Sateeaved Seebaluck: «Parfois, des fonctionnaires font plaisir aux politiciens et se retrouvent en mauvaise posture»

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Chef de la fonction publique, Secretary to the Cabinet, Sateeaved Seebaluck est aussi à la tête du National Advisory Council, chargé de mettre en œuvre la Vision 2030, où la fonction publique devra jouer un rôle important. Il nous dévoile les coulisses du monde des fonctionnaires.  

Après que sir Anerood Jugnauth (SAJ) a appelé les fonctionnaires à être plus efficaces la semaine dernière, ont-ils changé d’attitude ?

La fonction publique connaît déjà SAJ. Il a été à la tête du gouvernement pendant 16 ans. Et quand il a dit: «I have liberated you from the Jurassic claws…» (NdlR : durant la présentation de l’Economic Mission Statement), nous avions déjà ressenti sa prise de pouvoir. Avant, la fonction publique était un peu immobilisée, on ne pouvait pas prendre beaucoup d’initiatives. Aujourd’hui, nous avons une vision, il y a comme une bouffée d’air frais. On sait où l’on va.

De nouvelles consignes ont-elles été données aux fonctionnaires ?

Déjà, tout le monde a une copie de l’Economic Mission Statement. Ensuite, à l’issue d’une réunion avec le Premier ministre il y a deux mois à peu près, il m’a demandé de dire à mes collègues qu’il est là pour soutenir les fonctionnaires. Mais en même temps, il s’attend que nous fassions de notre mieux pour épauler le gouvernement. J’ai demandé à mes collègues de commencer déjà à travailler dans le même sens que le programme du gouvernement. Je leur ai dit de réajuster leurs priorités. 

Sans vouloir généraliser, il y a quand même une perception qui perdure : la lenteur des démarches administratives au sein de la fonction publique…

Connaissez-vous les contraintes et paramètres sous lesquels on travaille ? Ce n’est pas uniquement une question de transparence, mais aussi d’argent. Nous devons être accountable pour chaque sou dépensé. 

Mais bien sûr, comme dans tous les corps de métier, une poignée de gens ne font pas leur travail convenablement. C’est aussi leur façon de faire qui donne une mauvaise impression. 

We are going to deal with them at the right time and the right place. Je vous l’ai déjà dit, il n’y a pas de place pour les canards boiteux dans la fonction publique. Nous reconnaissons nos faiblesses et avec le ministère de la Fonction publique, nous nous penchons sur cette question.

Justement, parlez-nous un peu des coulisses du travail de fonctionnaire, de ces procédures qui occasionnent  des retards.

Je vais vous citer un exemple. Le Central Procurement Board (CPB) a été créé pour la bonne gouvernance et plus de transparence lors de l’octroi de contrats. Cependant, les procédures sont lourdes. Souvent lorsqu’un contrat est alloué par le CPB, il y a un challenge à l’Independent Review Panel (IRP).

Et c’est rare que les contestations soient vraiment valables. Parfois, juste parce qu’un soumissionnaire n’aime pas la tête de celui qui a remporté le contrat, il conteste la décision du CPB. L’IRP devient alors comme un tribunal et ça traîne. Voilà un exemple typique qui explique le retard des procédures et la montée des coûts. 

Quelles solutions proposez-vous pour faire accélérer les procédures ?

En ce qu’il s’agit de l’IRP, nous avons l’intention de revoir le système. Un comité ministériel travaille dessus. 

Et puis, nous viendrons à nouveau avec le Public Sector Reengineering Bureau. Le ministre de la Fonction publique, Alain Wong, et les hauts fonctionnaires de son ministère travaillent en étroite collaboration avec nous sur  ce projet. 

Le ministre a une très bonne vision, il veut rendre l’environnement de travail des fonctionnaires plus confortable. Ce Public Sector Reengineering Bureau, entre autres, reverra les procédures afin de les rendre plus simples et efficaces. Des lois sont dépassées et il faut les revoir. 

Ensuite, le Civil Service College devrait bientôt prendre son envol. Il assurera une formation adéquate, axée, entre autres, sur la communication et le customer care

La convocation de plusieurs PS aux Casernes centrales récemment, dans le cadre des affaires MedPoint et Betamax, a-t-elle rendu les hauts fonctionnaires plus prudents au point d’alourdir les prises de décision ?

