Rama Valayden: «Dites à SAJ que je ne suis qu’amour»

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Sèchement tancé par le Premier ministre, le néo-travailliste Rama Valayden hésite entre les violons et le bazooka. Il se défend d’avoir orchestré le coup de chaud dans le Sud. Et promet des sueurs froides à son accusateur.

Le Premier ministre vous accuse d’avoir mis en péril l’unité de la nation en manigançant les incidents du week-end dernier. Vous le vivez comment ?

Mal ! J’ai d’abord cru à une blague. Quand j’ai pris connaissance des propos de sir Anerood(1), j’étais estomaqué. Avec lui, je sais qu’il faut s’attendre à tout. Il a le verbe facile et n’a pas l’habitude de réfléchir avant de parler. Mais de là à dire que je suis à l’origine des événements du Sud… ça dépasse les bornes ! Il sait que c’est faux, j’en suis sûr. Seulement, il a lu Goebbels : plus un mensonge est répété, plus il deviendra la vérité. C’est de la manipulation et c’est malsain.   

Vous êtes un saint, vous ?

Loin de là ! J’ai des défauts, j’essaie de m’améliorer. Mon autocritique, je la fais régulièrement. 

Qu’est-ce que vous n’aimez pas chez vous ?

Mon empressement, mon impatience. Mais je ne suis pas quelqu’un de haineux, jamais ! La seule personnalité en photo dans mon bureau, c’est l’abbé Pierre. 

SAJ vous voit plutôt en marchand de pierres…

Il faut des pierres pour bâtir, non ? (petit sourire  autosatisfait)   

Pour quelle raison s’en prendrait-il à vous gratuitement ?

Parce que j’ai rejoint le Parti travailliste (PTr) et que mes réunions sont un succès. Sir Anerood le sait et ça lui fait mal. 

Et donc il vous craindrait ? C’est vous donner beaucoup d’importance… 

Il craint mon grain de sel, ma capacité à faire monter la mayonnaise, à revigorer le PTr. Ma tête est donc mise à prix.

A-t-il tort de se méfier de vous ?

(Il réfléchit) Si je réponds non, vous allez dire que je suis prétentieux. 

Et vous, vous méfiez-vous de lui ?

(Direct) Pas du tout ! Sir Anerood est devenu  politiquement impotent. 

C’est moche…

J’ai dit «politiquement».

Et s’il avait raison ? Et si vous étiez un danger public ?

Naan… Tous les empêcheurs de penser en rond sont considérés comme des gens dangereux. Le pouvoir s’en méfie, c’est normal, mais je ne suis pas quelqu’un de dangereux. Je suis un animal, mais un animal doux. Je vous l’ai dit, je suis incapable de haïr, même sir Anerood, après ce qu’il a dit sur moi. Je suis juste chagrin de le voir s’enliser dans les années de trop alors qu’il aurait pu partir en héros après les élections. 

Parlez-nous de cet «animal doux»…

J’aime les gens, j’aime l’amour. Oui, je ne suis qu’amour, dites-le à SAJ, dites-lui que je suis un défenseur de l’amour avec un grand A. Sir Anerood est bien plus dangereux que moi.

M. Amour cumule quand même cinquante dépositions de police contre lui…

Toutes ces affaires sont des accusations politiques. Je n’ai pas été condamné une seule fois.

Avec le recul, assumez-vous une part de responsabilité dans les émeutes de 1999 ?

Non. Ce qui m’a peiné… (on coupe) 

Vous n’êtes responsable de rien ?

Rien. Ce qui m’a peiné c’est surtout la mort de Kaya. 

Votre nom y est  associé…

Injustement. La vraie histoire de 1999 n’a pas  été écrite. 

Et la commission d’enquête du juge Matadeen ? Elle vous accuse…

J’ai gagné une Judicial Review devant le juge Sik Yuen, les gens ont tendance à l’oublier. Les seuls qui ont vraiment creusé 1999, c’est Lalit. Ils ont compris que l’essence des émeutes, c’était une révolte populaire contre la police. J’ai organisé un concert, pas une révolte. L’histoire a besoin de temps pour juger ; ce travail, nos enfants le feront. Deng Xiaoping ne jugeait-il pas prématuré de dresser le bilan de la Révolution française ?

