Noces d’or: 50 ans d’amour et de compromis pour le couple «Mimosa»

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■Jean-Pierre et Ginette Lan Yee Chiu ont eu le bonheur de fonder un foyer de trois enfants.

■Jean-Pierre et Ginette Lan Yee Chiu ont eu le bonheur de fonder un foyer de trois enfants.

L’amour, mais aussi la forme, comme au premier jour. À 78 ans, Jean-Pierre Lan Yee Chiu, propriétaire de Mimosa, spécialiste de la photographie et de la bureautique, tient une forme exceptionnelle. Il en va de même pour sa femme Ginette, 73 ans, née Lai Min.
 
C’est chez un ami commun qu’a eu lieu leur première rencontre. Ginette, Portlouisienne, complète sa Form V au Lorette de Port-Louis et n’a alors que 17 ans. Jean-Pierre, 23 ans et originaire de Rose-Hill, travaille déjà avec son père dans le studio familial. Lors de cette première rencontre, elle le trouve «beau garçon» tandis que lui apprécie «sa verve», d’autant plus que les filles de sa connaissance sont, à l’époque, timides.
 
Les deux jeunes se côtoient à plusieurs reprises en groupe jusqu’à ce qu’ils réalisent que l’attirance entre eux est forte, qu’ils peuvent s’entendre et faire un projet de vie commun. Ginette abandonne son intention de départ pour des études supérieures en médecine quand Jean-Pierre explique qu’il ne peut garantir qu’il l’attendra. «Je lui ai expliqué que tout peut arriver, de son côté comme du mien», raconte Jean-Pierre. Ils se fiancent alors en janvier 1964.
 
Ginette ne regrette pas d’avoir sacrifié ses études car par la suite, en sus de suivre des cours en premiers soins, nursing et Mother Craft, elle s’engage auprès de la Croix Rouge avant de rejoindre le Cheshire Home, qu’elle préside depuis 35 ans. «Je me suis dévouée à la cause des gens qui avaient besoin d’aide», dit-elle.
 
Ils se marient civilement le 22 août 1965 et religieusement le 1er septembre de la même année. Le jour de leur mariage religieux, il pleut des cordes. Ginette est découragée car elle doit se rendre à Curepipe pour se faire maquiller et coiffer et ce sale temps n’arrange pas les affaires. «Mon père, dont j’étais la prunelle des yeux, m’a taquinée en disant : voilà ce qui arrive aux tabarden lorsqu’elles se marient», se remémore-t-elle. Mais à 16 heures, le ciel répond à leurs attentes et la grisaille cède la place à un soleil réconfortant.
 
Tout en étant heureux de lier sa destinée à celle de Ginette, Jean-Pierre se rend à la cathédrale Saint-Louis le coeur un peu lourd car il pense à son père décédé. Un de ses frères aînés vit à Hong Kong et l’autre étudie en Allemagne. De plus, sa mère n’est toujours pas remise d’une congestion et toutes les responsabilités familiales reposent donc sur ses épaules.
 
Plus de six cents personnes sont conviées à la réception de mariage qui se déroule à la salle des fêtes du Plaza. La tradition chinoise est respectée puisque trois jours après le mariage, ce sont les parents de la mariée qui organisent des dîners entre les deux familles. C’est une semaine après la cérémonie que le couple peut se rendre en voyage de noces à l’île de La Réunion. La proximité avec Maurice est voulue en raison de l’état de santé de la mère de Jean-Pierre.
 
À leur retour, Ginette et Jean- Pierre s’installent dans la grande maison familiale des Lan Yee Chiu à Rose-Hill. La jeune épouse ne prend pas ombrage du fait que ce soit sa belle-mère qui lui dicte la liste de courses à acheter ou qui cuisine. «Au départ, j’appréhendais de vivre avec elle, je dois l’avouer, car elle était stricte. Mais vu qu’avant le mariage je me suis occupée d’elle, l’emmenant chez le coiffeur et chez le physiothérapeute, je la considérais un peu comme une maman. Elle était méticuleuse. C’était sa maison et je me tenais derrière elle», déclare Ginette.
 