Avant tout, les fonctionnaires ne sont pas nécessairement accusés d’être coupables de quoi que ce soit en étant convoqués aux Casernes. Ils peuvent y être convoqués en tant que témoins privilégiés. Si un haut fonctionnaire est accusé d’une faute, c’est à la cour d'en juger. Certains journaux choisissent de publier des titres et des photos inappropriés, ce qui est humiliant et démotivant pour les fonctionnaires.

Pour répondre à votre question, si l’on suit les procédures correctement dans la fonction publique, personne ne fera de faute. Quelquefois, des personnes trop zélées, souhaitant faire plaisir aux politiciens, ne font pas les choses correctement et se retrouvent finalement en mauvaise posture.

Ces affaires donnent l’impression que des hauts fonctionnaires auraient suivi aveuglément les instructions de certains ministres. Un fonctionnaire peut-il dire non ?

Écoutez, c’est un nouveau départ. Il y a d’ailleurs un ministère de la Bonne gouvernance et le ministre fait un excellent travail! On ne peut pas dire quelque chose et pratiquer autrement. Le Public Service Bill est en préparation et devrait passer à l’Assemblée nationale bientôt. Il devrait définir les codes de conduite et l’éthique des ministres, hauts fonctionnaires, conseillers… Cela permettra de savoir where to draw the line entre les ministres et les fonctionnaires. 

Il y a une dizaine d’années, il y avait une volonté de recruter des Senior Chief Executives du privé mais cette initiative n’a jamais abouti. Si appliquée, cette mesure pourrait-elle redynamiser la fonction publique ?

C’est très facile de dire que le secteur privé est efficace et tout, et si quelqu’un d’une compagnie privée vient dans la fonction publique, les choses vont bouger. Mais je vous parie mon poste (il tape du poing sur la table) que même si je fais venir le plus grand patron du privé, il reste ici une semaine et après il part ! 

Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas efficaces, mais ce n’est pas la même culture. Ils travaillent dans un autre cadre et sont motivés par le profit. Et puis, il n’y a pas que les secteurs privé et public, il y a le public lui-même, de plus en plus exigeant.

En 1982, le gouvernement MMM-PSM avait amendé la Constitution, permettant aux ministres de faire partir de hauts fonctionnaires. Peut-être, avec la venue du Public Service Bill, ne serait-il pas temps de revoir cette clause ?

C’est au gouvernement de décider. C’est vrai, c’est une épée de Damoclès sur la tête des fonctionnaires. Mais en même temps, si on fait bien son travail, on n’a rien à craindre. Il faut être apolitique dans son travail. Actuellement les hauts fonctionnaires se montrent apolitiques mais s’entendent bien avec leurs ministres et  sont professionnels. 

L’introduction du «flexi-time», qu’étudie Alain Wong aidera-t-elle à résoudre le problème des fonctionnaires qui arrivent tard et repartent tôt ?

Tous les postes ne nécessitent pas forcément le flexi-time. Introduire éventuellement ce système est une bonne chose mais il faut avant tout un bon planning. La fonction publique n’est pas une personne, c’est toute une machinerie, elle a besoin d’officiers à toute heure. Il faut bien surveiller cela. Si on le fait comme il faut, le flexi-time va marcher. 

Les syndicats font-ils obstacle à des mesures que l’État souhaite instaurer ?

J’ai toujours eu de très bonnes relations avec les syndicalistes. C’est une question de communication. Il faut savoir faire comprendre et être à l’écoute. 

Combien d’heures par semaine les fonctionnaires travaillent-ils ?

24 heures par jour ! 

Vous seul peut-être…

Je ne plaisante pas. Quand nous recevons notre lettre de recrutement, il est dit que les fonctionnaires doivent être disponibles 24/7. Mais bon, normalement, certains fonctionnaires travaillent de 9 heures à 15h30 incluant les samedis, d’autres de 8h45 à 16 heures de lundi à vendredi et pas les week-ends. Mais les fonctionnaires doivent tous être disponibles dès que l’on fait appel à eux. Il ne faut pas oublier les services essentiels.

Quel avenir pour la fonction publique ?

Une fonction publique smart selon la formule People, Process, Technology. Des procédures simplifiées pour servir la population plus rapidement, efficacement et selon les attentes tout en utilisant les technologies modernes.

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