En parlant de révolution, le PTr a-t-il renoncé à la sienne ?

Laquelle ?

Le congrès du  20 septembre est devenu une gentillette célébration à la gloire de SSR. La question du leadership ne se  pose plus ?

Si le leadership doit être remis en jeu, ce ne sera pas avant 2017, Navin Ramgoolam est donc là pour deux ans au moins. J’ai été surpris de voir sa popularité au sein des instances du parti, vous savez. 

 D’ici à 2017, il y aura des procès…

Absolument et Navin Ramgoolam les gagnera tous. 

 Êtes-vous son  astrologue ?

Non. 

Son avocat ?

Non plus. Pas pour le moment en tout cas. Gavin Glover est très bon. 

Son talent suffira-t-il ?

L’affaire des Rs 200 millions n’est pas difficile. Betamax, je ne vois pas comment il pourrait être poursuivi. Roches-Noires, le dossier est vide. Ils vont essayer de le coincer sur Airbus. La cour appellera l’avionneur : «Des personnes sont corrompues chez vous…» Terminé, il n’y a  plus d’affaire.  

Vous pensez vraiment rendre service aux travaillistes en les rejoignant ? Ils ont déjà pas mal de soucis, vous savez…

Justement, je suis là pour régler les problèmes. Et je sais que la base rouge m’aime. 

Est-on venu vous chercher ou bien avez-vous postulé ?

C’était une envie  réciproque. 

Et la vraie réponse ?

(Ferme) J’ai adhéré au PTr, point final. 

C’est l’heure de réveiller l’animal doux…

(Rire) Si je vous dis qu’on est venu me chercher, je passe pour un égocentrique. Si je vous dis le contraire, je suis économe avec la vérité. 

Alors soyez égocentrique…

Ils sont venus me voir à la maison. C’était il y a six ou sept mois. Il y avait Satish Faugoo, Anil Bachoo, Cader Sayed-Hossen, Dhiraj Kamajeet, et d’autres : «Tu as toujours eu la fibre travailliste, on aurait voulu t’avoir.» J’ai tâté le pouls de mes amis et j’ai dit oui. 

Votre rôle ? Souffler sur les braises du mécontentement ?

Non… Je vais structurer le PTr. Ce parti a un potentiel énorme mais il est complètement désorganisé. Mettre de l’ordre, ce  sera mon job. 

Quand on connaît la situation du PTr en général et celle de Navin Ramgoolam en particulier, c’est quand même tordu d’embarquer dans ce bateau-là, non ?

Du tout. Je vois ce qui va se passer dans quelques mois. Il y a un mécontentement populaire. Il faut s’organiser pour préparer le retour du PTr.

Quel retour ? Les prochaines élections sont dans quatre ans !

Non, il y aura des élections bientôt. En 1982, qui aurait prédit les élections de 1983 ? L’Histoire se répète, vous verrez dans cinq à  six mois.

Entre Arvin Boolell et Rama Valayden, curieusement, on se dit que ça ne collera pas…

Détrompez-vous, ça marche très bien. On se voit régulièrement, le travail avance.

Mélanger l’eau et le feu, en politique, ça ne marche jamais  longtemps…

Ça va marcher je vous dis ! S’il y avait deux Boolell ou deux Valayden, là oui, ça aurait coincé. 

Peu de gens savent que vous avez organisé les funérailles de sir Gaëtan Duval. Les vôtres, à qui les confierez-vous ?

À mon fils, Rama.

***

(1) : Au Parlement, mardi : «I am convinced that these incidents have been politically masterminded with the intention of destabilising my Government (…). This can be testified by the statement of  Mr Rama Valayden at Vallée Pitot and Rose-Hill in the course of nocturnal public meetings where he exhorted the public to come to the street, I quote him – ‘ziska nou fer sa gouvernman la aller’. This same sort of provoking statements were made in 1999 prior to the sinister Kaya episode. But he has to be careful this time! I warn him !»

 
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