Les mariés décident qu’ils auront deux enfants. Les jumeaux John et Denys naissent en 1967 et quatre ans plus tard, c’est David qui voit le jour. Ils s’en tiennent à ce nombre car ils veulent pouvoir tout offrir à leurs enfants. En 1970, le couple fait construire sa demeure à Rose-Hill et s’y installe avec ses trois enfants.
 
Leur vécu leur apprend à ne pas faire ce qui déplaira à l’autre. Ginette, qui est prise par la gestion du Cheshire Home, sait que Jean-Pierre la laisse libre de ses mouvements en journée, mais qu’il aime la savoir rentrée avant lui. Jean-Pierre, qui est engagé au sein du Rotary Club de Curepipe, rentre parfois tard lorsqu’il a des réunions. Ginette fait dîner les enfants de bonne heure et l’attend pour prendre le repas avec lui. Nommé gouverneur du district 9200 par le club, il voyage beaucoup et elle l’accompagne.
 
Sachant qu’il n’aime pas qu’elle soit dépensière, Ginette met de l’eau dans son vin et apprend à cuisiner grâce à une amie, au lieu de recourir à un service traiteur. «Je suis devenue une meilleure épouse et une meilleure ménagère pour lui faire plaisir.» Jean-Pierre y met du sien : il met parfois le couvert et fait même la vaisselle.
 
Étant maniaque de l’ordre comme sa mère, il essaie de freiner ses élans de rangement alors que Ginette, qui a tendance à avoir le verbe haut, tente de parler plus bas. L’autre concession qu’elle fait, c’est de s’excuser lorsqu’ils ont eu un désaccord et ce, même lorsqu’elle se sait dans son bon droit. «Jean-Pierre est orgueilleux. Si l’on a eu un désaccord, même si j’ai raison, pour que la glace soit rompue, je préfère m’excuser.»
 

Le couple lors de sa cérémonie de
mariage à la cathédrale Saint-Louis.

 
 
En sus de l’amour qu’ils ont cultivé au fil des années, le ciment de leur relation a été le dialogue. «Nous dialoguons beaucoup et discutons de tous nos projets. Ce qui amène l’entente et une bonne coordination», renchérit le couple.
 
Ils ont célébré leur 25e, 35e et 45e anniversaire de mariage et depuis mars, ils préparent leurs noces d’or qui auront lieu ce soir dans un hôtel du littoral ouest. Cent soixante-quinze personnes y assisteront. Jean-Pierre, qui suit les traditions et qui est féru d’histoire, a nommé les tables du dîner après des noms de villes chinoises. Sur chaque table figurera un petit synopsis historique de la ville en question.
 
Si le maître de cérémonie sera un ami de longue date de Jean-Pierre, c’est leur fils John qui portera le toast. Ginette espère que leur petit-fils de 13 ans, Lucca Weijing, veuille bien faire un petit discours. Elle n’en demande pas tant à leurs deux petites-filles, Nikita et Jade, huit et cinq ans respectivement, qui sont des tourbillons et que Ginette nomme affectueusement «les diablesses». «Quand elles sortent de chez nous, la maison est sens dessus dessous», confie Jean-Pierre en riant.
 
Il avoue qu’en compagnie de son épouse, il n’a pas vu ces 50 ans passer. Ginette déclare que la vie commune a été «facile. Les jeunes pensent que faire un compromis c’est se soumettre. Ils ont tort. Faire un compromis, c’est faire plaisir à l’autre par amour pour lui. On doit le faire car on ne peut avoir tout d’un coup. Lorsque l’on se marie, on a peut-être une vision de ce que l’on souhaite. On est alors déçu que les rêves ne se réalisent pas immédiatement. Or, il faut travailler pour matérialiser ses rêves et, pour cela, il faut de la patience. J’ai eu raison de l’être».
 
Ginette, qui souhaite vivre une longue vie, déclare que le jour où elle tirera sa révérence, elle aura le sentiment d’avoir vécu pleinement sa vie. Jean-Pierre lui fait écho. «I am happy!»
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