Iframac: la solitude de ceux qui n’ont pas le choix

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Les employés d’Iframac ont les nerfs à fleur de peau, d’autant plus qu’ils sont dans l’incertitude quant à leur avenir.

Les employés d’Iframac ont les nerfs à fleur de peau, d’autant plus qu’ils sont dans l’incertitude quant à leur avenir. 

Une déco épurée. Quelques bureaux déserts. Les locaux d’Iframac, à Plaine-Lauzun, sont tapissés des vestiges d’un passé encore trop présent, quand le concessionnaire représentait encore des marques de voitures prestigieuses dont les logos sont omniprésents dans l'enceinte.
 
Derrière un comptoir marron chocolat se tient une jeune demoiselle. Elle s’efforce de sourire. Son travail : accueillir les visiteurs. Un peu perdue, elle cherche à contacter un responsable mais il n’y a pas grand monde autour d’elle. Elle finit par s’adresser à un membre du personnel qui lui demande d’informer quelqu’un d’autre.
 
Entre-temps, pour nous mettre à l’aise, elle nous invite à nous asseoir sur le fauteuil recouvert de velours. Elle affiche toujours un sympathique sourire. Quelques minutes plus tard, un responsable accepte de nous laisser entrer. Les employés comprennent que nous ne sommes pas des clients mais des journalistes. Donc, plus la peine de faire semblant.
 
«Nous sommes contents que l’on veuille savoir comment nous vivons toute cette histoire. Les gens disent que nous devrions être contents d’avoir un autre emploi chez d’autres concessionnaires au lieu de nous plaindre mais ils n’ont pas idée de ce que nous vivons», confie Suzanne*, qui compte 25 années de service chez Iframac. Elle veut continuer à raconter ce qu’ils vivent mais après deux ou trois phrases, elle craque. Fond en larmes. Elle est complètement perdue, lâche-telle, la voix tremblante.
 
«J’ai des enfants qui étudient. Je ne peux pas me permettre de prendre la compensation et partir. Qui voudra m’employer une fois que je serai au chômage ? J’ai 48 ans. Qui voudra de moi ?» demande-t-elle.
 
Ses collègues – avec qui elle a passé une vingtaine d’années et qui sont devenues ses meilleures amies – l’entourent. «C’est comme ça tous les jours depuis cinq mois. De temps en temps, l’une d’entre nous craque. C’est éprouvant de ne pas savoir où nous allons. Et nous sommes plus qu’en colère contre le ministre Bhadain et contre le gouvernement dans son ensemble», souligne Anna*.
 
En entendant des voix qui s’élèvent dans le bureau, des techniciens et des mécaniciens délaissent les quelques voitures qui sont arrivées pour une réparation et viennent s’enquérir de la situation. Par curiosité ? Non. Juste qu’ils ont aussi des choses à dire.
 
Tous répètent la même chose. «Cette situation a été mal gérée. Nous savons que les anciens patrons sont des voleurs. Mais le ministre Roshi Bhadain nous a fait des promesses qu’il n’a jamais tenues. Et nous sommes dégoûtés», tempête Sam*, un mécanicien.
 
«Nous sommes des pères de famille. Nous avons tout fait pour l’entreprise mais nous n’avons plus envie de venir travailler. On parle de nous transférer chez nos concurrents. Et ils sont, quelque part, obligés de nous prendre. Nous ne serons pas les bienvenus et ce n’est pas ce que nous voulions», explique Sylvain* qui compte lui aussi plus de 20 ans de service chez Iframac.
 
Si les représentants syndicaux des travailleurs d’Iframac parviennent à obtenir les garanties recherchées auprès des concessionnaires qui veulent se partager ce qui reste de l’entreprise, les employés seront appelés au vote. Déjà, plusieurs d’entre eux affirment qu’ils vont réclamer une compensation plutôt qu’accepter d’aller chez leurs anciens compétiteurs. D’autres, conscients du fait qu’ils auront beaucoup de mal à trouver un emploi, déclarent qu’ils n’auront guère d’autre choix que d’accepter l’offre.
 
Le bruit court que les travailleurs se préparent à une manifestation au début de la semaine prochaine si, d’ici là, une solution n’est toujours pas trouvée. «Pas question de rester les bras croisés. Nous n’avons pas fait toutes ces années au sein d’une entreprise pour finir comme ça», affirme Hema. Elle tape du poing sur la table, les yeux emplis de larmes. «J’avais 18 ans quand je suis arrivée ici. Aujourd’hui j’en ai 43 et j’ai tout donné à Iframac. On ne peut pas nous traiter ainsi !»
 
*prénoms modifiés
 
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