Raj Thacoor,membre de l’équipe de direction régionale de Grant Thornton International : «Maurice doit élargir son espace économique pour atteindre une croissance forte et durable

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Après un séjour de travail au Sénégal, Raj Thacoor dresse le profil politicoéconomique de ce pays qui a mis à la disposition de Maurice une zone économique spéciale. Il estime que tous les secteurs de l’industrie légère pourront y être développés, de même qu’une panoplie d’activités, dont la production.
 
Vous venez d’être nommé au sein de l’équipe de direction régionale de Grant Thornton International. Qu’est-ce que cela va changer dans votre responsabilité professionnelle ?
Bien évidemment, je suis honoré de prendre cette nouvelle fonction au sein de Grant Thornton International. Notre groupe est en pleine expansion en Afrique, comme vous avez dû le constater. Aujourd’hui, je suis appelé à faciliter l’intégration de nouvelles entreprises dans les pays où Grant Thornton International n’est pas encore implanté. Je dois également épauler les nouveaux cabinets récemment admis dans le réseau. En tant que membre de l’Africa India Corridor Committee, j’ai pour mission d’accompagner les investisseurs indiens en Afrique.
 
Vous avez passé quelques jours au Sénégal ; quel a été l’objectif de ce déplacement ?
Effectivement, je viens de rentrer de Dakar, où je prenais part à une réunion des Managing Partners des cabinets de Grant Thornton en Afrique francophone. En ma qualité de directeur régional de Grant Thornton International, je ne pouvais manquer cette rencontre dont l’objet était d’asseoir une stratégie pour le développement de notre groupe en Afrique pour les années à venir.
 
Le Sénégal, comme vous le savez déjà, fait partie des principaux pays avec lesquels Maurice a signé un protocole d’entente pour le développement d’une zone économique ; quels sont les atouts qu’offre ce pays qui justifieraient un engagement de la nation mauricienne aux côtés des Sénégalais ?
La signature de ce protocole marque une nouvelle ère dans les relations entre le Sénégal et Maurice. Les relations entre ces deux pays, déjà excellentes, sont appelées à se développer davantage. Les accords qui ont été signés traduisent la forte volonté des deux États à s’engager dans une ambitieuse démarche de coopération et d’intégration économique. Le projet de construire une zone économique spéciale au Sénégal est une initiative qui se veut innovante dans le contexte d’échanges économiques intra-Afrique. Depuis peu, Maurice prône un rapprochement stratégique sans précédent avec la région et le continent africain.
 
Le pays se trouve à la croisée des chemins : il se doit d’élargir son espace économique s’il veut atteindre ses objectifs de croissance forte et durable. Pour cela, il faut trouver des partenaires solides sur lesquels on peut compter pour explorer des pistes de coopération, porteuses de croissance dans la durée.
 
Le Sénégal est considéré comme la principale porte d’entrée en Afrique de l’Ouest francophone. Par exemple, concernant l’extension de la durée de l’AGOA, le Sénégal, de par sa position stratégique, se positionne comme un partenaire de choix pour Maurice dans la chaîne manufacturière pour des exportations vers les États-Unis.
 
Quels sont les secteurs qui sont concernés par un accord de coopération économique et technique qui est en voie d’être signé ?
Ce sont le secteur manufacturier et le développement des parcs industriels ; le tourisme, l’hôtellerie et la construction de sites d’attraction pour touristes ; les services financiers ; l’économie numérique, dont la création des smart cities ; l’agriculture ; la recherche et le développement, la formation et l’enseignement supérieur ; et la pêche et l’aquaculture.
 
Par ailleurs, un accord de partenariat (joint-venture) a également été signé par le Fonds souverain d’investissements stratégiques du Sénégal et le Mauritius Africa Fund portant sur la mise en oeuvre de la première phase de la zone économique spéciale.
 
Et la situation politique… Contient-elle les éléments de stabilité démocratique si essentiels pour garantir la sérénité des investisseurs ?
Le Sénégal est un pays stable et ouvert. Il a une tradition de démocratie. De 1960 à aujourd’hui, le pays a eu quatre présidents démocratiquement élus. Ceci est en soi l’expression de la stabilité politique. Le pays se soumet, par ailleurs, librement aux exercices de notation internationale réalisés par Doing Business, Moody’s, Standard & Poors, Mo Ibrahim, et dans le cadre de l’indice de perception de la corruption. Les atouts du Sénégal résident dans sa stabilité macroéconomique, dans un accès potentiellement illimité aux devises du fait de son appartenance à l’Union monétaire ouest-africaine, un niveau d’endettement modéré, un soutien de la communauté financière internationale, en plus de la situation politique stable.
 
Où cette zone de développement économique devrait-elle se situer ?
La Zone économique spéciale est mitoyenne du nouvel aéroport international Blaise Diagne. Elle est en cours de construction dans la commune de Diass. Elle se situe à 40 km de Dakar. Elle s’étend sur deux sites distincts localisés de chaque côté de la route nationale 1 : un premier site de 700 ha sur lequel aura lieu l’implantation initiale et un site de 10 000 ha constituant une réserve foncière pour des développements ultérieurs. Le premier site de 700 ha est actuellement libre de toute occupation.
 
Quel est le profil de cette localité ?
Diass est une petite agglomération qui s’étend en bordure de la route nationale 1 qui va de Diamniadio à Mbour. Il s’agit, à l’origine, d’un village à vocation plutôt agricole. Cette vocation initiale est en train d’évoluer en raison de la proximité de grands projets d’infrastructure qui entraînent un important développement urbain de la région.
 
Quels en sont les atouts ?
Les atouts de la région se confondent avec ceux du Sénégal : ensoleillement, disponibilité de l’espace, maind’oeuvre abondante et bon marché, stabilité politique, entre autres. S’y ajoutent, la proximité du nouvel aéroport international, celle du Pôle urbain de Diamniadio en cours d’aménagement, la réalisation programmée d’un port minéralier à Bargny, la présence à faible distance d’une zone côtière et touristique, l’accessibilité de la région par un réseau routier de qualité et la perspective de la réalisation prochaine d’un train express régional. L’autoroute qui rejoint le nouvel aéroport sera prête en 2016.
 
Quelles sont les activités propres au savoir-faire mauricien qui pourraient être lancées dans cette zone économique?
Cette question mériterait un approfondissement des échanges avec la partie mauricienne. Tous les secteurs de l’industrie dite «légère» peuvent être ciblés. Notamment ceux identifiés dans le cadre du Plan Sénégal émergent : produits manufacturiers, agrobusiness et agroprocessing, nouvelles technologies et outsourcing, etc.
 
Par ailleurs, la valorisation des produits de la pêche et de l’horticulture, via une amélioration de la logistique et de la chaîne de froid, pourrait être ciblée. Sur un autre plan, le savoir-faire des Mauriciens en termes de déplacement d’un aéroport est sollicité par les autorités de l’Aéroport International Blaise Diagne.
 
Maurice a bien signé un accord pour l’élimination du principe de double taxation avec le Sénégal. Où en sont les choses en ce qui concerne la mise en opération de cet accord ?
La mise en opération de cet accord devrait se matérialiser en 2016. Pour l’heure, les ministères des Finances respectifs discutent des détails.
 
Cela vaut-il le coup de créer une ambassade au Sénégal et qui sera également responsable des relations diplomatiques avec deux ou trois pays limitrophes ?
Cela dépend du développement. Pour l’instant, le Sénégal a une ambassade à Pretoria, en Afrique du Sud. La mise en place d’une ambassade de Maurice au Sénégal, représentant plusieurs pays de la sous - région Ouest et Centre Afrique, serait une excellente idée. Il faut développer des activités économiques entre ces pays et Maurice. De par son réseau dans la région, Grant Thornton pourrait faciliter ces échanges et renforcer leur relation.
 
Dans la situation actuelle, en quoi a consisté l’investissement mauricien dans ce pays ?
L’université Alioune Diop de Bambey a récemment signé un protocole d’entente avec l’administration fiscale de l’île Maurice et le Forum sur l’Administration fiscale africaine. Ce qui a ouvert la voie à une formation en fiscalité de 15 mois sanctionnée par un master.
 
Quels sont les obstacles susceptibles de se mettre en travers de la route d’investisseurs mauriciens potentiels et que faire pour les éliminer ou pour en atténuer les effets ?
S’il existe des barrières non tarifaires au commerce, celles-ci devraient être bientôt aplanies grâce à un accord qui facilitera la collaboration et l’harmonisation entre nos deux pays par rapport aux questions de normes des produits.
 
Le déplacement de personnes entre Maurice et le Sénégal est tout de même très pénible. Les vols entre Maurice et les pays du continent africain sont très irréguliers. C’est un facteur qui pourrait décourager les investisseurs potentiels. Le Premier ministre a récemment annoncé la création d’une ligne aérienne régionale. Une telle démarche serait bénéfique aux investisseurs potentiels.
 
La question de permis de travail est réglée, à mon avis, par la convention fiscale qui lie nos deux pays et les dispositions relatives au statut de l’expatrié, contenues dans le Code du Travail sénégalais.
 
Quelles sont les garanties fournies par l’État sénégalais que les capitaux et les investissements seront protégés ?
Quelle meilleure garantie qu’un État puisse donner à des investisseurs étrangers, sinon celle de rendre opérante une convention fiscale et de créer une zone économique spécifique. À côté de cela, il y a évidemment la stabilité politique et économique et à ce niveau, l’État peut poser les jalons qui garantissent la stabilité.
 
Qu’en est-il du problème de visa d’entrée et de séjour dans ce pays ?
Il n’y a pas de problème de visa d’entrée au Sénégal. Les ressortissants de Maurice sont exemptés de visa dans ce pays. Je dois avouer, j’ai été très impressionné par la rapidité avec laquelle les formalités d’entrée au Sénégal se sont effectuées.
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