Vayoudh Futta: le quotidien de l’homme-orchestre

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Difficile de ne pas le voir. Ou de l’entendre. Dans les rues de la capitale, entre les fausses notes des pots d’échappement, les cris des marchands ambulants, le brouhaha et les «hahaha» des passants : un chapeau, des verres fumés, un étui à guitare. Accroché à son cou, un harmonica. Entre ses mains, une flûte de Pan, qu’il caresse du bout des lèvres. Le djembé entre dans la danse. La rue, c’est la scène qu’a choisie Vayoudh Futta, 61 ans, pour s’exprimer. Bienvenue au bal des confidences.

 Accordons nos violons d’emblée. La musique est bonne, mais il y a encore quelques notes discordantes, concède l’instrumentiste. La raison étant qu’il a tout appris sur le tas. Ses professeurs ? Internet et son oreille musicale. Résultat des courses : «Mo fer bann remix. Mo kapav transform enn santé fransé ou indien an séga. Mo zwé bann disk Mike Brant, Kishore Kumar ek Ti Frere», claironne-t-il.

Rs 4 000 et Rs 5 000

Changeons de refrain. Ça rapporte combien ce «passe-temps métier» ? Entre  Rs 4 000 et Rs 5 000, de quoi «arrondir les fins de mois». Surtout quand on est à la retraite. 

D’autant que pendant 32 ans, son quotidien s’apparentait un peu à un disque rayé, confie-t-il. «Mo ti pe travay kouma helper dans lizinn margarinn. Ti la routinn.» 

Le déclic

Pour égayer celle-ci, rien de tel qu’un peu de bonne musique. À l’époque, son public était surtout composé de sa femme Kamla, de ses filles Vanita et Tajni – qui l’encouragent aujourd’hui après quelques appréhensions au début –, mais aussi et surtout de sa douche. La raison étant qu’il est «mari timide». Puis vint le déclic. 

Il y a quelques années, alors qu’il passait devant un magasin, il est tombé amoureux d’un taisho koto, explique ce mélomane dans l’âme. Il s’agit d’un instrument à cordes japonais, une sorte d’orgue miniature. Mais pas facile à manier, avoue le musicien autodidacte. Il décide ainsi d’envoyer valser les appréhensions. Et de «désann dan lari». 

Mais une ou deux fois par semaine seulement. Car, les journées de Vayoudh sont réglées comme du papier à musique. Le réveil se fait en fanfare, au son de la radio, très tôt le matin, souligne cet habitant de Terre-Rouge. «Mo travay oussi kouma sékirité pou trass lavi-la.» Cette chanson-là, il la connaît bien. 

Faire les choses «His Way»

Il parvient tout de même à composer avec son emploi du temps, pour assouvir sa passion. «Aujourd’hui, je fais de la musique quand ça me chante, j’adore ça.» Les passants aussi. «Bann Morisyen byen kontan, bann touris oussi. Éna dir mwa excellent !»

 À tel point qu’il envisage désormais de s’y consacrer exclusivement, dès le mois d’octobre. «Mo anvi viv ziss ek mo lamizik.» Pas question cependant d’aller jouer dans des hôtels ou dans des spectacles. «Si MBC téléfoné kapav faire enn ti demonstrasyon, mé samem tou.» 

Car ce qu’il aime par-dessus tout, c’est sa liberté. Et faire les choses «His Way».

 
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