que Navin Ramgoolam ?

Si c’est le cas, je dois aussi regretter d’avoir été avec SAJ quand il avait traité un groupement social de démon. Quand vous prenez des décisions politiques, vous les assumez à un moment donné. Les résultats sont venus démontrer que nous ne devions pas faire cette alliance.

Une chose est sûre, en tant que vétéran, je dois dire que l’équipe gouvernementale actuelle est la pire que j’ai vue depuis 1982. Les gens ont tendance à oublier que dans dix semaines, cela fera une année depuis que l’alliance Lepep est au pouvoir. Outre l’affaire BAI, l’économie qui ne décolle pas, le nettoyage sélectif, tous les observateurs politiques avertis vous diront que le MSM a des problèmes sur le terrain. En cause, l’arrogance du pouvoir. La population est déçue.

L’express a établi un «Environment Impact Assessment» sur l’équipe gouvernementale. Je suis angoissé pour les gens avec le phénomène de perte d’emplois qui s’aggrave et pourrait déboucher sur une crise sociale.

 
Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires